Une fausse note pour terminer

Les supporters les plus fervents du XV de France, et sans doute les plus oublieux de la difficulté de l’entreprise, espéraient une victoire bonifiée assortie – excusez du peu – de 21 points d’écart, conditions sine qua non pour remporter le Tournoi. Las, la symphonie écossaise escomptée a vu les Bleus enchaîner les fausses notes et terminer par un couac majuscule, offrant dans les arrêts de jeu le gain du match au XV du Chardon.

Certains y verront un retour de karma après l’épisode tragi-comique de la bulle sanitaire percée, qui avait conduit au report de ce match et que le community manager de la FFR a trouvé spirituel de moquer deux jours avant cette confrontation, provoquant la consternation de bon nombres de supporters français et le légitime agacement de leurs homologues écossais.

Il serait tentant d’invoquer des circonstances atténuantes à cette défaite. Regretter que Monsieur Barnes, par ailleurs si pointilleux dans son arbitrage, n’ait pas jugé utile de faire vérifier par le TMO la validité du premier essai écossais, inscrit par Duhan van der Merwe alors que ce dernier avait d’abord été bloqué au sol devant la ligne d’en-but. Souligner que le deuxième essai du XV du Chardon devait plus à un heureux concours de circonstances qu’à autre chose. Estimer que les essais tricolores étaient quant à eux la marque d’une qualité offensive qu’on n’avait pas vue depuis longtemps dans cette équipe. Et, bien sûr, estimer que la relance suicidaire de Brice Dulin, qui n’avait qu’à botter en touche pour assurer le succès des siens, n’aurait jamais été tentée si la victoire de 3 points, acquise à cet instant, avait été suffisante pour remporter le Tournoi.

Mais n’en déplaise à Oscar Wilde, il faut se garder de céder à la tentation. Car ce XV de France mérite mieux que des circonstances atténuantes. Ses indéniables progrès comme son immense marge de progression justifient qu’on porte sur lui un regard lucide.

Hier au Stade de France, sous des trombes d’eau, l’équipe de Fabien Galthié a joué par à-coups, comme si l’enjeu d’une victoire à quatre essais et 21 points d’écarts avait distillé son poison dans les têtes tricolores, les poussant à chercher trop vite des solutions devant une défense fidèle à sa réputation, les frustrant à chaque occasion ratée.

La dimension athlétique de la rencontre doit également être relevée. Manquant d’agressivité en défense, les Bleus ont baissé de pied au fil de la partiee, subissant les impacts et étant davantage pénalisés en deuxième période alors que leurs adversaires semblaient au contraire capables de conserver la même intensité tout au long de la partie. Cette lente érosion physique, contrastant avec la fin de rencontre offerte par ces mêmes tricolores devant les Gallois une semaine plus tôt, est sans doute une des clés de la défaite française.

Elle n’est certainement pas la seule. Les leaders tricolores, Antoine Dupont et Romain Ntamack en tête, ne sont pas parvenus à imposer leur rythme, et ont peu à peu laissé l’Ecosse manœuvrer à sa guise. La troisième-ligne française, si brillante et décisive habituellement, a souffert de la comparaison avec sa rivale écossaise, Hamish Watson en tête, ce dernier validant certainement hier son ticket pour la tournée estivale des Lions britanniques et irlandais. Fébriles sous les chandelles, imprécis et irréguliers, les trois-quarts ont été à la peine, seul Gaël Fickou a surnagé sur la durée de la partie.

Ainsi, le XV de France a perdu un match qu’avec davantage de maîtrise il n’aurait pas dû laisser filer. Cette même impression prévalait lors de la défaite à Twickenham, et la rencontre face au Pays de Galles a laissé également poindre cette lacune.C’est certainement ce sur quoi il lui faudra travailler pour livrer dans l’avenir des partitions sans fausse note.

Et a fortiori sans couac final.

Lien Permanent pour cet article : https://renvoiaux22.fr/WordPress3/une-fausse-note-pour-terminer/

1 Commentaire

    • Jluc sur 27 mars 2021 à 18 h 06 min
    • Répondre

    Ne pas oublier à la charge de m. BARNES la dernière faute du match, précédée d’un en-avant écossais. La logique aurait voulu que la France n’ayant tiré aucun avantage de l’en-avant, il revienne à la mêlée, ce qui signifiait la fin du match.
    Pas sur que l’edf avait l’objectif des 4 essais et du +21, sinon pourquoi avoir tapé 2 pénalités au bout de 20 minutes. Ça a dû gamberger quand ce n’était plus atteignable dans le dernier quart d’heure. Le tournant du match est la penaltouche perdue en fin de première mi-temps.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.