Tontons flingueurs à Marcoussis

camou blancoLe journal Midi Olympique a réussi un joli coup ce lundi, provoquant un buzz important dans les réseaux sociaux. Le coup en question ? L’interview conjointe de Pierre Camou, président de la FFR, et Serge Blanco, vice-président de la fédération.

Cet interview ressemble davantage à une tribune qu’à un interrogatoire journalistique. Vous n’y trouverez aucune question polémique sur la situation financière du BO, le club dont Serge Blanco est toujours le président, le grand stade et le fiasco des débentures, ou sur la réforme des catégories de jeunes. Ce n’est visiblement pas l’objet de ce long papier (quatre pleines pages). Il y est surtout question pour les deux hommes de répondre aux attaques en règles formulées notamment du côté de la rade de Toulon. Pierre Camou et Serge Blanco répondent ainsi aux propos tenus par Mourad Boudjellal et, surtout, Bernard Laporte.

Il y a quelque temps, le manager toulonnais, candidat à la présidence de la FFR en 2016 avait lui aussi profité des colonnes du journal à feuilles jaunes pour lancer plusieurs saillies bien senties à l’endroit de celui dont il guigne la place. Il était quelque part normal que la même publication offre à ce dernier l’occasion d’y répondre. Au-delà, c’est l’intérêt bien compris du « journal officiel » du rugby de ne pas se mettre à dos ceux qui font le rugby hexagonal d’aujourd’hui et peut-être, qu’on le veuille ou non, celui de demain.

On renverra à la lecture du Midol pour le détail de l’interview. il est néanmoins possible d’en donner ici quelques éléments et esquisser des hypothèses sur ce qui attend l’ovalie tricolore dans les prochains mois.

Même si les bruits de couloirs (insistants) font de Serge Blanco le prochain président de la FFR, Pierre Camou laisse planer le doute en évoquant à mots couverts la possibilité d’une nouvelle candidature, qui serait le fruit des critiques de Bernard Laporte. L’hypothèse reste discutable, du fait de son âge : il aura 71 ans lors des prochaines élections. Mais après tout, Albert Ferrasse a présidé aux destinées du rugby français jusqu’à ses 74 ans…

Ce qui est clair en revanche, c’est que le Basque ne fera aucun cadeau à Bernard Laporte. Ce dernier devait se douter que ses attaques ne resteraient pas sans riposte. Pour l’instant, elles prennent l’apparence de piques distillées tout au long de l’interview. La plus remarquée d’entre elles concerne les records de points encaissées par une équipe de France. C’était en 2007 à l’occasion de la tournée estivale des tricolores en Nouvelle-Zélande. Les tricolores, managés par l’actuel coach du RCT, avaient pris la marée noire, bien au-delà des scores subis par le XV de Philippe Saint-André. Mais ces répliques ne sont sans doute rien à côté de ce que l’actuel président de la FFR va concocter en coulisses, à savoir une opposition systématique aux plans préparés par Bernard Laporte pour lui prendre son fauteuil. Inutile de dire que la tâche de l’ancien entraîneur du XV de France s’annonce plus que compliquée, et qu’il pourrait bien suivre le même chemin qu’un autre numéro neuf qui, lui aussi, tenta de renverser l’ordre établi : Jacques Fouroux.

Le nom de Jacques Fouroux est d’ailleurs prononcé dans cet interview, pour illustrer une autre information lâchée par le duo : Philippe Saint-André poursuivra sa mission à la tête de la sélection nationale jusqu’à la coupe du monde l’an prochain. Pierre Camou et Serge Blanco ne pensent pas qu’un changement à ce stade soit bénéfique. Et de citer, justement, la démission de Jacques Fouroux en 1990 et son remplacement par Daniel Dubroca à quelques mois de l’édition 1991 de la compétition mondiale, qui fut la moins réussie de toutes pour les bleus.

Si PSA ne sera pas débarqué, il sera, et c’est une autre information, « accompagné » par Serge Blanco. L’interview reste néanmoins très flou sur les contours de la mission du beau Serge. On attend également du sélectionneur qu’il confirme être effectivement « très heureux » de l’aide apporté par l’ancien numéro quinze. Au-delà, l’idée de renforcer les soutiens autour de la personne de Saint-André apparait assez naturelle de la part de ses employeurs. Et elle n’est pas forcément le seul fruit d’un calcul politique : en s’affichant aussi ouvertement derrière PSA, Camou et Blanco n’ont finalement pas grand chose à gagner de plus qu’en le laissant seul en première ligne…

Les deux hommes profitent également des colonnes du Midi Olympique pour renvoyer la balle financière dans le camp des présidents de clubs. Le patron de la FFR esquisse même une attaque très rouée sur la rémunération des internationaux, prétendant couvrir globalement les salaires de ces joueurs lorsqu’ils sont appelés en sélection. Ajoutant qu’il se fonde sur les données officielles, il laisse entendre que le défaut de couverture mis en avant par certains clubs concerne des éléments de rémunérations autres que ceux figurant dans le salary cap. Et donc que les clubs qui protestent ne respectent pas ledit salary cap…

Après des considérations (historiques notamment) sur la sélection de joueurs étrangers en équipe nationale, l’interview se conclue sur la question d’un éventuel renouvellement du contrat de Philippe Saint-André. La lecture de l’entretien ne nous apprend pas grand chose sur ce que les deux hommes forts du rugby hexagonal comptent faire après la coupe du monde. Néanmoins, Pierre Camou reconnaît que Fabien Galthié figurait en troisième position dans la liste des successeurs potentiels de Marc Lièvremont en 2011. ll ne serait donc pas étonnant que le manager montpelliérain succède à PSA dans un peu plus d’un an. Au passage, un tel aveu explique la retenue dont fait preuve Fabien Galthié à l’égard de l’actuel sélectionneur.

Au final, les explications apportées par Pierre Camou et Serge Blanco aux questions de Midi Olympique ne devraient pas faire changer d’opinion leurs adversaires déclarés (et les autres). Pourtant, elles permettent aux deux hommes de reprendre l’initiative sur plusieurs thèmes nécessitant qu’à leur tour leurs opposants apportent des réponses claires. Les deux tontons flingueurs, s’ils n’ont pas défouraillé les premiers et n’ont pas encore sorti le vitriol, ont néanmoins adressés un message clair à leurs adversaires : à vouloir se mesurer à eux, ils se préparent sans nul doute des nuits blanches, des migraines, des nervousses brékdones

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