Provocation présidentielle

Il est aujourd’hui un peu tard pour un poisson d’avril. Pourtant, on a cru à une plaisanterie en lisant sur les réseaux sociaux que Bernard Laporte serait candidat à la présidence de la Fédération française de rugby en 2016. Ce n’était donc pas un canular mais une véritable information, livrée aux lecteurs de l’Equipe par l’intéressé lui-même à l’occasion d’un interview accordé au quotidien.

Même si on ne sait jamais s’il faut vraiment croire ce qu’il raconte, l’entraîneur du RC Toulon paraît très sérieux et bien décidé à se présenter. Épousant la phraséologie anti-système de son président, « Bernie » annonce vouloir nettoyer la FFR de tous les « profiteurs » et « bouleverser l’ordre établi ». Pour quelqu’un qui a vécu avec le fameux ordre établi depuis plusieurs décennies, on se dit que mieux vaut tard que jamais…

On conviendra que le timing de cette annonce est idéal pour détourner l’attention et, partant, la pression médiatique sur son groupe à quelques heures d’une confrontation majeure et déterminante avec le Munster pour le compte des demi-finales de H Cup. Il apparaît pourtant un peu vain de vouloir protéger un groupe aussi expérimenté que celui du RCT, d’autant que le club évolue actuellement dans un climat de confiance favorisé par les très bons résultats en Top14.

Il semble donc plus plausible de voir dans cette annonce le énième avatar d’un mode de fonctionnement du tandem Boudjellal – Laporte qui ne paraît se plaire que dans une forme de surenchère. Ce n’est plus la surenchère des annonces de signatures – devenues désormais trop « habituelles » pour émouvoir l’opinion ovales, mais celle des invectives et des provocations à l’égard des instances dirigeantes. Des instances accusées de tous les maux et cibles de critiques parfois à la limite de la contradiction : à la fois stupides et malhonnêtes, immobilistes et manipulatrices, ramassis d’amateurs s’intéressant trop aux professionnels…

Il faudrait être sacrément crédule pour exonérer la FFR des responsabilités qui sont d’évidence les siennes dans les difficultés actuelles du rugby français. Mais se convaincre qu’avec Bernard Laporte la situation s’améliorerait relève d’une forme assez achevée de naïveté. Par le passé, le bouillant entraîneur a démontré qu’il n’était pas particulièrement porté sur le travail des dossiers et ses qualités diplomatiques sont pour le moins discutables.

Pas épargné par certaines turbulences judiciaro-financières, l’ancien secrétaire d’Etat ne fait pas vraiment figure de chevalier blanc au service de l’éthique sportive. Quant à ses démêlées récentes avec l’arbitrage, elle ont renforcé l’image d’un personnage « clivant » plutôt que rassembleur.

Inutile de dire combien le comportement de Bernard Laporte est aux antipodes de ce qui pourrait lui offrir une chance de décrocher la présidence de la FFR. On ne devient pas le patron de la fédération en traitant les électeurs potentiels de minus habens ou, pire, de gangsters. Un autre personnage controversé, Serge Blanco, l’a bien compris qui jouit d’une tout autre réputation au sein de l’instance dirigeante et qui devrait logiquement remporter l’élection dans deux ans.

La dernière sortie de l’entraîneur toulonnais lui a valu un certain nombre de commentaires mi-amusés, mi-agacés, en particulier de la part des réseaux sociaux. Certains y ont vu des réactions anti-toulonnaises. On peut au contraire avoir trop d’estime pour le vénérable club varois pour accepter qu’il s’incarne seulement dans un personnage comme Bernard Laporte…

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