Terminé, les défaites encourageantes !

Pour quatre petits points (20-23), le XV de France n’aura pas réussi son pari de l’emporter à Twickenham face à des Anglais dont le début de Tournoi en avait convaincu plus d’un que l’occasion était belle de les vaincre chez eux pour la première fois depuis 16 éditions.

Le score étriqué illustre ce que fut la rencontre, un mano a mano qui a vu chaque équipe remporter une mi-temps, l’Angleterre terminant plus fort que son adversaire, à l’image de l’essai incontestable du phénomène Maro Itoje scellant la victoire anglaise.

Pourtant, l’impression demeure que les Français sont passés de très peu à côté d’un succès qui leur tendaient les bras.

Plusieurs facteurs peuvent être avancés pour expliquer cet échec.

En premier lieu, la préparation tronquée due au titre épisode de la bulle sanitaire transpercée, qui a conduit à la contamination à la COVID-19 de plusieurs tricolores, à l’arrêt des entraînements et au report de la rencontre face à l’Écosse. En manque de rythme, les Français ont souffert en deuxième mi-temps à Twickenham.

Ensuite, l’absence sur blessure de Bernard Le Roux, meilleur défenseur tricolore sous l’ère Galthié, a pesé dans une rencontre où les impacts au ras ont été nombreux et les occasions de turn-overs tout autant. Non pas que Romain Taofifenua n’ait pas « fait la maille », bien au contraire. Mais avoir un joueur de ce poids sur le banc aurait certainement permis de mieux gérer les trente dernières minutes qui ont été fatales aux Bleus.

Enfin, le coaching proposé par le staff tricolore interroge. Un Anthony Jelonch, si efficace sur ce même terrain à l’automne dernier, un Baptiste Serin, souvent très bon dans la gestion des fins de match, ne sont pas sortis du banc, quand Antoine Dupont, pour ne citer que lui, paraissait dans le rouge et perdait en lucidité au fil des dernières minutes.

De lucidité, les Bleus en ont manqué dès le début de la partie et à plusieurs moments clés de celle-ci. Une touche jouée rapidement quand il aurait sans doute fallu temporiser, une autre non trouvée sur une pénalité qui a remis la pression sur les bleus au lieu de la faire porter sur les joueurs anglais, un plaquage facile qui donne lieu à une pénalité en faveur d’Albion quelques temps de jeu plus tard, une faute stupide en touche alors que le ballon avait été récupéré dans le maul anglais suivant, une tentative de drop hasardeuse suivie d’une relance anglaise et d’une touche à proximité de l’en-but tricolore, sont autant de scories sur la copie française, et autant d’occasions données aux joueurs d’Eddie Jones de rester dans la partie et de marquer des points.

Ce sont ces imperfections qu’il faudra apprendre à gommer pour maintenir sous l’eau la tête de l’adversaire. Et qui rendent désormais les défaites non plus encourageantes, mais rageantes tout court car elles ne surviennent plus comme des évidences de l’infériorité tricolore. C’est le nouveau paradoxe auquel ses supporters sont aujourd’hui confrontés.

Et, avouons-le, cela n’est, au fond, pas pour nous déplaire.

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Guy Novès dans le texte

Certains pourront trouver fort opportune la sortie de « La tête haute », l’autobiographie que s’apprête à publier Guy Novès. Ils auront naturellement raison, mais on ne pourra pas reprocher à l’ancien sélectionneur viré par Bernard Laporte d’être à l’origine de la rupture de la bulle sanitaire prétendument constituée par le président de la FFR et son vice-président-covid-manager Serge Simon…

Guy Novès, l’homme le plus titré du club haut-garonnais et du rugby français (douze fois sacré champion de France dont deux comme joueur), intrigue par sa personnalité, secrète et ombrageuse et ne saurait laisser indifférent quiconque éprouve de l’intérêt pour le rugby tricolore.

Ceux qui s’attendent à découvrir dans l’ouvrage de l’entraîneur toulousain des révélations croustillantes et des secrets d’arrière-boutique toulousaines ou fédérales en seront pour leurs frais. Les autres, qu’ils soient supporters du Stade ou simples amateurs de rugby trouveront cependant dans « La tête haute » de quoi satisfaire leur curiosité.

Ce livre, écrit avec Jean-Louis Laffitte et Gregory Letort, restitue les grandes étapes de sa carrière, d’abord comme joueur puis comme entraîneur et enfin sélectionneur, en les illustrant d’anecdotes éclairant sa personnalité d’une lumière qui, sans être nouvelle, permet de mieux le cerner, si tant est que cela fût vraiment possible. On y retrouve ce qui, finalement, transparaissait lors de ses sorties médiatiques : fidèle en amitié comme en animadversion, Guy Novès n’oublie rien ni personne, et surtout pas ceux qui ont pu le décevoir ou, à ses yeux, le trahir. On sent, au détour d’une phrase ou d’une expression, que certaines blessures peinent à se refermer.

On le constate au fil des pages, Guy Novès n’est pas forcément enclin à pardonner. Néanmoins, si l’impression reste forte qu’il reste « droit dans ses bottes » quand il s’agit d’évoquer les épisodes les moins agréables de son parcours, on sent quand même pointer, ici l’esquisse d’une remise en question, là une concession.

Disons-le tout net, Guy Novès fait ici…du Guy Novès. Le ton trouvé par les co-auteurs du livre est particulièrement juste : en le lisant, on imagine très bien l’entraîneur toulousain distiller ses confidences avec, en coin, ce petit sourire bien à lui.

On regrettera peut-être que celui qui fut licencié par Bernard Laporte pour insuffisance de résultats et remplacé par un Jacques Brunel qui n’a davantage brillé par les siens, qu’il lâche un peu la bride à ses sentiments. Mais par pudeur ou, plus simplement, parce que sa personnalité s’y refuse, Guy Novès conserve par devers lui sa part de secret.

Et d’ombre.

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Week-end à Rome

Décidément, si tous les chemins du cluster qui a frappé le XV de France ne mènent pas à Rome, le week-end que la sélection nationale y a passé en février dernier a néanmoins beaucoup occupé les conversations ces derniers jours.

Renvoi aux 22 vous propose une chanson, à peine retouchée, qu’aurait pu chanter un certain président de fédération…

Week-end à Rome, à 31 sans personne.
Dublin, London, s’il y a le temps.
Week-end rital,

Protocole de fortune, variét’ mélo à la radio.
Week-end rital,

Marcoussis sous la pluie.
Bonheur, soupirs, des masques pour rire, chanson ritale.
Humm, chanson ritale pour un scandale.

Week-end à Rome

afin de percer ma bulle et ta bulle
D’poser un cluster bancal dans ton bocal,

Ton aquarium.

Une mascarade à deux, l’ministère m’assomme, le Covid m’empoisonne.
Week-end à Rome

Pour la douceur de vivre
Une gaufre c’est fun puisqu’on est jeunes.
Week-end rital.

Retrouver le sourire.
RMC j’vais te dire, j’ai failli perdre mon sang-froid.
Humm, j’ai failli perdre mon sang-froid.

Oh j’voudrais, j’voudrais, j’voudrais percer ma bulle et ta bulle
Poser mon cluster bancal dans ton bocal,

Ton aquarium.

Il vento nei capelli, caro, accelera e alza la radio.
Humm, la notte, la notte, humm, la notte, la notte.
Humm, chanson ritale pour un scandale.

Oh, j’voudrais tant, j’voudrais tant percer ma bulle et ta bulle
Et pas payer avec toi, qui manage comme personne,

La note, la note
La note, la note
La note, la note
La note, la note…

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Auld alliance, mais pas trop…

Alors que la FFR se démène pour trouver des causes aux défaillances de son protocole sanitaire et attend (espère ?) un report de la rencontre qui doit opposer le XV de France – ou ce qu’il en reste compte tenu du nombre de titulaires touchés par la COVIC-19 – à son homologue du Chardon, la Scotish Rugby Union a fait savoir qu’elle comptait bien disputer le match dimanche prochain au Stade de France. Et tant pis pour les Frenchies s’ils doivent aligner une équipe bis ou ter.

Alors que certaines mauvaises langues insinuent que les Ecossais profitent de la situation pour augmenter leurs chances de victoires en affrontant un adversaire très amoindri, la SRU avance des soucis de mise à disposition de ses joueurs par les clubs anglais où ils évoluent pour justifier sa position.

Il faudrait avoir une sacrée dose de mauvaise foi pour en vouloir aux Écossais de tenir à jouer dimanche plutôt que d’accepter un report. Les supporters des Tricolores, qui le sont aussi de leur club de cœur, savent combien les relations entre les sélections et les employeurs des internationaux sont délicates et réclament des compromis. Celui trouvé par la SRU avec ses interlocuteurs anglais ne semble pas permettre un report et il faut en prendre acte.

Certains diront que la Auld Alliance n’est plus ce qu’elle était, et que le professionnalisme a mis à mal l’amitié franco-écossaise, une amitié nouée au fil des siècles et qui s’exprime désormais pour l’essentiel dans les relations tissées par nos deux nations autour d’un ballon ovale.

Si l’amitié franco-écossaise est une réalité, il faut néanmoins se garder d’avoir une vision trop idyllique des choses et rappeler qu’en matière de rugby, nos « cousins » à tartans – en tout cas leurs dirigeants – n’ont jamais été vraiment très bien disposés à l’égard des « Froggies ».

Cette méfiance envers la France s’est d’abord manifestée dans les réticences écossaises à envoyer le XV du chardon sur le continent. La première rencontre entre les deux équipes nationales a ainsi été organisée le 22 janvier 1910, soit quatre ans après le match inaugural du XV de France face à l’Angleterre.

Dernière Home nation à accepter les Tricolores dans le giron du Tournoi, l’Ecosse fut la première à les boycotter en 1913, après une rencontre marquée par des incidents non pas sur le terrain mais dans les tribunes. Les supporters français, peu au fait des règles du jeu et déjà fortement empreints de chauvinisme, avaient vertement manifesté leur désapprobation à l’égard de l’arbitre anglais, accusé de favoriser les visiteurs écossais, pourtant supérieurs dans le jeu.

Le XV d’Ecosse boycotta donc celui du coq lors du Tournoi 1914. Les cinq années que dura la première guerre mondiale et la fraternité d’armes née de ce conflit aplanir le ressentiment celte et les Ecossais retrouvèrent les Français sur le pré en 1920, quand la compétition sportive repris ses droits.

Pourtant, les dirigeants de la SRU n’avaient pas pour autant perdu toute méfiance à l’égard de Français jugés violents et, plus grave encore, peu rigoureux dans l’application des sacro-saints principes d’amateurisme dont les Ecossais furent, plus encore que les Anglais, les plus farouches défenseurs.

En 1931, les accusations d’amateurisme marron adressées par les Home Nations à la France du rugby furent particulièrement sévères de la part de la SRU, partisane d’une position dure à l’égard d’une FFR confronté à la révolte d’un certain nombre de ses clubs. Et c’est cette position dure qui l’emporta, provoquant le bannissement du XV de France, bouté hors du Tournoi. Il fallu attendre 1946 pour que celui-ci pût de nouveau affronter ses homologues d’Outre-Manche.

En 1951, de nouvelles menaces de boycott planèrent sur la FFR et, encore une fois, les Ecossais ne furent pas empreint de la plus grande bienveillance devant le rapport accablant présenté devant l’International Board pour fustiger les comportements français.

En 1985, l’idée d’organiser une coupe du monde de rugby, initiée par Albert Ferrasse, fut très débattue par l’IRB, au sein de laquelle l’Ecosse opposa la plus ferme résistance au projet français. Lorsque, finalement, le projet fut adopté, l’Ecosse, encore elle, défendit sans succès le principe que les matchs disputés durant cette compétition ne comptent que pour une sélection unique…

Le communiqué de presse diffusé lundi par la SRU doit être compris à l’aune de cette histoire sportive un peu mouvementée entre l’Ecosse et la France. S’il ne s’agit pas pour nos « vieux alliés » de remettre en cause une très longue tradition d’amitié, ils n’ont jamais fait passer celle-ci devant l’idée qu’ils se font du rugby et, bien naturellement, de leurs intérêts sportifs.

Auld alliance, donc, mais pas trop, s’agissant de ballon ovale.

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