Y croire, malgré tout

Ce vendredi débute la neuvième édition de la Coupe du monde de rugby. Les favoris sont, comme toujours, les Neo-Zélandais, même s’ils ne sont plus les premiers au ranking de World Rugby. Leurs principaux concurrents sont les Sud-Africains et les Anglais, qui semblent les uns comme les autres avoir digéré les turbulences assez fortes durant les trois dernières années. Les Irlandais, premiers du classement mondial, et les Gallois, qui l’ont été un court instant il y a peu, semblent être un peu moins dans le coup, mais toujours susceptibles de troubler les plans des favoris. Quant aux Australiens, ils ont toujours répondu présent au rendez-vous mondial, y compris lorsqu’on les disait morts et enterrés.

Et les Français dans tout ça ?

Force est de le constater, jamais peut-être dans l’histoire de la Coupe du monde le XV de France n’a connu autant d’incertitudes avant de débuter la compétition. En 2015, à la faveur d’une poule qualificative abordable et dans un contexte de continuité managériale plus propice à la sérénité, l’objectif ultime – être champion du monde – n’était sans doute pas plus accessible, mais au moins les doutes se reportaient-ils sur les chances de succès tricolores en quart-de-finale. Aujourd’hui, la question se pose des capacités de cette équipe à sortir de sa poule.

Et en alignant pour le match, déjà capital, face à l’Argentine, une équipe expérimentale à certains postes, le staff du XV de France ne fait pas grand-chose pour dissiper l’inquiétude. Ainsi Romain N’Tamack, qui ne joue plus que rarement à l’ouverture Toulouse et dont l’expérience internationale à ce poste se résume essentiellement à son parcours chez les U20, aura-t-il la lourde tâche d’animer une ligne d’attaque elle-même composée de deux trois-quarts centres, Virimi Vakatawa et Gaël Fickou, dont les affinités et la complémentarité n’a guère été testée que quelques minutes. Quand on sait combien le rugby est désormais affaire d’automatismes au moins autant que de talent individuel, on mesure le handicap avec lequel cette équipe va affronter des Pumas à 90% composés des Jaguares finalistes du dernier Super Rugby. Quant au pack, avec un deuxième-ligne qui préfère jouer numéro 7 et une troisième-ligne aux airs de Marie-Louise, il faut espérer qu’il tienne le choc face à un adversaire moins puissant qu’avant, mais très mobile.

Qu’on présente les Argentins comme étant « sur la pente descendante », qu’on mette en avant leur série de neuf défaites lors de leurs neufs derniers matchs ne doit tromper personne, et surtout pas les supporters du XV de France. Six de ces neufs rencontres ont opposé l’Argentine aux trois grandes nations de l’hémisphère Sud. Et celle concédée en France à Lille en 2018, pour encourageante qu’elle fût, ne saurait être représentative de l’état des forces en présence à Tokyo.

Sans céder à la métaphore guerrière ni galvauder des paroles prononcées dans des circonstances autrement plus graves, on pourrait croire les propos de Ferdinand Foch taillés sur mesure pour décrire l’état d’esprit des nombreux supporters français : « Pressé fortement sur ma droite, mon centre cède, impossible de me mouvoir, situation excellente, j’attaque. »

Puisqu’il est impossible de ne pas y croire, malgré tout, il faut souhaiter à nos Bleus d’aller jusqu’au bout des intentions affichées depuis l’arrivée de Fabien Galthié : donner de l’ampleur à un jeu resté trop longtemps réduit aux fondamentaux d’une conquête stérile.

Quitte à perdre, autant le faire les armes à la main.

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