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Juin 26

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XV de France : tous coupables

Les rugbymen du XV de France sont revenus d’Afrique du Sud les valises lestées des 109 points encaissés face aux Springboks. Et c’est le moral plombé que les amoureux du rugby tricolore vont partir en vacances, avec l’impression tenace que celui-ci est durablement condamné à jouer les seconds rôles sur l’échiquier international.

Devant une telle situation, la tentation est toujours grande de chercher des boucs émissaires. Il faut s’en garder et reconnaître que les responsabilités sont largement partagées par l’ensemble des acteurs du rugby hexagonal.

Difficile de ne pas incriminer la formation, qui produit des joueurs à la technique individuelle médiocre au regard des standards internationaux. On s’extasie devant le All Black Beauden Barrett ramassant un ballon en pleine course quand ce geste devrait faire partie du bagage technique normal d’un rugbyman professionnel. Et combien de passes, pourtant effectuées par des joueurs dont c’est le métier, arrivent trop haut ou trop bas, privant le réceptionneur du temps d’avance nécessaire ? Citons encore le jeu au pied, point faible récurrent de notre rugby, tout comme la réception des ballons hauts. A l’heure du professionnalisme, il n’est plus possible de mettre ces retards sur le dos d’une culture sportive qui doterait nos adversaires adeptes des sports gaéliques ou du footy australien une supériorité intrinsèque sur les joueurs français.

Quant aux jeunes joueurs, si talentueux soient-ils, comment pourraient-ils s’accomplir pleinement – et rapidement – dans des championnats insuffisamment relevés ou dans des équipes professionnelles qui ne leur offrent pas assez de temps de jeu ? Les beaux discours sur nos jeunes qui s’améliorent au contact des stars de ce sport ne tiennent pas devant la réalité : pour progresser au plus haut niveau, il faut évoluer dans les compétitions les plus exigeantes, et ne pas seulement s’entraîner au contact des meilleurs.

A cet égard, le Top14 peut-il revendiquer de préparer aux joutes internationales ? Le jeu qui y est pratiqué y est trop restrictif, axé sur le seul défi physique. La pauvreté des schémas offensifs n’a d’égale que l’insuffisance du rythme imprimé au jeu. Le rugby restrictif et brutal proposé par notre championnat d’élite le devient encore plus au moment des phases finales où le nombre de commotions l’emporte sur celui des essais inscrits. La pression du résultat, le risque de descente en ProD2 sont des facteurs d’explication. Mais comment alors expliquer que des clubs, pourtant pas toujours les mieux classés au ranking budgétaire, s’imposent avec un rugby ambitieux voire spectaculaire ? La responsabilité des techniciens de ce sport apparait engagée. C’est à eux qu’incombe l’innovation tactique et la réflexion sur le jeu.

La question se pose d’ailleurs pour l’encadrement du XV de France. On se souvient que Guy Novès a progressivement abandonné le terrain du Stade toulousain, laissant la place à ses entraîneurs, avec des résultats qui se sont délités et un style de plus en plus fade. Côté « pack » tricolore, Yannick Bru, qui fut l’un des adjoints de Novès à Toulouse, n’est pas vraiment en mesure de faire valoir des progrès depuis sa prise de fonctions il y a bientôt six ans. Quant à Jeff Dubois, son excellent travail avec le Stade français le qualifie-t-il automatiquement pour s’occuper des lignes arrières du XV de France ? Rien n’est moins sûr.

Ces quelques lignes ne sauraient résumer à elles seule la situation de notre équipe nationale. D’autres causes entrent certainement en ligne de compte. Mais à eux seuls, ces constats corroborent l’idée que le mal est profond, et qu’il est systémique. Foin de bouc émissaire. La responsabilité est collective, comme le seront nécessairement les solutions. A condition de le vouloir.

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