XV de France : le temps de la jeunesse

Dans deux semaines, le XV de France inaugurera face à l’Angleterre un nouveau cycle qui devra le conduire à une édition 2023 de la Coupe du monde qu’il a comme objectif, dans l’idéal, de remporter.

C’est peu de dire combien les supporters des Bleus attendent de Charles Ollivon, nouveau capitaine, et de ses coéquipiers qu’ils confirment les espoirs placés en eux et en Fabien Galthié. Ce dernier est en effet devenu officiellement sélectionneur de cette équipe après une période assez étrange d’entre-deux, entre lui et Jacques Brunel que Bernard Laporte avait maintenu à son poste avant la Coupe du monde, au prix d’une communication digne des meilleurs contorsionnistes.

Durant la compétition, le XV de France a laissé entrevoir par bribes le jeu que Fabien Galthié appelle de ses vœux : un rugby plus dynamique, à haute intensité, avec une recherche d’intervalle plus systématique. Pour y parvenir, le nouveau sélectionneur a eu carte blanche et même carte bleue, puisque la FFR a accepté de mettre la main à la poche pour défrayer les clubs du Top14 en échange d’un élargissement du groupe de joueurs appelés pour préparer les matchs internationaux.

Si, habituellement, les débuts de cycle sont propices au renouvellement de l’effectif, celui décidé par Fabien Galthié est exceptionnel dans son ampleur : 19 joueurs non capés sur 42, une moyenne d’âge de 24 ans, voilà qui a de quoi marquer les esprits, tout comme le fait de renoncer à offrir aux « glorieux anciens » un dernier tour de piste hivernal, pratique traditionnelle des précédents sélectionneurs.

Certes, il n’est pas certain que Fabien Galthié et son staff soient pris de l’angoisse de la « page blanche », mais tout reste à faire pour écrire ce qui pourrait être l’un des plus beaux chapitres de l’histoire du XV de France : une montée progressive en puissance couronnée par le Graal d’un titre mondial dans un peu moins de quatre ans, un peu à l’image du parcours de l’équipe d’Angleterre entre 2000 et 2003.

La différence entre les deux réside d’abord dans l’inexpérience du groupe formé par Fabien Galthié, s’il devait perdurer dans cette configuration. Clive Woordward s’est appuyé sur un effectif particulièrement solide de ce point de vue, emmenant en Australie une équipe parmi les plus âgées de la compétition. Ensuite, Woodward a pris les rênes du XV de la Rose en 1997, soit six ans avant le sacre de 2003. Enfin, le sélectionneur anglais a toujours gardé le cap malgré les contreperformances qui ont pu émailler son parcours.

La réussite de Fabien Galthié reposera au premier chef sur sa capacité à fédérer les efforts sur l’ensemble de son mandat. L’accord trouvé avec les clubs professionnels ne concerne aujourd’hui que la période du tournoi 2020. Il faudra le pérenniser pour assurer la stabilité du groupe France. Il devra également résister à une tentation à laquelle personne avant lui n’a su échapper, qui consiste à sacrifier des joueurs sur l’autel de l’impatience fédérale ou médiatique. Les mauvais résultats, les prestations individuelles moyennes ne devront pas provoquer le limogeage de tel ou tel. On pense naturellement à la charnière ou à la troisième-ligne, qui pourraient enfin – du moins l’espère-t-on, bénéficier de la stabilité dont elles ont besoin pour être performantes sur le long terme.

Fabien Galthié réussir dans son entreprise, car il a pour lui un réservoir de talents – à l’exception peut-être des postes de pilier droit et, à un degré moindre, en deuxième-ligne, susceptibles de l’aider dans sa quête. Les jeunes qu’il a appelés n’ont pas grand-chose à envier à la concurrence internationale, et une équipe performante peut voir le jour pour peu qu’on la laisse grandir et s’épanouir.

« Emploie bien le temps de ta jeunesse, c’est sur quoi repose ton bonheur futur » affirme un proverbe suédois. On ne saurait mieux dire à l’adresse des dirigeants du rugby français.

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