Vivement le printemps !

Après la victoire de l’Ecosse au Pays de Galles, plus tôt dans l’après-midi, certains doutes avaient pu s’ajouter à ceux nés de la performance tricolore face à ces mêmes Gallois une semaine plus tôt : n’avait-on pas vu le XV de France un peu trop beau ? Son succès devant des diables rouges de plus en plus pâles devait-il moins à la performance des Bleus qu’aux carences des hommes de Wayne Pivacs ?

Hier soir, au Stade de France, Antoine Dupont et ses copains ont en grande partie répondu à ces interrogations. En l’emportant devant l’équipe d’Irlande, ils ont clairement confirmé le renouveau du XV de France et insufflé une bonne dose d’optimisme à leurs supporters. Après une décennie de vaches maigres, il est désormais possible à Fabien Galthié et son équipe de nourrir de sérieux espoirs pour la suite, même s’il est bien sûr trop tôt pour tirer des plans sur la comète.

Le sport offre parfois de saisissants effets de symétrie. Au printemps 2019, les Bleus avaient grandement souffert de la comparaison face aux Irlandais et s’étaient inclinés sur un score (26-14) reflétant assez peu la domination du XV du Trèfle. Celui d’hier (35-27) masque à son tour la maîtrise globale du match par l’équipe de France, même si son adversaire a pu, en première mi-temps, donner l’impression que tout ne serait pas facile pour les Tricolores.

Le jeu au pied de l’expérimentée charnière irlandaise et la science des rucks du pack du Trèfle ont, une grosse demi-heure, gêné les Français, et c’est assez logiquement qu’à l’essai inscrit par « le ministre de l’Intérieur », Antoine Dupont après une belle contre-attaque a répondu celui du « secrétaire des tas » Cian Healy à la conclusion d’une série de pick-and-go. En seconde période, les Français ont remis la main sur le ballon et marqué sur leurs points forts, conservant ainsi une confortable avance au score et traduisant une supériorité que l’essai tardif de l’ailier irlandais Jacob Stockdale a rendue moins nette au tableau d’affichage.

Il serait néanmoins faux de résumer cette confrontation à une opposition de styles, car les Bleus n’ont pas eu, loin s’en faut, à rougir de leur comportement dans le combat, que ce soit en mêlée ou dans le jeu courant. Seules les statistiques relatives aux franchissements et off-loads traduisent les capacités supérieures des tricolores, hier soir, à proposer autre-chose que du jeu à une passe.

S’il faudra encore attendre pour voir des lancements de jeu vraiment efficaces et susceptibles de créer de manière plus fréquentes des brèches dans la défense adverses, la bande à Toto (Dupont) a démontré son aptitude à profiter de chaque ballon de récupération et à le transformer en occasion d’essai. Dans l’art de la contre-attaque, la charnière tricolore a fait merveille. Déclarer qu’on a enfin trouvé la charnière du XV de France relève de l’évidence. Antoine Dupont et Romain Ntamack, associés depuis sept matchs de rang, sont bien partis pour garder les clés du camion bleu jusqu’à la prochaine coupe du monde. Et puissent ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, les encensent aujourd’hui, garder à l’esprit ces performances lorsque les deux Toulousains connaîtront des baisses de réussite. Ce qu’ils font aujourd’hui, avec la marge de progression dont ils disposent, doit nous convaincre de ne pas les lâcher à la première contrariété qui, c’est l’évidence, ne manquera pas de se produire.

Il ne faudrait pas réduire le XV de France à sa charnière. Les avants et la ligne de trois-quarts ont tout autant – avec naturellement quelques nuances – confirmé la confiance placée en eux par le staff tricolore. Il est réjouissant de constater les progrès régulier du pack autour de son capitaine Charles Ollivon, de voir Gaël Fickou et Virimi Vakatawa prendre enfin la dimension que leur talent induisait depuis plusieurs saisons sans toujours que cela se confirme sur le terrain. Reste encore des incertitudes aux ailes ou à l’arrière, même si les titulaires actuels sont au diapason des performances collectives du moment.

Bien sûr, on pestera sur l’indiscipline de cette équipe qui a encore été trop pénalisée hier (14 fautes contre seulement 7 pour les Irlandais). Mais outre qu’elle traduit d’abord des problèmes d’organisation offensive qui finiront certainement par se résoudre au fil de l’expérience accumulée, elle ne relèvent pas d’un défaut d’intelligence – toujours rédhibitoire – mais bien plutôt d’un excès d’engagement et d’un manque de repères collectifs à affiner. Bref, rien qui ne puisse se corriger.

Avec cette deuxième place dans le Tournoi, son meilleur résultat depuis 2011, le XV de France pourrait nourrir des regrets. Celui d’un point de bonus offert aux Anglais en février dernier, ou, évidemment, celui d’un match joué à l’envers en Ecosse, qui aurait permis de rêver à un Grand Chelem. Mais ces regrets sont peu de chose au regard des espoirs que cette équipe a fait naître cette année.

Comment, dès lors, ne pas se projeter sur le prochain Tournoi qui verra, peut-être, le XV de France enchaîner les succès et, on croise les doigts, renouer avec ses supporters dans des stades enfin remplis ?

Vivement le printemps 2021 !

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