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Nov 16

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Une victoire et des questions

Malgré un rapport défavorable de la commission d’évaluation de World rugby qui la plaçait derrière l’Afrique du Sud, la candidature française à l’organisation de la coupe du monde 2023 l’a emporté, avec une marge étonnamment confortable au second tour de scrutin (24 voix contre 15) après avoir été en tête au premier.

Le détail des résultats peut donner une indication sur ce qu’a été le vote, à savoir le fruit d’importantes tractations où chaque fédération a pu faire valoir des intérêts particuliers et obtenir des contreparties à son suffrage. Et si beaucoup s’interrogent sur la manière dont Bernard Laporte a retourné une situation pourtant mal emmanchée, il est douteux qu’on sache un jour vraiment ce qui s’est réellement tramé dans les coulisses du luxueux hôtel londonien où s’est jouée l’élection, même s’il y aura certainement quelques fuites orchestrées ou non.

Naturellement, des accusations ont d’ores et déjà été lancées à l’encontre de Bernard Laporte et de son équipe, soupçonnés d’avoir poussé très loin leurs efforts pour convaincre les votants. World Rugby n’est pas épargnée. Elle se voit reprocher son manque de transparence, leitmotiv déjà entendu après que sa commission d’évaluation a livré son classement controversé.

Il faudrait être bien naïf pour imaginer que le processus s’est déroulé dans le respect absolu de la morale sportive telle que nous la concevons. Ne parlons même pas de « démocratie ». On mettrait notre main au feu qu’il y a eu de belles promesses, des pressions amicales, des menaces diplomatiques et autres engagements discrets, et cela chez les trois candidats. C’est malheureusement la loi du genre, comme peut en témoigner le dossier malheureux de Paris 2012, vaincu dans la dernière ligne droite par l’ancien coureur de demi-fond Sebastian Coe et sa diplomatie de l’ombre. On apprend, mais sans être vraiment étonné, que Mohed Altrad a joué un rôle important en coulisse pour convaincre les indécis d’apporter leurs voix à la candidature tricolore. La solidarité européenne continentale a pu jouer (Roumanie, Géorgie, Italie ont notamment voté en faveur de la France), alors que les Anglo-Saxons se sont partagés entre les trois adversaires.

World Rugby, dont la Coupe du monde constitue la principale source de trésorerie, a certainement trouvé dans le dossier de la FFR de quoi satisfaire ses appétits financiers, avec davantage de garanties que chez le concurrent sud-africain. Et tant pis si le rapport de la commission d’évaluation est passé par pertes et profits au bénéfice de tractations de gré à gré jusqu’au matin de la décision d’attribution.

Au final, Bernard Laporte revient de Londres avec une victoire presque inespérée et un blason largement redoré. Reste que les belles paroles entendues au soir de ce succès devront être suivies d’actes. On ne doute pas que la manne financière générée par la Coupe du monde servira au monde amateur, mais on attend de connaître le détail de ces retombées. L’afflux de nouveaux licenciés espérés par la Fédération, sera-t-il de la même ampleur qu’en 2007 alors que le rugby est aujourd’hui sur la sellette en raison des risques qu’il fait courir à ses pratiquants ? On rappellera que depuis ce pic d’adhésions il y a dix ans, les chiffres ont connu une lente mais inéluctable érosion. Il faudra donc proposer un vrai projet en direction des jeunes pour les fidéliser.

Quant à savoir si le XV de France profitera de l’occasion pour – enfin – brandir le trophée William-Webb-Ellis à la face du monde, lui qui en avait été incapable il y a dix ans, rien n’est moins sûr. D’abord parce qu’au-delà du fait qu’organiser la compétition n’est en rien un gage de réussite, il faudra à l’équipe nationale un tout autre niveau que celui qu’elle affiche aujourd’hui. Et que pour cela, c’est l’ensemble du système professionnel et de son articulation avec la formation qu’il faudra faire évoluer, en lien avec la Ligue nationale de rugby dont on connaît les liens d’amitiés avec Bernard Laporte et son équipe.

Voilà nombre de questions qui sont aujourd’hui posée et auxquelles il importe que « Bernie » apporte des réponses.

L’actuel président de la FFR trouvera sans doute dans ce dossier des arguments forts pour sa réélection. Il lui faudra néanmoins négocier le prochain obstacle avec succès, celui de l’enquête menée par l’inspection générale du ministère des Sports. Mais quelque chose nous dit qu’hier soir, le risque de voir Bernard Laporte quitter son fauteuil de manière précipitée a singulièrement diminué.

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1 Commentaire

  1. FB2

    le grosse question que je me pose c’est pourquoi un vote si le comité d’évaluation donne lui aussi un classement ?
    Que des « spécialistes » appointés fasse un rapport d’études sur les 3 candidatures et que ce rapport soit communiqué, très bien. Mais sans donner de classement !
    Sinon, quel que soit le sens du vote, il est forcément vu comme biaisé par l’une ou l’autre partie : si le rapport avait été suivi, l’Irlande et la France auraient pu légitimement interroger sur la pertinence et l’utilité d’un vote car à quoi bon un simulacre de « démocratie » (je mets les guillemets à dessein) si ce vote doit se borner à entériner un avis d’experts. Sans mettre en doute la compétence et la probité des dits experts. Après tout, et je n’ai pas lu le rapport, la candidature AFS était peut être techniquement et rugbystiquement la meilleure.
    Et là, l’avis du comité est renversé et le perdu qui se voyait vainqueur trop tôt crie au scandale. et on peut les comprendre, aussi.
    Ce mode d’attribution est vicié dès le départ : soit c’est un vote et le rapport doit être neutre, sans classement. Soit c’est cette commission technique qui désigne le pays hôte. Mais ce mélange des genres est foireux.
    Je ne suis pas dupe des tractations et autres négociations qui ont eu lieu, c’est le lot commun de ces grands évènements eut égard à leur impact financier, mais je ne peux m’empêcher de sourire en constatant qu’on à pris des Saxons au jeu du lobbying.

    F.
    PS : Craig, si tu nous lis, à dans 6 ans à St Denis !

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