Un peu juste

On ne présente plus Antoine Dupont. Son sens du jeu, sa faculté de le dynamiser – qu’il porte le numéro 9 ou le 10 – et d’entraîner ses partenaires dans son sillage, et même son incroyable capacité à revenir rapidement d’une blessure qui le condamnait pourtant, de l’avis de tous, à une longue absence.

Il semblerait que sa réputation, désormais internationale, n’ait pas franchi les murs épais du CNR de Marcoussis.

Vendredi soir, Antoine Dupont ne sera pas sur le pré. Il ne sera même pas sur la touche, mais en tribune, vêtu du costume civil dont sont revêtus ceux qui n’auront pas les faveurs de la feuille de match. Le même sort, au passage, a été réservé à Mathieu Bastareaud. Drôle de situation pour le Toulonnais dont un sondage en fait pourtant le seul joueur du XV de France un peu connu du grand public.

Alors que la non sélection du trois-quarts centre peut s’expliquer par le choix de privilégier le jeu de mouvement avec le jeune Romain N’Tamack, quitte à se priver d’un joueur précieux dans les rucks défensifs, celle d’Antoine Dupont laisse songeur.

Songeur sur la propension des sélectionneurs français à se priver de purs talents. Ce n’est pas nouveau. Qu’on songe au fameux « tu es le meilleur d’entre-nous, mais sans toi nous jouons mieux » adressé par Lucien Mias à Amédée Domenech ou à la préférence accordée à Pierre Berbizier quand Jérôme Gallion enthousiasmait tous les amateurs de French Flair.

Naturellement, il y a toujours de bonnes raisons pour expliquer l’absence du Toulousain. Selon Jacques Brunel, celui-ci serait encore « un peu juste physiquement ». Ce point avait échappé à ceux qui ont assisté aux derniers matchs de son club, en particulier en Coupe d’Europe.

Une autre explication, non avancée par le sélectionneur mais qui semble crédible au vu des choix effectués, tiendrait au fait qu’il ne butte pas et que, de manière générale, son jeu au pied ne répond pas aux exigences des stratèges tricolores. C’est l’antienne jouée par les staffs techniques à chaque fois qu’un demi qui « pue le rugby » est écarté d’une feuille de match.

Outre que cette manie traduit un rapport toujours aussi compliqué à un aspect du jeu traditionnellement laissé de côté dans la formation des joueurs, elle marque surtout les limites d’un discours qui prétend révolutionner le rugby français en accordant davantage d’importance à la fluidité au détriment du rentre-dedans généralisé.

Il nous semble que c’est précisément en se passant d’un joueur de la trempe d’Antoine Dupont que le XV de France continuera d’être « un peu juste », pour encore longtemps.

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