Typhon sur l’arbitrage

Alors que « Mitag », le typhon qui menaçait les matchs France-USA et Nouvelle-Zélande – Canada, passera finalement à 500 km des côtes japonaises et n’empêchera pas la tenue des rencontres, c’est une autre tempête qui secoue, durablement celle-là, la Coupe du monde. Elle concerne l’arbitrage et plus particulièrement la gestion des gestes dangereux commis par le plaqueur ou le porteur du ballon.

En mai 2019 World rugby a publié un « guide décisionnel » pour faciliter la cohérence des sanctions et permettre à l’ensemble des acteurs de ce sport d’avoir une vision claire de ce qui est examiné par le corps arbitral au moment de prendre sa décision. Force est de le constater, ces consignes n’ont pas permis d’homogénéiser les décisions depuis le début de la compétition. D’un match à l’autre, des situations similaires ne donnent pas lieu à des sanctions identiques. Et pour peu que ce défaut de cohérence profite aux équipes les plus prestigieuses, le soupçon de favoritisme n’est jamais très loin, quand il n’est pas purement et simplement avancé sur les réseaux sociaux.

La position des arbitres, déjà peu confortable en temps normal, est aujourd’hui intenable à l’image d’un Romain Poite à qui la décision d’infliger une pénalité au trois-quarts centre australien Samu Kerevi pour une charge dangereuse à été reprochée non seulement du côté des Wallabies, estimant qu’il n’y avait pas de faute, mais également de celui des Gallois et d’un certain nombre d’observateurs, pour qui le carton jaune s’imposait au minimum.

La priorité donnée à la santé des joueurs commande de pénaliser les actes dangereux. En cela, les arbitres appliquent sans barguigner les consignes. Et ce n’est pas complètement leur faute si certains gestes tolérés jusqu’il y a peu, comme l’utilisation du coude pour raffuter, est désormais sanctionné beaucoup plus systématiquement. En revanche, et comme souvent, c’est la mise en œuvre de l’échelle des sanctions qui est la plus sujette à caution. De ce point de vue, ce n’est pas tant les arbitres que les commissaires aux citations et les commissions de discipline qui gagneraient à ajuster leurs décisions.

Le récent communiqué de presse de World Rugby dans lequel l’instance se plaint d’un arbitrage « ne correspondant pas aux standards établis par elle-même » jette quant à lui un peu plus le trouble dans un dossier où elle devrait au contraire donner des gages de confiance aux directeurs de jeu. Après tout, ces derniers agissent en son nom. On passera sur le comportement de certains sélectionneurs qui préfèrent charger l’arbitrage plutôt que de s’interroger sur les conséquences de leurs propres choix managériaux, ce qui ne favorise pas non plus la sérénité.

Si l’on peut toujours déplorer que l’arbitrage ne soit pas parfait, il faut accepter qu’au nom de la santé des joueurs, le rugby ne soit plus tout à fait celui de nos parents, à une époque où les ailiers ne faisaient pas tous 100 kg et les deuxième-lignes ne couraient pas comme des lièvres de garenne. Et rappeler qu’après tout, les vainqueurs des matchs qui se sont déroulés jusqu’à présent ont d’abord été gagnés par les équipes les plus fortes sur 80 minutes, et pas grâce aux décisions de l’arbitre. Et, sauf erreur, l’engagement physique n’a pas été absent d’un Nouvelle-Zélande – Afrique du Sud ou d’un Japon-Irlande.

Sans occulter les difficultés évoquées s’agissant de la cohérence des sanctions, on ne le dira jamais assez : même s’il est parfois difficile de ne pas le critiquer, l’arbitre fait partie du jeu, comme la pluie et le vent, à l’exception des typhons, bien entendu.

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