Transformer les promesses en certitudes

Le Tournoi 2021 tout juste terminé que commencent à poindre les premiers bilans du parcours du XV de France dans la compétition. Qu’il émane de la presse spécialisée ou de simples supporters, le constat général est pour le moins mesuré. On ne s’arrêtera pas ici sur les rares manifestations d’aveuglement rejetant en bloc toute espèce de progrès accompli par cette équipe, en mettant ces réactions sur le compte d’un désarroi proportionnel à l’espoir de succès placée en elle au début de la compétition ou sur l’inimitié tenace que le sélectionneur français engendre chez certains à son endroit.

Sur le plan strictement comptable, les Français n’ont pas fait mieux que lors du Tournoi 2020, terminant comme l’an passé à la deuxième place. Ils affichent même une défaite de plus au compteur, ce que les optimistes nuanceront en invoquant la bévue de Brice Dulin commise devant l’Ecosse, et que les moins bienveillants souligneront en rappelant le miracle obtenu une semaine plus tôt face au Pays de Galles.

S’agissant du jeu lui-même, au vu des cinq rencontres disputées par les Bleus, une appréciation nuancée s’impose. S’il affiché des progrès dans plusieurs domaines, le XV de France reste clairement perfectibles à plusieurs égards, quand bien même on ne saurait passer sous silence le « tragi-covid » épisode de la bulle sanitaire percée qui a très clairement perturbé la préparation et le déroulement du Tournoi des tricolores.

Même si leur survenance encore trop épisodique peut agacer ceux qui estiment le potentiel des Bleus encore insuffisamment exploité, les combinaisons offensives proposées par les attaquants tricolores ont clairement démontré qu’ils pouvaient être dangereux non seulement sur des ballons de récupération, mais aussi, fait nouveau en 2021, en sortie de touche ou de mêlée, ajoutant une incertitude bienvenue dans les esprits adverses.

A cet égard, parmi les satisfactions, la touche s’impose d’évidence. En deux ans, l’alignement français rivalise de plus en plus avec la concurrence internationale, ce qui n’est pas sans relation avec les progrès accomplis dans les lancements de jeu. En mêlée fermée également, le sentiment domine d’une plus grande tenue, ou à tout le moins d’une moindre fragilité.

En défense, même si le XV de France a encaissé moins de points cette année que l’an passé (103 contre 117). Moins dominateurs dans cet exercice, les hommes de Fabien Galthié ont semblé subir davantage à l’impact, tout particulièrement lors de leurs trois dernières rencontres. Néanmoins, sans parler de progrès depuis 2020, la manière dont les Bleus défendent sur les mauls reste très consistante au regard des difficultés qu’ils rencontraient traditionnellement dans ce secteur. La qualité des contests est également à mettre au crédit du staff, même si, il est vrai, les défenseurs tricolores ont, semble-t-il, été moins récompensés cette année.

Ce qui, en revanche, reste problématique sur le terrain et ne paraît avoir enregistré de véritable progression, c’est l’absence de maîtrise globale du match qui va au-delà de la gestion des inévitables temps faibles survenant en cours des rencontres. Contre les Home nations, le XV de France n’est pas parvenu à imposer son rythme, même lorsqu’il a davantage mis la main sur le ballon comme face à l’Ecosse. La capacité à doser judicieusement ballons rendus (la fameuse « dépossession ») et conservés demeure indéniablement en chantier.

Enfin, le chantier du coaching est peut-être celui qui interpelle le plus les spécialistes. Ce thème n’est pas le moins légitime, tant celui-ci peut changer la physionomie d’une rencontre : ce fut positivement le cas face au Pays de Galles, et pas en Angleterre. Après la défaite face à l’Ecosse, Fabien Galthié n’a pas convaincu les sceptiques sur sa capacité à corriger un coaching jugé insuffisamment efficace.

Parce qu’il questionne les choix du sélectionneur et son staff, et comporte des paramètres échappant au seul terrain, ce thème sera sans nul doute celui qui suscitera le plus d’interrogations et de débats, et potentiellement d’incompréhensions.

Au final, le XV de France dispose de belles marges de progression, à sa portée car son effectif est jeune et talentueux et l’émulation entre les joueurs qui le composent apparaît saine et positive. Leurs différences loin de les léser, les enrichissent comme ils enrichissent la palette tactique du sélectionneur. A lui de transformer les promesses en certitudes. Il lui reste deux petites années pour y parvenir.

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