Tout changer pour ne rien changer ?

A peine quinze jours après leur entrée en fonction à la tête de la Fédération française de rugby,Bernard Laporte et son homme-lige Serge Simon ont déjà fait adopter plusieurs mesures et communiqué autour de celles-ci – la première d’entre-elle concernant l’emblématique Grand Stade. Ces décisions ont eu le mérite d’illustrer la volonté affiché des nouveaux maîtres de Marcoussis de mettre en adéquation leurs paroles de campagne électorale et leurs actes de dirigeants fédéraux. Du moins en apparence, car il semble bien que derrière la révolution supposément incarnée par l’ancien manager Toulonnais se cache les habituelles pratiques politique que Laporte dénonçaient avant le 3 décembre.

Celle du « spoil system », consistant à remplacer les cadres de l’ancienne direction par des proches de la nouvelle est difficilement critiquable puisque celle-ci doit pouvoir établir une relation de confiance avec ceux qui seront chargés de mettre en œuvre les orientations qu’elle définit. Mais les méthodes employées ne semblent pas frappée du sceau de l’élégance – ce qu’on n’attendait pas forcément – ni de celui de l’évidence. Dans le premier cas, on citera l’éviction de Didier Mené, qui ne faisait pas de doute compte tenu des prises de position de l’ancien responsable de la commission centrale de l’arbitrage, mais qui s’est accompagnée d’une bordée de critiques plus digne du café du commerce que d’un cabinet présidentiel.

Dans le second, on évoquera le débarquement de Jean-Claude Skréla et son remplacement par Christophe Reigt. Le remerciement du manager de l’équipe de France de rugby à sept ne souffre pas vraiment de contestation, tant les résultats de notre équipe nationale sont loin de ceux attendus. Néanmoins, on peut s’interroger sur la désignation de Christophe Reigt, dont l’expérience en ce domaine se limite à un passage à la DTN du sept Roumain au début de la décennie. Un peu maigre pour une sélection tricolore qui ambitionne de décrocher une médaille aux prochains jeux olympiques.

On pourrait aussi se demander si la désignation de Pascal Papé (vice-président pour l’International) pour représenter la FFR auprès de l’EPCR constitue l’idée du siècle, quand celui-ci est encore en activité et que, de surcroît, les qualités requises pour faire avancer les dossiers dans les coulisses européennes relèvent davantage de la diplomatie que de l’intimidation physique. Encore qu’au vu de sa prestation à Edimbourg, le Parisien peut désormais faire valoir une vraie sensibilité d’acteur, ce qui n’est pas inutile lors de négociations.

Enfin, la nomination de Roland Labarthe comme responsable des questions de sécurité peut se discuter. Même si l’ancien brigadier-major de police n’est pas un néophyte sur ces problématiques, on est en droit de se demander si diriger une entreprise de sécurité qualifie pour gérer des rencontres internationales avec 80.000 spectateurs.

Le point commun entre toutes ces désignations est la proximité des nouveaux titulaires avec celui qui fut leur coéquipier, entraîneur ou simplement l’ami. Rien d’étonnant, encore une fois, ni de scandaleux, au fond. Mais on est quand même loin d’éprouver la certitude qu’elles permettront de remédier aux problèmes du rugby français.

Un mot enfin, de la fameuse transparence que Bernard Laporte souhaitait promouvoir à la tête de la FFR. La rémunération du secrétaire général, Christian Dullin, du trésorier général, Alexandre Martinez, et du manager général des équipes de France, Serge Simon, ont été adoptées par le comité directeur de la Fédération. Leur montants ? Nul ne le sait en dehors de Bernard Laporte, des intéressés et de quelques dirigeants. Pour que les présidents de petits clubs puissent prendre connaissance du détail de ces sommes, ils devront attendre l’assemblée générale financière fin 2017. Voilà un silence qui tranche de manière assourdissante avec les assauts de communication dont font preuve le nouveau président et, surtout, son vice-président Serge Simon.

Ces deux-là promettaient de tout changer. Malheureusement, sur ce plan comme sur quelques autres, on a pour le moment plutôt l’impression du contraire.

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