Supersevens, super-première ?

À la suite de cette première journée de supersevens, les réseaux sociaux n’ont cessé de s’enflammer. Entre les mordus de sevens, les amateurs de rugby à XV, les fondus de l’ambiance et les novices qui découvraient le rugby ce samedi, les avis ont fortement divergé pour déterminer si cette compétition avait réellement été un succès. Je vais essayer de rester le plus objectif possible et de laisser chacun se faire son propre avis en évoquant concrètement ce que j’ai pu observer depuis les gradins de la Paris la Défense Arena.

Premier point : l’ambiance

Il ne fait aucun doute que toute la journée l’ambiance était de mise. Joueurs comme supporters et organisateurs ont respecté l’esprit sevens. Ils ont même essayé de le rendre encore plus spectaculaire. Les déguisements ne manquaient pas dans les stands, les joueurs étaient proches du public – les Montpelliérains sont même allés boire des verres avec les supporters une fois éliminés – et le stade a su se transformer tantôt en terrain de rugby, tantôt en terrain de basket américain d’où jaillissent flammes et faisceaux de lumière. Le respect de cet esprit sevens nous a bien régalé. Davantage dans la lignée du rugby X de Ben Ryan que des World Series, tout collait bien pour une étape hivernale.

Deuxième point : le jeu

Les avis sont partagés sur la manière dont a été jouée la journée de samedi. Dans l’ensemble, le jeu proposé ne ressemblait pas à du rugby à XV. Cependant, il ne ressemblait pas non plus à du rugby à sept. On a toutefois pu remarquer que certaines attitudes de rugby à XV étaient omniprésentes sur la pelouse. En tête, le credo selon lequel il ne faut jamais reculer et qu’il vaut mieux aller à la confrontation physique quand on a aucun espace où se faufiler. Il y a donc eu beaucoup plus de plaquages et de percussions qu’il n’y en a en rugby à sept en général. De la même manière, la défense était beaucoup plus quinziste que septiste. Les seconds rideaux disparaissaient rapidement dans le jeu et un nombre incalculable d’essais a pu être marqué sur du jeu au pied. Peu de percées ont aussi été rattrapées avant la ligne. La défense quinziste a donc souffert de sa réduction d’effectif.  Cette difficulté s’est aussi retrouvée dans les phases de jeu arrêtées. Les mêlées étaient beaucoup plus lentes et ne cessaient de s’effondrer tandis que ¾ des touches étaient jouées pour le premier lifteur. Ces phases spécifiques au rugby à sept étaient donc loin d’être maîtrisées. L’influence du rugby à XV était donc indéniable.  

Mais malgré tout, offensivement, vitesse et précision étaient de mise. Les passes jaillissaient dans tous les sens, les chistéras ont plu et les nombreuses percées ont su nous régaler. Les joueurs ont su mettre des appuis de manière dosée entre volonté de faire le show et efficacité. Le jeu était donc beaucoup plus rapide. Les protagonistes n’ont pas forcément su s’économiser mais ils ont malgré tout été physiquement au rendez-vous jusqu’à la fin du dernier match. Par ailleurs, en termes de transformation des essais, les buteurs n’ont pas été moins précis que les joueurs de World Series, et là-aussi, il y a quelque chose à souligner. Peu à peu d’ailleurs, il semblerait que le jeu se soit débridé. À force de jouer, les équipes se poussaient l’une l’autre à calmer progressivement le jeu pour mieux placer leurs attaques.

Enfin, du côté de l’arbitrage, certains points méritent d’être soulignés. Les arbitres ont fait l’effort de s’adapter aux exigences du rugby à sept. Ils ont su réduire les temps d’avantages s’ils ne bénéficiaient pas directement à l’équipe en possession du ballon et ont tenté de dynamiser le jeu en laissant jouer un maximum. À souligner aussi, la volonté de pénaliser sur de nombreux en-avants pour éviter de nombreuses mêlées chronophages. Car c’est là que réside le principal problème de l’arbitrage de samedi selon moi, les mêlées ont demandé un temps énorme. Si aucune mêlée n’a été rejouée, les arbitres gaspillaient malgré tout de précieuses secondes à parler aux première lignes avant de donner les sacro-saints commandements, ce qui a été responsable d’une perte de temps et de rythme énormes. Malgré tout, l’arbitrage a été bon dans l’ensemble car beaucoup plus sévère qu’à XV et beaucoup plus réactif.

Troisième point : l’utilité du championnat LNR

On nous avait annoncé des stars, beaucoup de stars. Mais peu sont venues, ce qui finalement ne fut pas forcément une mauvaise chose. Le championnat a pu mettre en avant de nombreux jeunes joueurs qui ont pu y glaner un peu de temps de jeu au plus haut niveau. En ce sens, je ne doute pas une seule seconde que plusieurs joueurs alignés ce samedi auront été repérés par les staffs des équipes de France jeunes et développement. Le Supersevens a donc aussi servi le rugby à sept, et pas uniquement le profit de la LNR.

L’objectif du championnat était aussi assez large. Faire découvrir le rugby à sept au public du TOP 14 mais aussi faire découvrir le rugby tout court aux novices. Je ne saurais pas dire si ces objectifs ont été atteints. De nombreux maillots de toutes les équipes coloraient les gradins et peu d’enfants y chahutaient, ce qui laisse penser que ce n’était pas forcément une réussite sur ce plan-là mais il ne fait aucun doute que la manière dont a été organisée la journée a su alimenter la ferveur des supporters parisiens qui voient rarement leurs équipes.

Enfin, on soulignera la mauvaise date choisie pour cette première journée. Si le Supersevens a été une bonne initiative au vu des points que nous avons pu souligner, le tournoi tombait en même temps que le Sydney Sevens sur lequel les deux équipes de France étaient engagées. De la même manière, en tombant sur un weekend de tournoi des six nations, de nombreux jeunes joueurs prometteurs sélectionnés avec les équipes nationales n’ont pas pu y prendre part.

En conclusion, s’il me fallait porter un jugement d’ensemble, je dirais Supersevens a été une journée de show très réussie. Beaucoup de points sont critiquables quand il s’agit d’interroger son utilité pour le rugby à sept français et sa légitimité à se faire appeler ‘premier championnat de France de rugby à sept’. Je ne doute pas que ce championnat aura su séduire des futurs rugbymen mais disons qu’il n’a pas su pleinement contenter mes appétits de rugby à sept pour autant. Après 12h dans la Paris La Défense Arena je n’ai pas pu m’empêcher de passer ma nuit sur Rugby +.

Antoine Duval

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