Supersevens ou Superfifteen ?

Samedi premier février aura lieu la tant attendue ouverture du premier championnat de France professionnel de rugby à sept, le In Extenso Supersevens. Du moins c’est la manière dont le vend la Ligue Nationale de Rugby. C’est que la création de ce championnat nous apprend beaucoup sur la manière dont on considère le rugby à sept en France.

Il existe déjà un championnat de France de rugby à sept, féminin comme masculin, appelé circuit élite. Celui-ci se joue lors de plusieurs tournois estivaux comme le Med7s ou le Howard Hinton Sevens. Bien qu’il soit imparfait car de nombreuses équipes étrangères invitées lors d’un ou plusieurs tournois viennent fausser les résultats, ce championnat est malheureusement le seul outil de formation du rugby à sept français. Et cet outil repose sur l’entraînement des joueurs en rugby à XV la majeure partie de l’année. Alors pourquoi la LNR ne cherche-t-elle pas à faire de ce circuit élite un nouveau championnat complètement professionnel afin de permettre à des joueurs français prometteurs à sept et non à XV de rejoindre les rangs de France 7 ? La raison est simple. L’argent, vite et tout de suite.

Plutôt que de passer plusieurs années à développer un nouveau championnat professionnel, la LNR a préféré créer un championnat où se trouvent déjà des stars et de grands clubs pour faire rentrer plus d’argent plus vite. Au détriment du rugby à sept français. La preuve de ces allégations ? Il a été évoqué pendant longtemps que la seizième équipe (en plus de celles du TOP 14 et de Monaco) serait une équipe invitée mais jamais il n’a été question d’inviter le champion de France de rugby à sept, cette année les Seventise. À cette équipe, on a préféré les Barbarians Sevens, une équipe qui, il fut un temps, eut en partie le rôle de l’équipe de France 7 développement. Se tourner vers l’histoire est une bonne chose, mais dans le cadre d’un sport comme le sevens dont le développement est si important, il serait peut-être mieux de se tourner vers l’avenir. Mais oublions un instant cet aspect de développement du rugby à sept pour évoquer un autre aspect du Supersevens qui me contrarie.

Quand j’achète mon billet pour le Paris Sevens, je sais ce pour quoi je paie. Je verrai, par exemple, des fidjiens faire des offloads, des courses incroyables et des appuis démentiels. Bref, je verrai ce qui se fait de mieux en rugby à sept, à la fois sur le terrain et en tribune. Le premier février, la seule chose dont je suis sûr, c’est que je n’aurai jamais payé si peu cher une place pour un concert d’IAM – d’ailleurs les amis si vous me lisez, je pense que le moment est opportun pour nous chanter ‘La fin de leur monde’. Ce que je veux dire par-là c’est que le premier février, je m’attends plus à un « Superfifteen » qu’à un Supersevens. Les meilleurs ¾ du TOP 14 vont s’affronter sur une pelouse synthétique pour encore plus de rapidité mais que va-t-il en être du jeu ? Je crains que nous assistions à du rugby à XV, mais disputé à sept joueurs. Des avants fébriles et des trois-quarts physiques, c’est tout ce à quoi je m’attends. J’espère me tromper mais je crains vraiment que les joueurs n’aient pas le temps d’adopter les codes et le rythme du rugby à sept, laissant derrière eux des matches fades et sans grands enjeux.

Car après tout, tout le monde sait que les clubs du Top 14 lâcheront difficilement leurs meilleurs éléments pour se blesser à sept et pouvoir leur coûter le Brennus. Mais pour en finir avec mes inquiétudes, il y en a une autre qu’il faut souligner. Je pense que la Paris La Défense Arena est clairement le stade avec le moins d’ambiance du Top 14. Même le stade des Alpes que j’ai connu pendant mes études à Grenoble par des températures arctiques est plus enflammé alors qu’il n’est pas couvert. Je vous avoue que j’ai pris ma place en tribune crazy pour avoir l’espoir de me sentir un peu comme à Mayol mais j’en doute. Bref, j’ai l’impression que samedi prochain nous assisterons à tout sauf du rugby à sept classique.

J’espère me laisser surprendre mais une chose est sûre, c’est que j’ai plus hâte d’être le 30 mai* que le 1er février.

Antoine Duval

* Date du prochain Paris7s, étape française du circuit mondial de rugby à 7.

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