Premier col en vue

A un mois du départ du tour de France, la métaphore cycliste est peut-être quelque peu prématurée. Mais les matchs contre les All Blacks, spécialement lors des tournées de juin, font assez naturellement jaillir la comparaison : affronter les Néo-Zélandais chez eux, relève de l’ascension d’un col « hors catégorie » sous un soleil de plomb. Il faut, pour remporter la victoire, autre chose que des muscles. Quelque chose qui évoque la force d’âme, l’abnégation, et, disons-le, une forme d’état de grâce.

Pour cette tournée, les organisateurs ont prévu non pas deux mais trois tests, en plus d’une rencontre « du mercredi » comme on les appelait dans le passé, et qui se déroulera le mardi 11 juin, face aux Auckland Blues. Autant dire, pour filer la métaphore, une étape de haute montagne…

A cet égard, on peut s’interroger sur la capacité de nos bleus à arracher, allez, une victoire sur les trois tests. Le premier se tiendra samedi à l’Eden Park d’Auckland où les Blacks sont invaincus depuis un certain jour de juillet 1994. Autant dire une éternité.

A l’annonce de la composition de l’équipe de France qui débutera le match, on peut nourrir quelque inquiétude sur la capacité de nos bleus à effacer le XV de Philippe Saint-André (l’ailier, pas les sélectionneur) des tablettes et remettre à zéro le compteur d’invincibilité des Blacks sur leur pelouse fétiche.

C’est en effet une formation diminuée par l’absence des finalistes du Top14 et celle de « tauliers » blessés (Pascal Papé, Morgan Parra, Vincent Clerc) que PSA alignera samedi. Qui plus est, l’état de forme des internationaux tricolores est toujours sujette à caution : entre ceux qui arrivent carbonisés par leur saison, ceux qui ont perdu le rythme après trois voire quatre semaines sans match, ceux qui reviennent de blessure…l’amalgame risque d’être délicat à réaliser.

Au-delà, c’est la compétitivité même du XV de France dans ses différentes lignes qu’on peut discuter. Ainsi, en première, alors que Thomas Domingo a prouvé, en particulier en demi-finale du Top14, qu’il était proche de son meilleur niveau, ses deux coéquipiers Dimitri Szarzewski et, plus encore, Luc Ducalcon ne présentent pas tout à fait les mêmes garanties. La paire Maestri-Vahaamahina aurait tendance à nous rassurer, n’était le manque d’expérience du gaillard Wallisien au plan international. Derrière, c’est évidemment la charnière qui interroge le plus.

Maxime Machenaud et Camille Lopez auront en effet le privilège d’animer l’attaque tricolore. Avec à eux deux un nombre de sélections inférieures à celle qu’un All Black moyen peut compter sur un seul « Rugby championship », nos deux compères devront trouver très rapidement leurs repères et leur cohésion pour éviter un naufrage à leur équipe. Certes, l’occasion est belle de vérifier la capacité de Camille Lopez à évoluer au plus haut niveau. Mais en cas de déroute et de score fleuve, il faudra au néo-Perpignanais des nerfs et du caractère pour se remettre et, peut-être, continuer à postuler à une place dans cette équipe.

Par ailleurs, même si Machenaud et Lopez butent, ils n’ont sans doute pas la même régularité qu’un Morgan Parra, ce qui pourrait aussi priver les bleus de points importants.

Au centre, la paire Fritz-Fofana devrait avoir du répondant en terme de densité physique, mais on a connu des passeurs plus prolifiques à leurs postes. Pas sûr qu’Adrien Planté et Maxime Médard aient beaucoup l’occasion de faire admirer leurs qualités. Quant à Yoann Huget, il aura la possibilité de démontrer qu’après avoir été l’un des meilleurs Toulousains cette saison, il saura faire partie des meilleurs tricolores de cette tournée. La concurrence de Brice Dullin, bien revenu de blessure, devrait, on l’espère, l’aiguillonner.

En face, les All Blacks n’alignent pas leur meilleure équipe. La faute aux blessures (et peut-être à l’alcool si l’on songe à Zach Guilford). L’absence de Dan Carter pèsera certainement, même si les spécialistes du rugby « down under » nous vendent avec conviction la candidature d’Aaron Cruden. N’oublions pas néanmoins que ce dernier ne garde sans doute pas un très bon souvenir de sa dernière rencontre avec le XV de France. Certes il avait, à l’issue, remporté la coupe du Monde, mais il avait pu apprécier les plaquages de nos bleus, en particulier ceux de Thierry Dusautoir…

Devant ce qui ressemble à une équipe bis « contrainte et forcée », on pourrait être tenté de rappeler celle qui affronta les Français en 1994, et qui n’était pas franchement la meilleure de son temps. De là à imaginer un destin similaire pour les tricolores, il y a un pas qu’on hésite fortement à franchir. Les conditions ne sont sans doute pas les mêmes qu’à l’époque, encore que le parcours affligeant de nos bleus lors du dernier Tournoi est susceptible de mettre les Blacks dans des conditions psychologiques assez similaires à celles de leurs prédécesseurs qui virent débarquer chez eux un XV de France battu par le Canada trois semaines plus tôt.

Ne nous leurrons pas. On ne transforme pas une équipe approximative et hésitante en machine de guerre avec deux semaines (à peine) d’entraînement. Mais sait-on jamais. Ce n’est pas parce qu’on n’envisage pas de gagner une étape de montagne qu’on s’interdit d’arriver en tête au sommet d’un col.

Surtout quand c’est le premier.

Chez les Bleus :

Les titulaires :Domingo , Szarzewski, Ducalcon, Maestri, Vahaamahina, Ouedraogo, Picamoles, Dusautoir (cap),(o) Lopez, (m) Machenaud, Planté, Fritz, Fofana, Médard, Huget

Les remplaçants : Guirado, Debaty, Kotze, Flanquart, Nyanga, Doussain, Michalak, Mermoz

Chez les Blacks :

Les titulaires : Crockett, Coles, O. Franks, Retallick, Romano; Cane, Read (cap), Messam,  (m) A. Smith;(o) Cruden,B. Smith, C. Smith, Nonu, Savea;  Dagg;

Les remplaçants: Mealamu, B. Franks, Afeaki, Thrush, Vito, Kerr-Barlow, Barrett, Ranger.

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