Pour l’image de marque

Samedi, alors que les Lions britanniques et irlandais tenteront de franchir le premier des trois cols hors catégories néo-zélandais de leur ascension vers la gloire, les joueurs du XV de France auront l’ambition plus modeste de ne pas subir leur troisième défaite à plus de 35 points en autant de matchs face aux Sud-africains.

Pour les Lions, les enjeux dépassent la seule sphère sportive. Devenus une véritable marque, générant un chiffre d’affaires conséquent, les « BIL », doivent entretenir la flamme de leur légende. Pour cela, il leur faut réaliser de bons résultats au Pays du Long Nuage Blanc. Et cela passe nécessairement par, au moins, une victoire face aux All Blacks. D’autant que leur manager, Warren Gatland, a clairement indiqué que remporter la série des trois test-matchs constituaient son seul objectif. A cet égard, sa décision de faire appel à des joueurs gallois et écossais en tournée « Down Under » pour pallier les forfaits déjà enregistrés dans son effectif plutôt que des internationaux anglais ou irlandais meilleurs mais trop éloignés de la Nouvelle-Zélande a suscité une très large polémique au Royaume-Uni.

Pour bon nombre d’observateurs, Warren Gatland a galvaudé le maillot des Lions. Ce dernier a des motifs tout à fait audibles : son groupe pour les Tests est défini et faire venir des joueurs anglais ou irlandais qui « auraient pu » faire partie de la liste initiale comportait au moins deux risques. Le premier d’un déficit de préparation et d’un décalage de forme physique chez les nouveaux venus, en raison notamment d’un décalage horaire qui nécessite une quinzaine de jours pour être totalement assimilé. Le second risque est celui de perturber un groupe en injectant de nouveaux concurrents aux test-matchs dans un groupe où, qu’on le veuille ou non, une hiérarchie s’est dessinée entre ceux qui disputeront les rencontres face aux All Blacks et les autres. Mais tout recevables qu’ils soient, ces motifs ne résisteront pas à trois voire deux défaites des Lions dans ces test-matchs. Voilà qui ne ferait pas les affaires de la « marque » Lions dont on rappellera que le budget pour cette tournée est évalué à plusieurs millions d’euros.

Côté français, le manque à gagner est d’abord littéral : le XV de France n’arrive plus à remporter ses matchs. Mais la dimension financière n’est pas absente des calculs de Bernard Laporte. L’équipe nationale n’est pas seulement la vitrine de la Fédération française. C’est aussi et surtout son meilleur actif pour générer des recettes. A force de perdre, elle va se rendre de moins en moins attractive. On en a d’ailleurs eu un avant-goût lors du dernier tournoi des six nations. Des places restaient disponibles au grand public quelques jours avant les rencontres, phénomène très inhabituel mais qui pourrait bien le devenir de moins en moins si Guy Novès (ou son successeurs) ne parvenait pas à redresser la barre. En attendant que d’éventuelles mesures sur la formation ou la gestion des internationaux ne produisent leurs hypothétiques effets, la FFR a trouvé des expédients de court termes, comme l’organisation d’un match France – Italie à Marseille en 2017, tablant sur l’effet « nouveauté » d’une rencontre du Tournoi en province, qui devrait permettre de remplir le Vélodrome quand la même affiche aurait certainement fait sonner creux le Stade de France.

Une victoire tricolore à l’Ellis Park de Johannesburg samedi donnerait non seulement un petit répit à Guy Novès mais également au XV de France qui redorerait ainsi son image de marque. Et à la FFR qui compte aussi sur son équipe nationale pour porter sa candidature à l’organisation de la Coupe du monde 2023, à laquelle l’Afrique du Sud postule également. Une Coupe du monde très positive pour l’image de marque du rugby français. Et le tiroir-caisse de la fédération.

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