Plafond de vert

Four more years

L’affaire semblait entendue. Au regard des performances comparées du XV d’Angleterre et de celui d’Afrique du Sud depuis le début de la compétition, et du surcroît de fraîcheur physique supposément acquis aux hommes d’Eddie Jones en raison de l’annulation de leur match face à aux Français, le trophée William-Webb-Ellis ne pouvait échapper aux sujets de Sa Très Gracieuse Majesté.

Pourtant, ce n’est pas Owen Farrell mais Siya Kolisi, le capitaine Sud-Africain, qui a brandi la coupe dorée, laissant aux Anglais les dérisoires médailles argentées destinées aux vaincus. Qui plus est, la victoire des Springboks est apparue implacable, comme en témoigne le score dont la sévérité (32-12) reflète l’emprise totale des tuniques vertes sur leurs adversaires du jour.

Le sentiment qui domine après cette victoire sud-africaine est celui de l’impuissance anglaise à modifier le cours du match. Les propos tenus par l’encadrement et les joueurs du XV d’Angleterre, selon lesquels ces derniers ne pouvaient être mieux préparés qu’ils ne le furent au moment de fouler la pelouse du stade de Yokohama, conduisent à se demander s’il ne faudrait pas se résigner à ne jamais, sauf exploit très improbable, voir une équipe de l’hémisphère Nord remporter le trophée mondial.

On entend déjà les objections qui ne manqueraient pas de fleurir si cette question était posée aux spécialistes de la chose ovale : les Anglais ont déjà gagné une Coupe du monde et un match ne saurait motiver un jugement définitif sur un fossé Nord-Sud qui serait devenu infranchissable.

Les deux arguments s’entendent, à ceci près que le titre de 2003 a couronné une équipe dont la préparation était en avance sur son temps. L’approche « scientifique » mise en œuvre par Clive Woodward il y a quinze ans est désormais monnaie courante. De surcroît, cette approche révolutionnaire s’adressait à un groupe de joueurs arrivé à son zénith au moment de la Coupe du monde. Pas certain qu’une telle conjonction de facteurs se reproduisent de sitôt : si en 2023, l’effectif anglais sera vraisemblablement « hors normes », sa préparation ne le sera pas forcément.

De surcroît, l’échec anglais s’accompagne de celui de ses voisins Irlandais et Gallois, deux modèles alternatifs à celui développé par la RFU, reposant sur une approche qui assure la primauté de la sélection nationale sur les équipes de clubs. Ces revers récurrents apportent de l’eau au moulin d’une appréciation pessimiste sur les chances de l’hémisphère nord d’être autre chose qu’un faire-valoir d’une sorte de Rugby Championship élargi à huit nations tous les quatre ans. Et on ne parlera pas du XV de France, pour lequel ses supporters furent à deux doigts de parler d’exploit pour qualifier un match contre les Gallois que celui-ci battait neuf fois sur dix au début de ce siècle.

Aujourd’hui, la tentation est grande de considérer qu’il existe une sorte de plafond de verre – en l’occurrence teinté de vert –  sur lequel viendrait se briser tous les espoirs des sélections du vieux monde. A cet égard, les prochaines années seront déterminantes, avec en point d’orgue l’édition 2023 de la coupe du monde, organisée par la France.

Un nouvel échec de l’hémisphère Nord transformerait certainement ce qui n’est qu’un sentiment diffus en irréfragable conviction.

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