Pas si incohérent

L’annonce du XV de départ tricolore pour affronter l’Angleterre samedi au Stade de France a donné lieu aux habituels commentaires – interrogateurs ou critiques – de la part des amateurs de rugby.

Comme on pouvait s’en douter, l’absence de François Trinh-Duc, appelé en renfort en début de semaine par Philippe Saint-André après la blessure de Rémi Talès, focalise la grande majorité des observateurs plus ou moins avertis de la chose ovale. Ce choix n’est pourtant pas le seul à justifier qu’on s’y arrête.

Nombreux étaient ceux, y compris l’auteur de ces lignes, qui estimaient sérieuses les chances de l’ouvreur montpelliérain de revêtir le maillot bleu en qualité de titulaire. Malheureusement pour lui et ses partisans, François Trinh-Duc ne figurera même pas sur la feuille de match. Certains ont mis en avant le caractère assez limite d’une pratique consistant à faire venir un joueur le lundi pour le renvoyer dans ses foyers quelques jours plus tard. Ce n’est pas faux, mais en l’occurrence le Montpelliérain n’est pas victime d’un traitement particulier, comme pourrait en témoigner l’infortuné Maxime Mermoz. Et après tout, il est utile pour un sélectionneur d’avoir sous la main un groupe plus large que les seuls joueurs finalement retenus sur la feuille de match.

Ensuite, et surtout, le choix des sélectionneurs apparaît logique à défaut d’être indiscutable. Ces derniers n’ont jamais fait mystère de leur classement des ouvreurs français. Pour eux, Rémi Talès est le numéro un, suivi de Jules Plisson et de François Trinh-Duc. Rappeler l’ouvreur du MHR après la blessure du Castrais s’imposait donc. Dès lors que le choix était fait de ne pas installer d’ouvreur sur le banc des remplaçants (choix déjà formalisé lors de l’annonce des 23 joueurs initialement retenus pour le Crunch), il était logique de ne pas voir François Trinh-Duc dans la liste définitive.

C’est donc le jeune (22 ans) Jules Plisson qui aura la lourde tâche d’animer l’attaque tricolore, associé au Toulousain Jean-Marc Doussain, titularisé en numéro 9. On pourrait s’inquiéter pour cette dixième charnière constituée par PSA depuis sa prise de fonction. On pourrait craindre que l’enjeu – de taille – attaché à cette rencontre ne submerge le néo-capé et ne lui fasse commettre des erreurs au point de le « griller » pour la suite de sa carrière.

Pourtant, c’est le sentiment inverse qu’on éprouve. Il faut dire qu’il y avait belle lurette qu’un tel joueurs français n’avait pas excité notre amour pour ce jeu. Doué, solide (1,84m pour 92 kg), doté d’un jeu à la main épatant et d’un coup de pied fort respectable, l’ouvreur du Stade Français a en outre démontré que ses nerfs n’étaient si fragile que cela : à plusieurs occasions il a affiché le calme et la maîtrise des meilleurs. Et lorsqu’on voit que son adversaire direct samedi, Owen Farrell, affiche déjà 14 sélections au même âge, on se dit que PSA aurait finalement bien tort de ne pas tenter le coup.

Outre qu’il affiche un certain courage, Saint-André fait preuve de cohérence. Il ne faudrait pas venir le lui reprocher quand on a par le passé regretté son manque de constance. Le sélectionneur tricolore, qui regarde beaucoup ce qui se fait outre-Manche, n’aura d’ailleurs pas manqué de remarquer la titularisation de trois jeunes néophytes par son homologue anglais pour le match de samedi.

Il y a évidemment un risque. Le sempiternel manque de repères et l’absence d’expérience au plus haut niveau international sont des handicaps certains pour Jules Plisson. Mais cette titularisation pourrait également signer le début d’une très belle histoire. Celle de l’éclosion du dix que nous attendons depuis longtemps.

D’autres choix effectués par les sélectionneurs pour ce premier match, a priori surprenants, relèvent finalement d’une certaine cohérence. Avec une deuxième ligne très contrastée, composée du robuste Pascal Papé et de l’aérien Alexandre Flanquart, et une troisième ligne mélangeant également le rude (Picamoles) et le mobile (Le Roux et Nyanga), PSA et ses collègues donnent l’impression de privilégier le déplacement rapide du ballon hors des zones de ruck, pour faire bouger les colosses à la Rose, tout en cherchant à perturber l’alignement anglais en touche, un secteur devenu primordial dans le rugby d’aujourd’hui.

Derrière, la paire de centre formée de Wesley Fofana et Mathieu Bastareaud devra se montrer particulièrement solide en défense devant Billy Twelvetrees et Leroy Burrell. Il faut souhaiter que les appuis de Fofana sauront lui créer des occasions de percer un rideau physique mais d’une vivacité qui reste à démontrer. A charge pour notre troisième ligne de se montrer à la hauteur, à tout les sens du terme.

Cohérence, enfin, sur le banc des remplaçants. On s’attend à un match rude devant, usant pour le pack tricolore. Il y aura donc deux trois-quarts seulement sur le banc. Cohérent, mais risqué. Il faudra croiser les doigts pour qu’il n’y ait pas de casse derrière.

France

15- Brice Dulin – 14- Maxime Médard, 13 – Mathieu Bastareaud, 12 – Wesley Fofana, 11- Yoann Huget – (o) 10- Jules Plisson, (m) 9- Jean-MArc Doussain – 7- Bernard Le Roux, 8- Louis Picamoles, 6- Yannick Nyanga – 5- Pascal Papé (cap.), 4- Alexandre Flanquart – 3- Nicolas Mas, 2- Benjamin Kayser, 1- Thomas Domingo.

Remplaçants : Dimitri Szarzewski, Yannick Forestier, Rabah Slimani, Yoaan Maestri, Antoine Burban, Damien Chouly, Maxime Machenaud, Gaël Fickou.

 

Angleterre

15-Mike Brown, 14-Jack Nowell, 13-Leroy Burrell, 12-Billy Twelvetrees, 11-Jonny May, 10-Owen Farrell, 9-Danny Care; 8-Billy Vunipola, 7-Chris Robshaw (captain), 6-Tom Wood, 5-Courtney Lawes, 4-Joe Launchbury, 3-Dan Cole, 2-Dylan Hartley, 1-Joe Marler.

Remplaçants: 16-Tom Youngs, 17-Mako Vunipola, 18-Henry Thomas, 19-Dave Attwood, 20-Ben Morgan, 21-Lee Dickson 22-Brad Barritt, 23-Alex Goode. (Editing by Justin Palmer)

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