Six raisons d’espérer une bonne année 2020

Renvoi aux 22 présente à tous les amoureux du rugby ses meilleurs vœux pour l’année 2020 !

Et puisqu’il est toujours question d’optimisme en cette période, voici six raisons d’espérer que ce millésime sera sinon meilleur que le précédent, du moins qu’il apportera au rugby de France quelques satisfactions sur et en dehors des terrains.

Le nouveau départ du XV de France

C’est toujours un peu la même chose les lendemains de coupe du monde. Les regrets laissent place aux espoirs, et l’arrivée d’un nouveau sélectionneur nourrit l’optimisme des supporters. Cette fois, le nouveau ne l’est pas tout à fait, puisque Fabien Galthié faisait partie du staff parti au Japon. Mais paradoxalement, le comportement des joueurs entrevu sur quelques séquences a pu alimenter l’espoir que, cette fois, le soufflé ne retombe pas dès les premières minutes de France-Angleterre, match inaugural du Tournoi des Bleus.

Il y a en effet dans le projet de jeu de Fabien Galthié des gages en faveur du dynamisme et de la créativité, et dans la composition de son staff quelques motifs d’espérer. Et même s’il n’est que transitoire, l’accord trouvé entre la fédération française et les clubs du Top14 devrait offrir au sélectionneur des conditions de préparation inégalées.

La liste des 42 joueurs retenus pour préparer le Tournoi, dans laquelle les « anciens » sont réduits à la portion congrue, a confirmé qu’un nouveau chapitre s’ouvrait pour l’équipe de France. Pourvu que l’hiver soit plaisant !

L’essor du Rugby à 7 professionnel

Ce n’est peut-être pas tout à fait le championnat professionnel dont les amateurs de rugby à 7 rêvaient, mais il a le mérite, désormais, d’exister. La Ligue nationale de rugby organise le 1er février la première levée d’un « Super Sevens », championnat réunissant des équipes formées par les clubs du Top14 et deux invités, les Barbarians français et une équipe monégasque drivée par Frédéric Michalak. Cette compétition inaugurale se déroulera sur une seule journée, trois étapes étant prévues la saison prochaine.

Bien sûr, les « stars » du XV ne seront pas présentes, puisque les présidents des clubs n’ont pas souhaité voir leurs meilleurs joueurs risquer la blessure. Mais il y aura un certain nombre de jeunes talents dont les qualités ne manqueront pas de s’exprimer pleinement dans le cadre festif de l’Arena de Paris la Défense, écrin parfait pour ce type de manifestations.

S’il est certainement présomptueux d’écrire que l’avenir du 7 pro se jouera sur cette seule journée, il faut espérer un succès pour les organisateurs, c’est à dire du spectacle et des spectateurs, car celui-ci en entraînera d’autres et contribuera à donner à cette forme de rugby, complémentaire au XV, l’essor qu’il mérite.

Top14 : l’émergence des outsiders

A mi-championnat, le Top14 est mené par l’Union Bordeaux-Bègles, qu’on désespérait de voir enfin à une place en rapport avec ses ambitions et les investissements de son président, Laurent Marti. Talonné par le LOU, qui enchaîne une deuxième saison de haut niveau, l’UBB se mène un peloton de tête renouvelé avec le RC Toulon qui semble renaître de ses cendres et un Stade rochelais toujours aussi séduisant malgré quelques performances contrastées lors de cette première moitié de saison.

Même si les formations traditionnellement au haut du classement, à commencer par le tenant toulousain, sont loin d’avoir dit leur dernier mot, cette émergence de nouvelles places fortes et le retour en grâce toulonnais contribuent à donner à ce Top14 2019-2020 une saveur tout à fait appréciable.

Coupe d’Europe : tout peut de nouveau arriver

Les déboires des Saracens, pris par la patrouille du salary cap anglais, a très largement remis en cause la domination sous laquelle la formation d’Owen Farrell avait placé la Champions cup. Davantage préoccupés par leur championnat domestique dans lequel ils se retrouvent plombés par les 35 points de handicap récoltés en guise de sanction, les double tenants du titre européen semblent avoir laissé la voie libre à leurs adversaires.

Et si le Leinster font désormais figures de favoris, la compétition européenne est relancée par une concurrence accrue, au sein de laquelle les Français, sans vraiment briller, conservent des chances de victoire finale, au moins pour trois d’entre eux. On en saura un peu plus en mars prochain. Vivement le printemps !

Jeux olympiques : pourvu qu’ils soient bleus !

Même si elles ne sont pas encore qualifiées, les équipes de France de rugby à 7 ont encore une chance de décrocher leur billet pour le Japon où se tiendront en juillet prochain les jeux de la trente-deuxième olympiade de l’ère moderne. Les filles comme les garçons disputeront un tournoi de repêchage en juin. Au vu de leurs dernières performances, leurs chances sont réelles. Il faut bien avouer que même si les chances de médailles olympiques sont ténues, il serait décevant de ne pas voir nos tricolores disputer la compétition olympique. Vivement l’été !

Élections fédérale : enfin un vrai débat ?

En octobre prochain, Bernard Laporte remettra son mandat en jeu. Face à lui, Florian Grill, président de la ligue d’Ile-de-France, présente une liste fédérant l’opposition à l’actuel patron de la FFR et à son homme-lige Serge Simon. Quel que soit l’issue du scrutin, on attend surtout un vrai débat sur le fond des problèmes auxquels le rugby français est confronté. Et ils sont nombreux : de la santé des joueurs aux relations FFR/LNR, en passant par les championnats amateurs, nombreuses sont les occasions de confronter les idées plutôt que d’adresser des attaques ad hominem, ce qui avait malheureusement prévalu lors des précédentes élections.

L’occasion est belle pour Bernard Laporte de défendre son bilan et de proposer des pistes pour l’avenir. Et pour son adversaire de démontrer qu’il pourrait faire mieux que le président en place. Vivement l’automne !

Gageons qu’il y aura d’autres motifs pour s’intéresser au rugby français en 2020. Mais rien que pour ces six là, on devrait assister à une année riche en émotions et en rebonds ovales.

Bonne année à tous !

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Ibou, le colosse au sourire plus grand que lui

(photo L’Equipe)

Il avait 36 ans, et s’appelait Ibrahim, mais pour tout le monde, c’était « Ibou ». Un colosse, 1m85 pour plus de 100 kg, mais au physique moins impressionnant que le sourire, toujours immense, duquel semblait émaner toute la joie du monde. Ibrahim Diarra est décédé le 18 décembre dernier, des suites d’un accident cardiaque.

Ce week-end, à l’occasion de la 11ème journée du Top14, les clubs et les spectateurs ont rendu un très bel hommage à l’ancien joueur de Castres avec qui il fut champion de France en 2013, et de Montauban, où il remporta le Bouclier de ProD2 en 2006. Entre ces deux dates, on retiendra celle du 9 mars 2008, qui vit Ibrahim Diarra honorer sa seule sélection en équipe de France à l’occasion d’un France-Italie comptant pour le Tournoi des Six Nations.

Emporté par un cœur dont on ne pouvait deviner la fragilité, tant il était immense, Ibrahim Diarra clôture la trop longue liste des rugbymen disparus en 2019. Il laisse dans la peine sa famille, les supporters des différents clubs qu’il a fréquentés, ainsi que tous les amoureux du rugby français.

Renvoi aux 22 présente à ses proches ses plus sincères condoléances.

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La démocratie peut parfois être un terrain de rugby

Il y a quelques jours, dans le cadre de mon implication dans l’association HEC Débats qui organise des conférences sur le campus d’HEC Paris, j’ai eu l’opportunité incroyable de rencontrer François Hollande venu pour donner une conférence. Après avoir brièvement discuté à l’occasion de la séance de dédicace de son livre, Répondre à la crise démocratique, celui-ci a inscrit dans sa dédicace l’idée selon laquelle « la démocratie peut parfois être du théâtre ou un terrain de rugby ». Du théâtre, on s’en doutait tant certains élus s’adonnent à des pitreries ou des concours de rhétorique oubliant parfois de représenter les intérêts du peuple au profit d’une confrontation personnelle avec leurs opposants politiques. Mais un terrain de rugby ? En quoi la démocratie peut-elle parfois être un terrain de rugby ?

J’approcherai le sujet dans une démarche on ne peut plus académique avec une définition du terme terrain de rugby sur laquelle on ne se penche selon moi pas suffisamment. Loin d’être un simple carré d’herbe, d’un point de vue matériel le terrain est avant tout un espace délimité. Il est composé de nombreuses lignes à ne pas franchir, aussi bien horizontalement que verticalement et dont le franchissement entraîne des conséquences différentes, allant de la simple touche à la pénalité en passant par le renvoi aux 22. On retrouve ce principe dans le processus démocratique. La constitution, qui est le plus souvent au fondement de la démocratie institutionnelle, pose des règles dans sa pratique, des limites, mais aussi définit comment l’on peut franchir certaines lignes ou comment jouer avec elles. Il n’empêche qu’à l’image des lignes de touche, ce qui dépasse les lignes tracées par la constitution n’est plus démocratique.

Par ailleurs, le terrain de rugby est un lieu d’affrontement entre équipes qui représentent chacun un intérêt qui leur est propre, celui de la localité. Ce lieu d’affrontement possède des objectifs pour chacun des camps, mais s’il permet de marquer des points, il ne permet jamais de finir le match, celui-ci étant défini par un autre concept qu’est la temporalité. Ainsi, à l’exception de certaines équipes d’exhibition comme les Barbarians, ceux qui s’affrontent sur le terrain ont une ville, un village ou ne serait-ce qu’un quartier à représenter. C’est d’ailleurs le plus souvent des habitants de cette localité qui composent l’équipe. Les partis politiques en font de même dans l’hémicycle. Si la confrontation se termine rarement en bagarre générale, ce ne sont pas simplement deux camps qui s’opposent, ce sont aussi les intérêts de toutes les personnes qu’ils représentent. Et en cela, la démocratie peut parfois être un terrain de rugby.

Mais poussons la comparaison un peu plus loin. Sur le terrain de rugby, dans l’adversité, pour que le match ait lieu, les opposants n’ont d’autre choix que, dans une certaine mesure, de coopérer. Et ce particulièrement sur la phase de jeu la plus symbolique de toute qu’est la mêlée. Cette coopération permet le jeu, elle permet que chacun puisse s’exprimer et permet surtout de finir le match pour y donner une issue. Peu importe combien une équipe a pu imposer son jeu à une autre, c’est conjointement que les équipes terminent la partie. C’est sur ce point-là aussi que la métaphore prend tout son sens. Bien souvent, les points de vue sont pluriels sur un projet de loi et alors que des camps en faveur et contre la loi s’opposent, c’est à la coopération qu’ils donnent naissance. Au-delà même de la simple opinion politique, la coopération existe aussi dans l’hémicycle afin de permettre le débat. Le respect de l’un et de l’autre, le partage du temps de parole… pas besoin de vouloir gagner ensemble pour coopérer, il suffit de vouloir laisser l’échange se faire.

Mais comme nous l’avons évoqué, le terrain de rugby est aussi un lieu exclusif. Seuls ceux qui sont sur la feuille de match peuvent décider de l’issue de la partie. Les autres sont condamnés à en être spectateurs. Tous ont eu l’opportunité de venir jouer dans l’une des deux équipes, seulement, il a fallu procéder à un choix. Et une fois ce choix effectué, il s’agit de le respecter et d’accepter de ne plus avoir la main sur les événements. Tous ont pu participer à l’entraînement des joueurs afin de leur donner les outils pour gagner, ils leur ont dit ce qu’ils attendaient d’eux mais se retrouvent aujourd’hui exclus de toute processus de décision. Le fonctionnement du système démocratique français est similaire. En France et en Europe, ce respect de l’équipe est de plus en plus mis en danger. Les spectateurs n’acceptent plus d’être passifs sur le bord du terrain et de pouvoir seulement indiquer des pistes de réussite aux joueurs. Les deux parties ne se font plus confiance mutuellement et les spectateurs essaient, par le biais de pétitions, en voulant créer un référendum d’initiative citoyenne par exemple, d’envahir ce terrain où ils ne sont pas légitimes.

Le terrain de rugby, s’il n’est pas en arc de cercle comme l’Assemblée nationale, semble tout de même avoir beaucoup à voir avec un hémicycle. La démocratie peut-elle donc parfois être un terrain de rugby ? Je n’en doute pas. L’est-elle toujours ? Je n’en suis pas convaincu. Mais monsieur Hollande a su prendre ses précautions au moment de faire son choix dans la formulation à adopter. Ah si, j’allais oublier, la différence avec un terrain de rugby ? C’est qu’en démocratie ce ne sont pas ceux que l’on a élu à la tête de la fédération qui peuvent définir les limites et les règles avec lesquelles on va jouer mais bien les joueurs et supporters, premiers concernés par ces changements. À bon entendeur…

Antoine Duval

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Dieu a ramassé la copie de Denis

Décidément, les mois de décembre sont cruels avec les plumes ovales. Un an, presque jour pour jour, après les décès de Jean Cormier et Jacques Verdier, la Camarde vient d’enlever Denis Lalanne à l’affection de tous les amateurs de rugby.

Agé de 93 ans, Denis Lalanne faisait un peu figure de commandeur parmi les journalistes et écrivains de sport. Il fut celui qui donna à beaucoup sinon l’envie de jouer au rugby, du moins celle de partager les émotions que cette discipline peut susciter.

Avec son « Grand combat du XV de France », retraçant la tournée de 1958 en Afrique du Sud, conclue par une victoire tricolore historique dans la série de test-matchs, Denis Lalanne contribua grandement à faire entrer le rugby, à l’instar du cyclisme ou de la boxe, dans le cercle fermé des sports littéraires, ceux qui, débordant largement du terrain de jeu, embrassent celui de l’épopée et de la chanson de geste.

Denis Lalanne connut l’époque glorieuse du rugby français des années 60, celui des frères Boniface, qu’il narra avec maestria dans « Le temps des Boni » et évoqua dans « Rue du Bac ». Il côtoya rugbymen et gens de lettres, fut un compagnon de route d’Antoine Blondin et des Hussards, ce qui lui valu quelques ressentiments de la part de ses confrères qui lui reprochèrent parfois de ne pas appartenir à la rive gauche de l’échiquier politique, lui qui fréquenta celle, parisienne, de la Seine avec gourmandise puis nostalgie.

Amoureux du rugby, Denis Lalanne fut aussi féru de golf et de tennis, passions qu’il décrivit notamment dans « Trois balles dans la peau », publié en 2011 et que symbolise parfaitement le prix littéraire portant son nom, remis chaque année à l’auteur du meilleur article francophone consacré au tournoi de Roland-Garros.

Ecrivain de sport, écrivain tout court, Denis Lalanne n’hésita pas à sortir du champ de jeu pour parcourir d’autres chemins littéraires, à l’image de son ultime roman, « Dieu ramasse les copies », paru en 2019.

Denis Lalanne n’est plus. Restent ses ouvrages, témoignages précieux d’une certaine idée du rugby. Et de la vie.

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