En danger, vraiment, les All Blacks ?

Samedi, à l’occasion de la dernière journée du Rugby Championship, la Nouvelle-Zélande s’est inclinée devant l’Australie. Le score, 47 à 26, est lourd. Il est même historique. Jamais les All Blacks n’avaient encaissé autant de points dans un match, et c’est seulement la seconde fois dans l’histoire, après une défaite face aux Australiens, déjà, en 1999, qu’ils perdent sur un écart de vingt-et-un points.

A à peine plus d’un mois du début de la Coupe du Monde, les tenant du titres n’ont peut-être jamais parus aussi vulnérables. Alors, vraiment en danger, ces All Blacks ? Faut-il dès à présent les déchoir de leur statut de favoris au profit de leurs vainqueurs du jour, ou des Sud-Africains métamorphosés depuis un an ? Voilà un pas qu’on se gardera de franchir.

Car malgré l’ampleur de la défaite, certains facteurs doivent nous conduire à nuancer le constat alarmiste tirés des seuls résultats de ce Rugby Championship.

Le premier facteur peut apparaitre anecdotique, pour ne pas dire discutable. Néanmoins, on relève que les All Blacks n’ont jamais vraiment dominé cette compétition lors des éditions précédant la Coupe du monde. Volonté d’auto-limiter leur jeu pour ne pas trop se dévoiler ou, plus sûrement, attitudes d’équipe en rodage, les Néo-Zélandais de juillet/août 2011 et 2015 ne ressemblaient que d’assez loin à ceux qui ont soulevé la coupe William-Webb-Ellis quelques mois plus tard.

Equipe en rodage, c’est d’ailleurs une évidence : l’association de Richie Mo’unga à l’ouverture et de Beauden Barrett à l’arrière, testée par Steve Hansen lors des deux derniers matchs, n’a rien apporté à l’équipe et a même paru la desservir. Il est douteux que le sélectionneur dont le pragmatisme l’a toujours emporté sur le dogmatisme, ne cherche pas à modifier l’équilibre de son XV de départ en sacrifiant le premier nommé et en réinstallant Barrett en numéro 10.

Certes, la blessure de Brodie Retallick a montré que les « remplaçants » n’étaient peut-être pas aussi impressionnants que les têtes d’affiches, mais outre que les All Blacks auront récupéré leur emblématique deuxième-ligne pour la Coupe du monde, force est de constater que la richesse du vivier néo-zélandais et la propension des joueurs appelés en sélection à se fondre dans le moule noir leur laisse une longueur d’avance sur des sélections moins riches en talents quasi-interchangeables.

Il n’y a peut-être pas plus mensonger que des statistiques, mais il est difficile de considérer qu’une équipe qui affiche trois défaites et un match nul en vingt matchs depuis deux ans soit véritablement en danger parce que deux des trois défaites et le nul sont survenus lors des douze derniers mois.

Incontestablement, les All Blacks n’apparaissent plus aussi dominateurs actuellement qu’ils ont pu l’être par le passé. Les erreurs de mains et les problèmes de discipline ne doivent pas être occultés, d’autant que le corps arbitral semble un tantinet moins enclin aujourd’hui à fermer les yeux sur certaines fautes commises par les hommes en noir.

Equipe en perpétuelle recherche, qui a placé l’innovation au cœur de sa démarche sportive, la sélection néo-zélandaise est loin d’être un rouleau compresseur habitué à la routine de la victoire. C’est une mécanique de précision qui, comme telle, nécessite des réglages permanents.

On peut faire confiance à Steve Hansen pour arriver à la Coupe du monde avec des All Blacks incisifs, débarrassés d’une grande partie de leurs défauts actuels et, de surcroît, certainement délestés de la suffisance qui leur a, parfois, joué de bien vilains tours.

Bref, si danger il y a, c’est eut-être, paradoxalement, davantage pour leurs adversaires que pour les joueurs à la Fougère…

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Un château en Espagne

Alors que les aoûtiens profitent de leurs vacances, les joueurs des équipes qualifiées pour la Coupe du Monde de rugby peaufinent leur préparation. En tout cas pour la majorité des sélections. Car en ce qui concerne le XV de France, on hésite à parler de « peaufiner » tant les hommes de Jacques Brunel (ou de Fabien Galthié, selon qu’on se range parmi les légitimistes ou les réalistes) paraissent en retard sur le calendrier. Un retard de plusieurs années, à vrai dire.

Les reportages et les articles sur le stage qui se déroule actuellement en Espagne et se termine dans quelques jours accréditent la thèse d’une reprise en main de la préparation par Fabien Galthié et Thibault Giroud, le préparateur physique qu’il a débauché du RCT pour le plus grand déplaisir de son ancien patron, qui – on est en France – est aussi l’ancien patron du patron actuel de Galthié… Bref, le séjour espagnol de Guilhem Guirado et ses copains évoque davantage « Voyage au bout de l’Enfer » que « Promenade d’été ».

Visages émaciés, muscles saillants, délestés de plusieurs kilos, les joueurs multiplient les exercices destinés à leur permettre d’affronter en match un rythme et une intensité auxquels le Top14 ne les préparent pas. Et si le ballon est omniprésent – ce qui changent des séances de Wattbikes censées faire des miracles il y quatre ans – il ne faut pas s’y tromper : c’est physiquement que les Tricolores se préparent. Pour le plan de jeu, on verra après.

Les matchs de préparation donneront une petite idée des dispositions tricolores, même si la fatigue accumulée au cours des dernières semaines n’aura certainement pas été évacuée le 17 août prochain, date de la première des deux rencontres programmées avant le début de la compétition.

Comme tous les quatre ans, une légère brise, sinon un vent, d’optimisme se lève parmi les suiveurs du XV de France. Le fol espoir de le voir déjouer les pronostics est en train de gagner les cœurs les plus secs. Las, il faut craindre qu’une fois de plus les Tricolores aient un train de retard. Croire que les autres équipes se seraient arrêtées pour les attendre relève du fantasme.

Certes, les All Blacks semblent encore tâtonner dans leur organisation et Eddie Jones a fait jouer à ses hommes aux chaises musicales au gré des différents rassemblements de l’effectif, au point de perdre tous les observateurs. Mais il est difficile de comparer ces situations somme toute classiques à quelques semaines de la coupe du Monde avec ce qui ressemble à une opération commando montée par Fabien Galthié.

Plus que quelques semaines à patienter, et nous saurons si le XV de France a posé en Espagne les fondations d’une belle aventure.

Ou celle d’un de ses châteaux dont il a malheureusement le secret.

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Une question de respect, mais pas seulement.

Les deux épisodes sont survenus à quelques semaines d’intervalle, une presque coïncidence calendaire qui n’en est pas une sur le plan éthique : après Jacques Brunel évinçant Mathieu Bastareaud de sa liste pour la prochaine coupe du Monde au début du mois de juin, le Stade français Paris annonçait récemment le départ de Sergio Parisse.

Pas de quoi hurler au scandale, a priori. Dans le premier cas, le choix sportif du sélectionneur, certainement guidé par son nouvel « adjoint », Fabien Galthié, se comprend comme l’illustration de la recherche d’un jeu plus dynamique, fondé sur une intensité physique que Mathieu Bastareaud n’est peut-être pas en mesure de proposer sur l’ensemble d’un match. Dans le second cas, les critiques de Sergio Parisse à l’égard de son entraîneur Heyneke Meyer étaient un secret de polichinelle il n’est pas anormal que la collaboration entre les deux hommes cesse dans l’intérêt de chacun.

Ce qui est critiquable n’est donc pas la décision des staffs mais bien plutôt la façon dont ont été traitées ces deux situations.

Interrogé sur l’éviction de Mathieu Bastareaud, Jacques Brunel a indiqué n’avoir pas pris le soin de prévenir celui-ci avant de rendre publique sa décision. Le sélectionneur a d’ailleurs renchéri en précisant qu’il ne l’avait pas plus fait avec les autres candidats à la Coupe du Monde. D’abord ignoré par Brunel à sa prise de fonctions, puis appelé à la rescousse par le même lorsque les premiers mauvais résultats sont survenus, au point d’être désigné comme vice-capitaine du XV de France, Mathieu Bastareaud pouvait légitimement attendre du sélectionneur qu’il lui annonce simplement sa décision. Il n’est même pas certain que l’ex-Toulonnais attendait des explications sur les motifs de son absence. Plus certainement, celui qui découvrira bientôt le rugby « made in US » aurait sans doute souhaité ce que la plus élémentaire des politesses exige de quelqu’un auquel on apporte un coup de main.

Le cas Parisse est de la même eau. Capitaine emblématique du Stade français dont il porta les couleurs durant quinze ans, Sergio Parisse a vécu les bonheurs comme les galères de ce club dont il fut aussi l’un des meilleurs VRP. Ses qualités techniques et athlétiques qui ont fait de lui l’un des tout meilleurs troisième-ligne centre du monde se faisaient moins impressionnantes ces deux dernières saisons. L’âge avançant, les blessures se multipliant, Parisse n’était plus tout à fait aussi indispensable qu’avant. Il n’en demeure pas moins qu’un simple communiqué de presse laconique apparaît pour le moins inapproprié pour saluer le départ d’un joueurs iconique du club, qui n’a jamais caché son attachement ni économisé ses efforts pour lui.

Certes, les comportements discutables comme ceux-ci n’ont pas manqué dans l’histoire du rugby français. Et l’amateurisme marron de jadis a pu lui aussi proposer quelques exemples de présidents oublieux des services rendus ou de sélectionneurs peu portés sur la courtoisie.

Pour autant, le même amateurisme ne se gargarisait certainement pas autant que son descendant professionnel des fameuses valeurs censées irriguer le rugby. Avoir un semblant d’égard pour ces deux « personnages » de l’ovalie hexagonale ne relève pas seulement de la politesse, mais également et plus prosaïquement de la promotion d’un sport qui doit se battre pour exister médiatiquement et conserver son pouvoir d’attraction – comme l’illustre douloureusement l’évolution des statistiques de licenciés.

Faire preuve d’un minimum de considération pour Bastareaud, Parisse et tous ceux qui n’ont pas la même « surface médiatique » n’est donc pas seulement une question de respect. C’est aussi une façon de diffuser une image positive du rugby professionnel, et, partant, de l’ensemble de la discipline.

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Après le désespoir, des espoirs ?

© Juan Gasparini

L’exploit n’est pas mince. Il est, pour le rugby français, une magnifique bouffée d’oxygène dans une période où les motifs de se réjouir ne sont pas légions : l’équipe de France masculine des moins de vingt ans est parvenue à conserver son titre acquis l’an passé. En réalisant cette passe de deux, les « U20 » tricolores font aussi bien que l’Angleterre (2013-2014) et deviennent la troisième sélection nationale à compter au moins deux trophées, loin derrière la Nouvelle-Zélande (6 fois titrée) mais au contact de l’Angleterre (3) et devant l’Afrique du Sud (1).

Cet exploit a sans doute été rendu possible par un concours de circonstances très favorables : les Bleuets ont décroché leur place en demi-finales malgré un gros revers face à l’Argentine au gré d’une victoire des Sud-Africains sur de très décevants Baby Blacks, et, à la différence de l’année précédente, n’ont eu à affronter ni les Néo-Zélandais, ni les Anglais, éliminés en phase de poule.

Si ce succès apparaît quelque peu « heureux », il n’est certainement pas le fruit du hasard. Plusieurs des champions 2019 figuraient déjà dans le groupe – voire dans le XV titulaire – sacré en 2018, dont Louis Carbonel, prolifique ouvreur dont le taux de réussite dans l’exercice des coups de pied n’est pas étranger à la réussite de son équipe. L’expérience d’une compétition réussie l’an passé a sans conteste apporté non seulement de la lucidité dans les moments clés mais également de la confiance lorsqu’il fallait affronter des conditions de jeu difficiles.

L’autre facteur-clé est sans doute à chercher du côté du Top14 et de la ProD2. Au moins la moitié du groupe évolue au sein des effectifs professionnels et ont pu disputer des matchs dans ces championnats. Au-delà des titularisations et entrées en cours de partie, le fait de se préparer dans un groupe pro enrichie nécessairement l’approche du rugby et ses exigences au haut niveau.

La politique des JIFF (joueurs issus des filières de formation) est-elle responsable de ces résultats remarquables de la part des U20 ? Il serait faux d’en faire la seule raison. D’abord parce qu’il faut louer les acteurs de la formation qui ont certainement fait évoluer leurs méthodes et leurs outils. Ensuite parce qu’on ne peut écarter le phénomène générationnel pouvant conduire à plusieurs années sans l’émergence de talents susceptibles de glaner des titres internationaux.

Les JIFF, avec leur cortège d’effets indésirables qu’il ne faut pas occulter, ont pourtant contribué à installer une forme de mécanique vertueuse, poussant notamment les clubs à accentuer leurs efforts pour intégrer la formation des jeunes les plus prometteurs dans leur structure professionnelle. Il n’est qu’à voir la réussite toulousaine actuelle pour s’en convaincre. Désormais, un « espoir » n’est plus seulement un joueur potentiellement utilisable, côtoyant les pros de loin en loin et susceptible de combler les trous en cas de doublon ou de blessure (et d’indisponibilité de joker médical…). Il est, de plus en plus régulièrement, un élément incontournable de la stratégie sportive des clubs.

Tous les jeunes titrés en 2018 et 2019 ne seront pas candidats à un maillot bleu en 2023. On peut même affirmer que tous ne joueront pas en Top14 ni même en ProD2. Mais la conjonction de ces sacres mondiaux et de l’émergence de plusieurs talents déjà reconnus par les clubs professionnels donne à ceux que la situation actuelle du XV de France désespèrent sinon la conviction de lendemains qui chantent du moins la perspective d’un ciel un peu plus bleu.

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