Romain Ntamack, au centre des interrogations

C’est une situation comme on n’en a pas connue depuis des lustres, pour ne pas dire plus. Avec Mathieu Jalibert, Louis Carbonel et Romain Ntamack, le XV de France dispose de trois ouvreurs à très fort potentiel, dont la jeunesse (21 ans de moyenne d’âge) le dispute au talent. Titulaires réguliers dans leur club de Top14, ils possèdent toute la panoplie du numéro dix moderne, en particulier un jeu au pied tactique qui a trop souvent fait défaut à leurs aînés.

On a beau dire qu’abondance de biens ne nuit pas, cette pléthore quasi-inédite de demis d’ouverture a certainement de quoi donner des migraines à Fabien Galthié et son staff. Pourtant, il existe une configuration qui pourrait permettre sinon de résoudre, du moins de contribuer à répondre à ce casse-tête : positionner Romain Ntamack au centre du XV de France.

Certes, au sein de la liste des 42 joueurs choisis par le sélectionneur pour préparer le Tournoi des six nations, le nom du Toulousain figure dans la catégorie « demis d’ouverture ». Et Romain Ntamack, se dit convaincu que c’est en cette qualité qu’il a été appelé. Néanmoins, le staff du XV de France n’a pas fermé la porte à un positionnement en numéro 12.

Une telle option, qui emprunte à la tradition plutôt néo-zélandaise des « 5/8èmes », n’est pas franchement dans les gènes du XV de France. Pour autant, la vision du jeu de Romain Ntamack et sa capacité à faire jouer ses partenaires n’est pas totalement antagoniste avec la façon dont évoluaient au poste de premier centre les Jean-Pierre Lux, Jo Maso ou Didier Cordoniou. Sa faculté de déplacer le jeu en utilisant son pied, qui est en revanche plutôt nouveau, est un atout que le rugby moderne ne peut laisser de côté. Enfin, s’il a brillé lors de ses derniers matchs à l’ouverture, Romain Ntamack est très régulièrement – pour ne pas dire préférentiellement – utilisé en premier centre à Toulouse. Et outre que cela lui donne de sérieux repères à ce poste, on ne peut pas dire que Toulouse en ait pâti.


L’association de deux demis d’ouverture en 10 et 12 n’est pas nécessairement très répandue au sein des équipes nationales. Seule l’Angleterre y recourt régulièrement avec George Ford et Owen Farrell. Néanmoins, il n’est pas rare de voir les sélectionneurs utiliser leurs numéros dix dans d’autres postes que celui qu’ils occupent habituellement, à l’image de la Nouvelle-Zélande de Beauden Barrett et Richie Mo’Unga.

Les critiques à l’égard de ce dispositif de « 5/8èmes » portent notamment sur les aspects défensifs et la moindre capacité à créer des points de fixation dans les zones 1 voire 2, c’est-à-dire à proximité des regroupements, essentiellement du fait d’un déficit physique.


Sur le premier point, malgré un gabarit relativement modeste pour ce poste, Romain Ntamack est loin d’être un mauvais défenseur. Courageux, il dispose en outre d’une technique suffisante pour défendre sur ses vis-à-vis – sans parler des paramètres collectifs qui conditionnent grandement l’efficacité défensive d’une équipe. Sur le plan offensif, les schémas prônés par Fabien Galthié paraissent taillés sur mesure pour le style de jeu du Toulousain, plus enclin à déplacer rapidement le ballon et à trouver l’intervalle qu’à défier frontalement l’adversaire. A cet égard, une paire de centres Ntamack – Vakatawa pourrait faire mal offensivement.


Certes, il n’est pas du tout certain que le sélectionneur se laisse tenter par cette organisation et qu’il préfère utiliser Ntamack à l’ouverture. Pour autant, si une équipe ne saurait correspondre à une simple addition de talents, il serait dommage de ne pas chercher à les associer, ne serait-ce que pour disposer d’options tactiques qui pourraient, au moins ponctuellement, faire la différence.

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XV de France : le temps de la jeunesse

Dans deux semaines, le XV de France inaugurera face à l’Angleterre un nouveau cycle qui devra le conduire à une édition 2023 de la Coupe du monde qu’il a comme objectif, dans l’idéal, de remporter.

C’est peu de dire combien les supporters des Bleus attendent de Charles Ollivon, nouveau capitaine, et de ses coéquipiers qu’ils confirment les espoirs placés en eux et en Fabien Galthié. Ce dernier est en effet devenu officiellement sélectionneur de cette équipe après une période assez étrange d’entre-deux, entre lui et Jacques Brunel que Bernard Laporte avait maintenu à son poste avant la Coupe du monde, au prix d’une communication digne des meilleurs contorsionnistes.

Durant la compétition, le XV de France a laissé entrevoir par bribes le jeu que Fabien Galthié appelle de ses vœux : un rugby plus dynamique, à haute intensité, avec une recherche d’intervalle plus systématique. Pour y parvenir, le nouveau sélectionneur a eu carte blanche et même carte bleue, puisque la FFR a accepté de mettre la main à la poche pour défrayer les clubs du Top14 en échange d’un élargissement du groupe de joueurs appelés pour préparer les matchs internationaux.

Si, habituellement, les débuts de cycle sont propices au renouvellement de l’effectif, celui décidé par Fabien Galthié est exceptionnel dans son ampleur : 19 joueurs non capés sur 42, une moyenne d’âge de 24 ans, voilà qui a de quoi marquer les esprits, tout comme le fait de renoncer à offrir aux « glorieux anciens » un dernier tour de piste hivernal, pratique traditionnelle des précédents sélectionneurs.

Certes, il n’est pas certain que Fabien Galthié et son staff soient pris de l’angoisse de la « page blanche », mais tout reste à faire pour écrire ce qui pourrait être l’un des plus beaux chapitres de l’histoire du XV de France : une montée progressive en puissance couronnée par le Graal d’un titre mondial dans un peu moins de quatre ans, un peu à l’image du parcours de l’équipe d’Angleterre entre 2000 et 2003.

La différence entre les deux réside d’abord dans l’inexpérience du groupe formé par Fabien Galthié, s’il devait perdurer dans cette configuration. Clive Woordward s’est appuyé sur un effectif particulièrement solide de ce point de vue, emmenant en Australie une équipe parmi les plus âgées de la compétition. Ensuite, Woodward a pris les rênes du XV de la Rose en 1997, soit six ans avant le sacre de 2003. Enfin, le sélectionneur anglais a toujours gardé le cap malgré les contreperformances qui ont pu émailler son parcours.

La réussite de Fabien Galthié reposera au premier chef sur sa capacité à fédérer les efforts sur l’ensemble de son mandat. L’accord trouvé avec les clubs professionnels ne concerne aujourd’hui que la période du tournoi 2020. Il faudra le pérenniser pour assurer la stabilité du groupe France. Il devra également résister à une tentation à laquelle personne avant lui n’a su échapper, qui consiste à sacrifier des joueurs sur l’autel de l’impatience fédérale ou médiatique. Les mauvais résultats, les prestations individuelles moyennes ne devront pas provoquer le limogeage de tel ou tel. On pense naturellement à la charnière ou à la troisième-ligne, qui pourraient enfin – du moins l’espère-t-on, bénéficier de la stabilité dont elles ont besoin pour être performantes sur le long terme.

Fabien Galthié réussir dans son entreprise, car il a pour lui un réservoir de talents – à l’exception peut-être des postes de pilier droit et, à un degré moindre, en deuxième-ligne, susceptibles de l’aider dans sa quête. Les jeunes qu’il a appelés n’ont pas grand-chose à envier à la concurrence internationale, et une équipe performante peut voir le jour pour peu qu’on la laisse grandir et s’épanouir.

« Emploie bien le temps de ta jeunesse, c’est sur quoi repose ton bonheur futur » affirme un proverbe suédois. On ne saurait mieux dire à l’adresse des dirigeants du rugby français.

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Le soleil se lève sur une autre littérature ovale

Cela fait maintenant un an et demi que je me passionne réellement pour la géorugbystique. Des livres, j’en ai lu beaucoup, parfois à en risquer l’indigestion. J’ai lu des livres originaux, des livres passionnants, des livres novateurs mais au fond c’étaient tous les mêmes, des livres où les mots s’enchaînaient pour décrire un sport que l’on se représentait parce qu’on ne le connaît que trop bien mais rien de la représentation graphique. De plus, ces livres étaient le plus souvent écrits par des auteurs de pays « traditionnels » du rugby – tel du moins que se les représente l’amateur de rugby (France, Royaume-Uni, Australie notamment).

J’ai donc décidé de tenter une autre littérature, plus exotique et davantage iconique. Une littérature en pleine émergence dans un pays que beaucoup de rugbyphiles ont découvert récemment, vous l’avez compris, je parle de la littérature japonaise. C’est dans cette perspective que j’ai découvert Full Drum, un manga de rugby de Tohru Hakoishi. Un mélange entre nos Rugbymen et Olive et Tom. Alors que peut-on en tirer ?

Fidèle à l’univers manga, cet ouvrage des plus attirants visuellement place le rugby au centre d’une histoire d’amour pour laquelle un jeune raté qui se fait exclure de toutes les équipes de sport va se lancer à corps perdu dans le rugby pour séduire sa belle. Lui qui est le seul première année à réussir à plaquer le géant Asakura s’est découvert des talents de sécateur en plaquant une moto lors d’une échauffourée. Vous l’avez compris, on est bien loin du réalisme et du lyrisme de Roger Couderc. Seulement, c’est la vision japonaise du rugby qui m’intéressait dans cet ouvrage. Sport universitaire, le rugby est dépeint comme un sport violent, réservé à une élite physique mais où certains gabarits atypiques sont tout de même capables de tirer leur épingle du jeu. Un sport complexe avec de nombreuses règles, un sport loin d’être grâcieux comme peut l’être dépeint le football dans Captain Tsubasa. Le rugby y est vu comme un sport viril et compétitif dans lequel il faut s’imposer. Ce manga rompt donc avec la vision du rugby que l’on retrouve habituellement dans les œuvres occidentales où l’accent est davantage mis sur la tradition, les valeurs et l’héroïsme inhérents au rugby que la souffrance physique qu’il entraîne.

Je doute que cette vision soit pour autant commune à l’ensemble des japonais mais elle s’inscrit malgré tout dans la tradition du manga où le héros doit passer outre les éléments insurmontables pour arriver à un but ultime qui fera de lui un surhomme.

J’ai beaucoup aimé ce manga bien que ce je sois loin d’être amateur de cet élément de la culture nipponne. Je l’ai apprécié car il offre un regard décalé sur le rugby et donne une vision extérieure de ce sport et des éléments qui le composent. Il donne énormément d’importance à des gestes communs comme le plaquage – moment redouté par beaucoup d’entre nous et adoré par les plus inconscients de notre communauté – ou encore la simple passe vissée assimilée à un missile. De plus, la scénarisation apportée et le dynamisme donné à l’histoire grâce à la manière dont il est dessiné rompt complètement avec ce qu’on a l’habitude de rencontrer sur les étagères du rayon rugby de la Fnac.

J’attends qu’on me livre le tome 2 histoire de voir ce que nous réservera Hino lors de son premier match. Je dois l’admettre, c’est plus excitant que de lire Géorugbystique.

Antoine Duval

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Six raisons d’espérer une bonne année 2020

Renvoi aux 22 présente à tous les amoureux du rugby ses meilleurs vœux pour l’année 2020 !

Et puisqu’il est toujours question d’optimisme en cette période, voici six raisons d’espérer que ce millésime sera sinon meilleur que le précédent, du moins qu’il apportera au rugby de France quelques satisfactions sur et en dehors des terrains.

Le nouveau départ du XV de France

C’est toujours un peu la même chose les lendemains de coupe du monde. Les regrets laissent place aux espoirs, et l’arrivée d’un nouveau sélectionneur nourrit l’optimisme des supporters. Cette fois, le nouveau ne l’est pas tout à fait, puisque Fabien Galthié faisait partie du staff parti au Japon. Mais paradoxalement, le comportement des joueurs entrevu sur quelques séquences a pu alimenter l’espoir que, cette fois, le soufflé ne retombe pas dès les premières minutes de France-Angleterre, match inaugural du Tournoi des Bleus.

Il y a en effet dans le projet de jeu de Fabien Galthié des gages en faveur du dynamisme et de la créativité, et dans la composition de son staff quelques motifs d’espérer. Et même s’il n’est que transitoire, l’accord trouvé entre la fédération française et les clubs du Top14 devrait offrir au sélectionneur des conditions de préparation inégalées.

La liste des 42 joueurs retenus pour préparer le Tournoi, dans laquelle les « anciens » sont réduits à la portion congrue, a confirmé qu’un nouveau chapitre s’ouvrait pour l’équipe de France. Pourvu que l’hiver soit plaisant !

L’essor du Rugby à 7 professionnel

Ce n’est peut-être pas tout à fait le championnat professionnel dont les amateurs de rugby à 7 rêvaient, mais il a le mérite, désormais, d’exister. La Ligue nationale de rugby organise le 1er février la première levée d’un « Super Sevens », championnat réunissant des équipes formées par les clubs du Top14 et deux invités, les Barbarians français et une équipe monégasque drivée par Frédéric Michalak. Cette compétition inaugurale se déroulera sur une seule journée, trois étapes étant prévues la saison prochaine.

Bien sûr, les « stars » du XV ne seront pas présentes, puisque les présidents des clubs n’ont pas souhaité voir leurs meilleurs joueurs risquer la blessure. Mais il y aura un certain nombre de jeunes talents dont les qualités ne manqueront pas de s’exprimer pleinement dans le cadre festif de l’Arena de Paris la Défense, écrin parfait pour ce type de manifestations.

S’il est certainement présomptueux d’écrire que l’avenir du 7 pro se jouera sur cette seule journée, il faut espérer un succès pour les organisateurs, c’est à dire du spectacle et des spectateurs, car celui-ci en entraînera d’autres et contribuera à donner à cette forme de rugby, complémentaire au XV, l’essor qu’il mérite.

Top14 : l’émergence des outsiders

A mi-championnat, le Top14 est mené par l’Union Bordeaux-Bègles, qu’on désespérait de voir enfin à une place en rapport avec ses ambitions et les investissements de son président, Laurent Marti. Talonné par le LOU, qui enchaîne une deuxième saison de haut niveau, l’UBB se mène un peloton de tête renouvelé avec le RC Toulon qui semble renaître de ses cendres et un Stade rochelais toujours aussi séduisant malgré quelques performances contrastées lors de cette première moitié de saison.

Même si les formations traditionnellement au haut du classement, à commencer par le tenant toulousain, sont loin d’avoir dit leur dernier mot, cette émergence de nouvelles places fortes et le retour en grâce toulonnais contribuent à donner à ce Top14 2019-2020 une saveur tout à fait appréciable.

Coupe d’Europe : tout peut de nouveau arriver

Les déboires des Saracens, pris par la patrouille du salary cap anglais, a très largement remis en cause la domination sous laquelle la formation d’Owen Farrell avait placé la Champions cup. Davantage préoccupés par leur championnat domestique dans lequel ils se retrouvent plombés par les 35 points de handicap récoltés en guise de sanction, les double tenants du titre européen semblent avoir laissé la voie libre à leurs adversaires.

Et si le Leinster font désormais figures de favoris, la compétition européenne est relancée par une concurrence accrue, au sein de laquelle les Français, sans vraiment briller, conservent des chances de victoire finale, au moins pour trois d’entre eux. On en saura un peu plus en mars prochain. Vivement le printemps !

Jeux olympiques : pourvu qu’ils soient bleus !

Même si elles ne sont pas encore qualifiées, les équipes de France de rugby à 7 ont encore une chance de décrocher leur billet pour le Japon où se tiendront en juillet prochain les jeux de la trente-deuxième olympiade de l’ère moderne. Les filles comme les garçons disputeront un tournoi de repêchage en juin. Au vu de leurs dernières performances, leurs chances sont réelles. Il faut bien avouer que même si les chances de médailles olympiques sont ténues, il serait décevant de ne pas voir nos tricolores disputer la compétition olympique. Vivement l’été !

Élections fédérale : enfin un vrai débat ?

En octobre prochain, Bernard Laporte remettra son mandat en jeu. Face à lui, Florian Grill, président de la ligue d’Ile-de-France, présente une liste fédérant l’opposition à l’actuel patron de la FFR et à son homme-lige Serge Simon. Quel que soit l’issue du scrutin, on attend surtout un vrai débat sur le fond des problèmes auxquels le rugby français est confronté. Et ils sont nombreux : de la santé des joueurs aux relations FFR/LNR, en passant par les championnats amateurs, nombreuses sont les occasions de confronter les idées plutôt que d’adresser des attaques ad hominem, ce qui avait malheureusement prévalu lors des précédentes élections.

L’occasion est belle pour Bernard Laporte de défendre son bilan et de proposer des pistes pour l’avenir. Et pour son adversaire de démontrer qu’il pourrait faire mieux que le président en place. Vivement l’automne !

Gageons qu’il y aura d’autres motifs pour s’intéresser au rugby français en 2020. Mais rien que pour ces six là, on devrait assister à une année riche en émotions et en rebonds ovales.

Bonne année à tous !

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