Ils n’ont pas triché !

(DR)

Il faut parler d’exploit. Quand vous ne gagnez pas au Principality Stadium depuis dix ans, un succès à Cardiff a forcément le goût du sensationnel. Ce samedi, dans une enceinte dont on avait fermé le toit, les Tricolores ont conduit leurs supporters au septième ciel.

Et même si le succès est étriqué (23-27), même s’il n’effacera jamais la déception de la coupe du monde japonaise, et même s’il ne prémunit aucunement le XV de France de déceptions futures, il n’en donne pas moins raison, au moins pour un temps, aux optimistes qui voyaient dans Fabien Galthié et les premières semaines de son mandat des raisons d’espérer des lendemains qui chantent.

Alors que les deux premières victoires, certes encourageantes, laissaient planer le doute sur les capacités du groupe français à hausser son niveau de jeu pour devenir une vraie menace pour la concurrence mondiale, que la défense mise en place par Shaun Edwards n’avait pas empêché Anglais et Italiens d’inscrire la bagatelle de cinq essais, et que les coups de « moins bien » physiques à la demi-heure puis à l’heure de jeu inquiétaient à l’aune de l’abatage gallois, les hommes de Fabien Galthié ont répondu présent durant la totalité de la rencontre, prenant le score dès la septième minute pour ne plus laisser à leur adversaire l’occasion de leur repasser devant.

Mais ce n’est pas, pour les Gallois, faute d’avoir essayé. Poussés par leur public, évoluant dans un contexte arbitral qu’on qualifiera de favorable, Alun-Wyn Jones et ses coéquipiers ont multiplié les temps de jeu à proximité de l’en-but tricolore. Les deux essais qu’ils ont inscrit n’ont pas suffit pour l’emporter. Après avoir remporté une victoire plutôt heureuse en coupe du monde, ils n’ont cette fois pas bénéficié d’un coup de coude du destin…

Avant la rencontre la bande à Charles Ollivon avait été accusée de chercher à contourner la règle. Ce samedi, les Bleus n’ont pas triché sur le terrain, à tous les sens du terme. La belle solidarité qui avait fait leur bonheur contre l’Angleterre, ils l’ont sublimée à Cardiff pour en faire une arme de dissuasion massive, annihilant les offensives rouges à grands coups de plaquages (193 tentés !) et occupant le terrain grâce à un jeu au pied qu’on n’avait pas vu aussi intelligent depuis des lustres.

Bien sûr, tout n’a pas été parfait, à commencer par la discipline. Treize fautes, deux cartons jaunes, c’est encore beaucoup trop, même s’il est logique pour une équipe autant dominée territorialement (37%) et dans la possession (39%) d’être plus sanctionnée que son adversaire. Il est impératif d’améliorer ces statistiques, pour ne pas avoir à le regretter contre une équipe plus réaliste que ne l’a été celle du Pays de Galles cet après-midi. Il faudra également à Fabien Galthié et ses hommes revenir sur la gestion des temps faibles, et travailler sur le plan offensif, pour offrir aux tricolores plus d’options et varier davantage les attaques.

Trois succès de suite dans le Tournoi, voilà qui n’était pas arrivé depuis 2010 et le dernier Grand Chelem français. Ils ne l’avoueront peut-être pas, mais la perspective d’un bis repetita dix ans après est désormais dans les esprits tricolores. Et on ne leur reprochera pas d’avoir envie d’y parvenir.

Sans tricher. Promis.

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Crash-test

La composition du XV de France pour la rencontre qui l’opposera à celui du Pays de Galles samedi a été dévoilée par Fabien Galthié et son staff. A l’exception du déplacement de Gaël Fickou à l’aile pour cause de blessure des deux précédents titulaires du poste, l’équipe de départ est la même que celle qui a disputé le match d’ouverture face à l’Angleterre. On constate davantage de mouvements sur le banc, avec l’éviction surprise de Jefferson Poirot, les arrivées de Dylan Cretin et Jean-Baptiste Gros et le retour du polyvalent Thomas Ramos.

Le match de ce week-end a toutes les allures du crash-test pour les Tricolores. D’abord parce qu’il sera le premier disputé à l’extérieur par la jeune garde de Fabien Galthié après deux rencontres jouées dans l’environnement familier du Stade de France. Ensuite parce qu’il se déroulera au Principality stadium, qui est présenté comme l’enceinte la plus impressionnante du Tournoi, tant par l’ambiance qui y règne que par le sens de la mise en scène d’organisateurs jamais en manque d’imagination pour mettre la pression sur les visiteurs.

Crash-test enfin et surtout parce que ces diables de Gallois n’ont pas leur pareil pour transformer les rêves de gloire français en cauchemar cuisants. Pensez donc : lors des dix dernières confrontations, les Bleus ne l’ont emporté que deux fois. En 2011, à l’occasion de la demi-finale de Coupe du monde, et en 2017, au titre du Tournoi. Et il faut remonter à 2010 pour trouver trace d’un succès à Cardiff. C’est aussi l’année du dernier Grand chelem français.

Les Gallois n’ont peut-être plus le génie de leurs glorieux anciens des années 70, mais ils n’en sont pas moins compétitifs, puisant dans des vertus guerrières les ressources de leurs victoires : combativité hors normes, organisation huilée, discipline tant sur le plan du comportement que sur celui de la tactique. Les Français se préparent à quatre-vingts minutes de pilonnage au milieu du terrain et de missiles sol-sol distillés par la charnière galloise.

Les Bleus ne sont pas pour autant condamnés à la défaite. L’an passé, à l’occasion du Tournoi comme lors du quart-de-final japonais, ils ont dominé la première mi-temps avant de céder en seconde période devant les coups de boutoir gallois, la faute notamment à une condition physique ne leur permettant pas de tenir en intensité sur un match complet. Cette année, contre l’Angleterre et l’Italie, les hommes de Fabien Galthié ont affiché des progrès dans ce domaine, sans toutefois rassurer totalement leurs supporters.

Samedi à Cardiff, il sera impératif d’être consistant à l’heure de jeu pour espérer l’emporter. Et pas seulement physiquement : la touche et la mêlée seront cruciales. Les Gallois ont déjà commencé le match en lançant des accusations de tricherie à l’encontre du pack tricolore. Défensivement, le système mis en place par Shaun Edwards devra se montrer plus performant que face à l’Italie ou même à l’Angleterre. A cet égard, le rôle des ailiers sera crucial, ce qui explique certainement le positionnement de Gaël Fickou à ce poste en l’absence de Damian Penaud et Vincent Rattez, alors que d’autres solutions étaient possibles. Quant à Teddy Thomas, pas franchement rassurant dans ce domaine, il joue probablement gros à l’occasion de ce match. Il n’est pas certain que son grand talent d’attaquant préserve son statut de titulaire en cas d’éventuelle contre-performance défensive.

En cas de succès, le XV de France basculerait dans une dynamique comme il n’en a plus connue depuis près d’une décennie, pouvant même, pourquoi pas, ambitionner un Grand Chelem. Si, en revanche, ce match se concluait par une défaite, c’est sa capacité à digérer celle-ci et à ne pas tout remettre en question à la première contrariété – fût-elle significative – qui sera scrutée par tous.

Et c’est sans nul doute dans cette hypothèse que ce « crash test » prendra toute son importance.

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XV de France : savoir être patient

Après sa performance face aux Anglais, le XV de France était attendu, dimanche, pour une confirmation devant l’Italie. Mais seuls les plus naïfs, ou les moins bien informés, pouvaient espérer voir les joueurs de Fabien Galthié laminer leurs adversaires transalpins comme le firent les Gallois une semaine plus tôt. Les autres – pas forcément moins enthousiastes – ont simplement pu constater l’étendue du chantier auquel le sélectionneur et son staff sont confrontés.

Après une décennie de déconvenues et d’occasions manquées, il serait malvenu d’exiger de l’équipe de France qu’elle devienne en quelques semaines un monstre d’efficacité défensive et de précision offensive.

Contre des Italiens dont les carences rédhibitoires à ce niveau ne sauraient occulter d’indubitables qualités individuelles et collectives, et dans des conditions climatiques peu favorables, les hommes de Fabien Galthié ont oscillé entre le très bon (parfois) et le médiocre (trop souvent en seconde période). Pour autant, l’état d’esprit général et quelques actions bien menées constituent un socle sur lequel ils devront travailler pour continuer à grandir.

On pourrait, comme Pierre Berbizier le fait dans les colonnes du journal l’Equipe daté du 11 février, dénigrer les progrès prétendument accomplis par le XV de France et railler le satisfecit délivré par Fabien Galthié à ses troupes. Il semble plus pertinent de préférer à cette « hatitude » le constat formulé dans le même journal, rappelant qu’en 2014 et 2016 les Bleus avaient pareillement entamé leur Tournoi sur deux victoires, avant d’enchaîner les mauvaises performances pour terminer au-delà de la troisième place du classement, et pointer non seulement les marges de progression mais également les points forts sur lesquels les Français vont pouvoir s’appuyer.

En rugby comme dans d’autres disciplines collectives, une équipe a besoin de temps pour développer ses qualités et minimiser ses points faibles. Du temps, les prédécesseurs de Fabien Galthié ont pu en avoir grâce aux conventions passées entre la FFR et la Ligue nationale de rugby. Mais outre la tendance au turn-over qui les a communément caractérisés, la mise à pied de Guy Novès après deux années de mandat n’a pas précisément permis d’instaurer un climat de stabilité susceptible de porter ses fruits. Il faut l’espérer, Fabien Galthié devrait pouvoir en bénéficier. A lui d’en profiter.

On ajoutera à cet environnement favorable un staff élargi et expérimenté, ainsi qu’un groupe de joueurs talentueux et, visiblement, prêts à faire les sacrifices nécessaires pour former une équipe compétitive au plus haut niveau. La conjonction de ces facteurs est inédite et explique sinon l’enthousiasme du moins l’optimisme dont peuvent faire preuve un grand nombre d’observateurs. Sans conteste, on se situe au-delà de la soi-disant période d’état de grâce qui caractériserait tout nouveau sélectionneur.

Optimisme, donc, mais aussi prudence. Une défaite à Cardiff ne devra pas remettre en cause la démarche, pas plus qu’une victoire ne justifierait le moindre triomphalisme. Si au nombre des vertus qu’on se plait à trouver dans une équipe de rugby – et tout particulièrement ce XV de France, la combativité et la solidarité occupent le premier rang, c’est à la mère de celles-ci qu’il conviendra d’en appeler tous ses supporters, à savoir la patience.

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Supersevens, super-première ?

À la suite de cette première journée de supersevens, les réseaux sociaux n’ont cessé de s’enflammer. Entre les mordus de sevens, les amateurs de rugby à XV, les fondus de l’ambiance et les novices qui découvraient le rugby ce samedi, les avis ont fortement divergé pour déterminer si cette compétition avait réellement été un succès. Je vais essayer de rester le plus objectif possible et de laisser chacun se faire son propre avis en évoquant concrètement ce que j’ai pu observer depuis les gradins de la Paris la Défense Arena.

Premier point : l’ambiance

Il ne fait aucun doute que toute la journée l’ambiance était de mise. Joueurs comme supporters et organisateurs ont respecté l’esprit sevens. Ils ont même essayé de le rendre encore plus spectaculaire. Les déguisements ne manquaient pas dans les stands, les joueurs étaient proches du public – les Montpelliérains sont même allés boire des verres avec les supporters une fois éliminés – et le stade a su se transformer tantôt en terrain de rugby, tantôt en terrain de basket américain d’où jaillissent flammes et faisceaux de lumière. Le respect de cet esprit sevens nous a bien régalé. Davantage dans la lignée du rugby X de Ben Ryan que des World Series, tout collait bien pour une étape hivernale.

Deuxième point : le jeu

Les avis sont partagés sur la manière dont a été jouée la journée de samedi. Dans l’ensemble, le jeu proposé ne ressemblait pas à du rugby à XV. Cependant, il ne ressemblait pas non plus à du rugby à sept. On a toutefois pu remarquer que certaines attitudes de rugby à XV étaient omniprésentes sur la pelouse. En tête, le credo selon lequel il ne faut jamais reculer et qu’il vaut mieux aller à la confrontation physique quand on a aucun espace où se faufiler. Il y a donc eu beaucoup plus de plaquages et de percussions qu’il n’y en a en rugby à sept en général. De la même manière, la défense était beaucoup plus quinziste que septiste. Les seconds rideaux disparaissaient rapidement dans le jeu et un nombre incalculable d’essais a pu être marqué sur du jeu au pied. Peu de percées ont aussi été rattrapées avant la ligne. La défense quinziste a donc souffert de sa réduction d’effectif.  Cette difficulté s’est aussi retrouvée dans les phases de jeu arrêtées. Les mêlées étaient beaucoup plus lentes et ne cessaient de s’effondrer tandis que ¾ des touches étaient jouées pour le premier lifteur. Ces phases spécifiques au rugby à sept étaient donc loin d’être maîtrisées. L’influence du rugby à XV était donc indéniable.  

Mais malgré tout, offensivement, vitesse et précision étaient de mise. Les passes jaillissaient dans tous les sens, les chistéras ont plu et les nombreuses percées ont su nous régaler. Les joueurs ont su mettre des appuis de manière dosée entre volonté de faire le show et efficacité. Le jeu était donc beaucoup plus rapide. Les protagonistes n’ont pas forcément su s’économiser mais ils ont malgré tout été physiquement au rendez-vous jusqu’à la fin du dernier match. Par ailleurs, en termes de transformation des essais, les buteurs n’ont pas été moins précis que les joueurs de World Series, et là-aussi, il y a quelque chose à souligner. Peu à peu d’ailleurs, il semblerait que le jeu se soit débridé. À force de jouer, les équipes se poussaient l’une l’autre à calmer progressivement le jeu pour mieux placer leurs attaques.

Enfin, du côté de l’arbitrage, certains points méritent d’être soulignés. Les arbitres ont fait l’effort de s’adapter aux exigences du rugby à sept. Ils ont su réduire les temps d’avantages s’ils ne bénéficiaient pas directement à l’équipe en possession du ballon et ont tenté de dynamiser le jeu en laissant jouer un maximum. À souligner aussi, la volonté de pénaliser sur de nombreux en-avants pour éviter de nombreuses mêlées chronophages. Car c’est là que réside le principal problème de l’arbitrage de samedi selon moi, les mêlées ont demandé un temps énorme. Si aucune mêlée n’a été rejouée, les arbitres gaspillaient malgré tout de précieuses secondes à parler aux première lignes avant de donner les sacro-saints commandements, ce qui a été responsable d’une perte de temps et de rythme énormes. Malgré tout, l’arbitrage a été bon dans l’ensemble car beaucoup plus sévère qu’à XV et beaucoup plus réactif.

Troisième point : l’utilité du championnat LNR

On nous avait annoncé des stars, beaucoup de stars. Mais peu sont venues, ce qui finalement ne fut pas forcément une mauvaise chose. Le championnat a pu mettre en avant de nombreux jeunes joueurs qui ont pu y glaner un peu de temps de jeu au plus haut niveau. En ce sens, je ne doute pas une seule seconde que plusieurs joueurs alignés ce samedi auront été repérés par les staffs des équipes de France jeunes et développement. Le Supersevens a donc aussi servi le rugby à sept, et pas uniquement le profit de la LNR.

L’objectif du championnat était aussi assez large. Faire découvrir le rugby à sept au public du TOP 14 mais aussi faire découvrir le rugby tout court aux novices. Je ne saurais pas dire si ces objectifs ont été atteints. De nombreux maillots de toutes les équipes coloraient les gradins et peu d’enfants y chahutaient, ce qui laisse penser que ce n’était pas forcément une réussite sur ce plan-là mais il ne fait aucun doute que la manière dont a été organisée la journée a su alimenter la ferveur des supporters parisiens qui voient rarement leurs équipes.

Enfin, on soulignera la mauvaise date choisie pour cette première journée. Si le Supersevens a été une bonne initiative au vu des points que nous avons pu souligner, le tournoi tombait en même temps que le Sydney Sevens sur lequel les deux équipes de France étaient engagées. De la même manière, en tombant sur un weekend de tournoi des six nations, de nombreux jeunes joueurs prometteurs sélectionnés avec les équipes nationales n’ont pas pu y prendre part.

En conclusion, s’il me fallait porter un jugement d’ensemble, je dirais Supersevens a été une journée de show très réussie. Beaucoup de points sont critiquables quand il s’agit d’interroger son utilité pour le rugby à sept français et sa légitimité à se faire appeler ‘premier championnat de France de rugby à sept’. Je ne doute pas que ce championnat aura su séduire des futurs rugbymen mais disons qu’il n’a pas su pleinement contenter mes appétits de rugby à sept pour autant. Après 12h dans la Paris La Défense Arena je n’ai pas pu m’empêcher de passer ma nuit sur Rugby +.

Antoine Duval

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