Vannes, sourire d’aujourd’hui, rugby de demain ?

Dimanche prochain, la finale d’accession désignera le club de ProD2 qui disputera la prochaine saison de Top14. Pour l’accompagner, le perdant devra remporter un barrage face au treizième du classement de l’élite. Cette finale opposera deux clubs solidement ancrés dans le paysage du rugby professionnel, Brive et Bayonne, dont le retour au plus niveau apparaît somme toute logique.

Ces deux formations ne sont cependant pas celles dont on a la plus parlé le week-end dernier. Car pendant une près d’une mi-temps, on a bien cru que le Rugby Club de Vannes, déjà victorieux de Mont-de-Marsan au tour précédent, s’inviterait pour la finale paloise. Avec à la clé l’éventualité qui a donné le sourire à de nombreux amateurs de rugby et, si la tendance se confirme, à laquelle il va falloir se préparer : celle de l’arrivée en Top 14 d’une formation issue d’un territoire fraîchement acquis à la cause du rugby professionnel.

Comme dans bien d’autres régions situées au nord de la Loire, la Bretagne compte de nombreux clubs amateurs réunissant des passionnés de tous âges. Mais le très haut niveau reste encore très embryonnaire et interroge évidemment quant à sa pérennité.

Le formidable travail accompli par les dirigeants vannetais fait espérer un enracinement durable en ProD2, malgré la concurrence du football et des ressources économiques loin d’être extensibles. Cet ancrage repose par ailleurs sur la recherche de joueurs partageant avec la région un peu plus qu’un lien contractuel. Ainsi, plusieurs éléments du groupe professionnel vannetais sont issus du centre de formation attaché au club, qui peut s’appuyer quant à lui sur une « académie » destinée à repérer et former les jeunes à partir de 15 ans.

Une accession en Top14 cette année aurait constitué un petit miracle et, osons-le, un risque pour le club. Car les moyens à mobiliser pour évoluer dans l’élite sont pas les mêmes qu’à l’étage en-dessous et peuvent fragiliser l’équilibre financier de structures qui n’y sont pas préparées. Quant à s’y maintenir durablement, les plus pessimistes trouveront mille raisons de douter.

A l’instar d’autres formations du nord de la Loire, comme Nevers ou Rouen, Vannes peut constituer un point d’ancrage pour le rugby professionnel et incarner le rugby de demain. La ProD2 pourrait représenter le niveau idéal pour cela, avec l’idée que ce championnat mette en présence des clubs représentatifs de l’ensemble des régions françaises.

Cela ne serait que justice pour tous les amateurs de rugby, qu’ils soient pratiquants ou simples spectateurs, qui n’ont pas la chance actuellement de pouvoir s’identifier à des formations de très haut niveau proches de chez eux.

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Des essais au bout du monde

Entre l’annonce d’une liste de 65 joueurs susceptibles d’être appelés à disputer la coupe du monde et le départ anticipé de Philippe Doussy, l’un des entraîneurs du XV de France, le navire tricolore aux allures de galère continue de donner la tenace impression qu’il navigue à vue.

On comprend bien qu’il faille resserrer dès maintenant le champ des sélectionnables, d’autant que World Rugby fait obligation aux nations participantes de produire une liste de cinquante noms dans les prochaines semaines. Mais d’y voir figurer certains joueurs qui n’ont jamais revêtu le maillot bleu jusqu’à aujourd’hui laisse pour le moins perplexe.

Sur ce point, la comparaison avec les meilleures équipes mondiales contribue à alimenter le pessimisme. Quand Jacques Brunel (ou Fabien Galthié ?) en est encore à envisager d’intégrer des néophytes au niveau international ou de rappeler des internationaux qui n’ont plus goûté à ce niveau depuis plusieurs mois (voire davantage), la concurrence affine ses listes et se prépare à entrer dans le « réglage fin » indispensable à tout candidat au titre suprême.

Bernard Laporte lui-même a bien été obligé de reconnaître que sortir de son groupe qualificatif constituait désormais pour le XV de France un objectif à part entière, qui signerait  « une coupe du monde réussie » s’il se qualifiait ainsi pour les quarts-de-finale. Et les montées en puissance anglaise (voir la performance des Saracens en finale de Champions Cup) et argentine (voir les derniers matchs des Jaguares en Super rugby) font craindre que, pour la première fois de son histoire, l’équipe tricolore fasse ses valises au bout de quinze jours de compétition.

A lire cette fameuse liste des 65, on a le sentiment que la FFR comme le staff du XV de France sont assis entre deux chaises, ne sachant pas s’il faut jouer le jeu de la compétition qui débutera dans quatre mois ou s’en servir comme d’un galop d’essai pour la suivante. Un sentiment exacerbé par la valse des adjoints de Jacques Brunel, qui comptera dans ses rangs une bonne partie du staff amené à lui succéder, une première là encore. Pour dire le vrai, on n’en voudrait pas vraiment à ces coaches de poursuivre leurs essais au Japon, en donnant à une majorité de « jeunes » internationaux un temps de jeu aussi important que possible, synonyme d’expérience pour le véritable objectif, en 2023.

Si perdre au Japon peut permettre de gagner en France, cela mérite qu’on y songe sérieusement, si ce n’est déjà fait.

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Champions du monde des amateurs

S’il fallait ne retenir qu’un qualificatif pour évoquer la présidence actuelle de la Fédération Française de Rugby, celui d’amateur s’imposerait d’évidence. D’abord parce que c’est sur ce mot, ou plutôt cette notion, que s’est articulée la campagne électorale de Bernard Laporte, ce qui lui a très clairement permis de remporter un succès plutôt inattendu. En affirmant vouloir redonner la parole aux clubs amateurs qui constituent le cœur du rugby de France, l’ancien entraîneur de Toulon a séduit un électorat lassé de voir les décisions se prendre au plus haut niveau sans avoir la moindre voix au chapitre.

Mais c’est aujourd’hui sur un autre plan que le terme « amateur » revient dans la bouche d’un grand nombre d’observateurs plus ou moins engagés de la chose ovale : celui de la gestion du XV de France. Il ne se passe pas une journée sans qu’une annonce n’intervienne s’agissant de la composition du staff qui succèdera à Jacques Brunel. Le sentiment qui domine est celui de l’improvisation.

Après avoir été mis en minorité dans un référendum aussi inopportun dans sa conception qu’attendu dans ses résultats, Bernard Laporte a dû se résoudre à abandonner son projet de désigner un sélectionneur étranger et chercher la perle rare sur le marché national. Pour ses têtes d’affiche, le choix se révélait délicat, puisque presque tous les candidats potentiels étaient sous contrat avec leurs clubs respectifs et qu’à deux mois de la fin de saison, les débaucher paraissait compliqué et coûteux. Exit, donc, les Azéma, Mignoni et autres Mola. Il ne restait donc plus que les entraîneurs libres de tout engagement. Dans cette catégorie offrant plus d’embarras que de choix figurait donc Fabien Galthié, qui a été finalement désigné, et Raphaël Ibañez, lui-aussi disponible.

Sur le papier, le second qui officiera sous les ordres du premier, aura comme tâche de mettre de l’huile dans des rouages que le caractère de Fabien Galthié semble régulièrement contribuer à gripper. Il faudra voir sur le terrain si la combinaison des deux hommes fonctionne ou pas. On rappellera qu’Ibañez s’était porté candidat à la succession de Philippe Saint-André en 2015. Là, il ne sera pas le patron mais le numéro deux…

Alors qu’on annonce également Laurent Labit – dont le travail avec les trois-quarts du Racing92 n’a pas toujours fait l’unanimité chez les amateurs de French flair et William Servat pour s’occuper des avants, l’impression reste vive d’un bricolage subit plutôt que de plan savamment orchestré.

On passera sur le fait que les intéressés sont finalement des ixièmes choix pour conduire une équipe pour laquelle, il n’y a pas si longtemps, tout entraîneur normalement constitué aurait tout abandonné pour la rejoindre. Il est en revanche plus inquiétant de constater que ce nouveau staff n’aura pas été choisi par Fabien Galthié même, il faut quand même l’espérer, il l’aura été avec son accord. La nuance n’est cependant pas neutre.

Par ailleurs, le fait pour le futur sélectionneur de figurer d’ores-et-déjà dans l’organigramme actuel, même en qualité de « consultant » apparaît comme un facteur de difficulté : il lui sera plus difficile, en effet, d’assoir sa légitimité après sa participation à la Coupe du monde 2019 si celle-ci, comme on peut le craindre, se termine par un fiasco. La gestion des « sortants » du groupe France (ceux sur lesquels il ne souhaitera pas s’appuyer à compter de 2020) pourrait aussi être rendue plus délicate.

Enfin, la désignation de Fabien Galthié et de son staff n’est pas le produit d’une réflexion d’ensemble sur le rugby professionnel français et la façon d’organiser sa vitrine en harmonie avec le reste du magasin. La dernière sortie de Mourad Boudjellal, furieux de voir son ancien entraîneur lui chiper l’actuel préparateur physique du RCT, n’augure d’ailleurs rien de nouveau dans le domaine pourtant crucial des relations entre le XV de France et le Top14.

On sait déjà que l’équipe de France ne sera pas championne du monde en 2019. Et au vu de ce qui se passe actuellement, il est prématuré de nourrir aujourd’hui le moindre optimisme pour l’édition suivante. La FFR, en revanche, peut sans ambages continuer à revendiquer une stature mondiale dans le domaine de l’amateurisme.

On a les titres qu’on peut. Ou qu’on mérite…

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Leinster, et admirer

On y croyait quand même un peu. Parce que le jeu pratiqué par les Toulousains depuis le début de saison semblait de nature à perturber les Irlandais du Leinster. Parce que ces mêmes Toulousains avaient réussi l’exploit de les battre l’automne dernier. Parce qu’Ugo Mola et ses hommes avaient montré suffisamment de caractère au tour précédent, en parvenant à l’emporter au Racing92 en jouant en infériorité numérique l’équivalent d’une mi-temps, pour qu’on les pense capable de refaire le même coup à Dublin.

Las, après à peine plus de dix minutes de jeu, il a fallu se rendre à l’évidence : ces Irlandais étaient trop forts pour les Hauts-Garonnais, et c’est très logiquement – et pour tout dire assez tranquillement – qu’ils ont empoché leur qualification pour la finale.

Il est toujours tentant de pointer la responsabilité de tel ou tel joueur dans la défaite, ou d’incriminer les choix du staff. Il est vrai que Thomas Ramos a cristallisé les critiques sur sa performance (qui, au passage, interroge sur sa capacité à franchir un cap au plan international). Il est vrai également que la tactique mise en place par Ugo Mola a rapidement montré ses insuffisances, éclairant ainsi ce qui le sépare lui-aussi du top niveau mondial.

Pourtant, le sentiment domine qu’un Toulouse même dans de meilleures dispositions individuelles et collectives n’auraient pas pu faire grand chose devant la science des hommes du Leinster. On dit leur jeu ennuyeux. Il peut l’être comme pouvait l’être celui de quelques grands tennismen des années 70. Mais comme eux, les Irlandais placent la victoire au-dessus de toute autre considération, et, comme eux, tablent sur la rigueur et le souci du détail pour y parvenir.

La mécanique du Leinster – comme celle du XV du Trèfle – parfois, se dérègle sous la pression. Mais pour parvenir à coller suffisamment de grains de sable dans les rouages du char d’assaut irlandais, il faut des armes que Toulouse, dimanche, n’avait pas sous la main.

Alors devant tant de différence entre les deux équipes, on ne pouvait que se taire, et admirer.

Et si la défaite de Toulouse peine le supporter français, l’amateur de rugby ne peut que se réjouir par avance de la confrontation homérique qui l’attend dans quelques semaines à Newcastle, entre les deux meilleures équipes de l’hémisphère nord, le Leinster, donc, et les Saracens, nets vainqueurs eux aussi de leur demi-finale.

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