Paris enfin libéré ?

Le Stade Français a fait une très belle opération cet vendredi en l’emportant sur le terrain de l’USAP, bonus offensif en prime. Un score lourd, peut-être un peu trop au regard de l’engagement des Catalans. Mais à trop donner de ballons pour se faire battre, les joueurs de Bernard Goutta et Christophe Manas ont laissé leurs adversaires marquer les points aux moments décisifs.

Quatre essais inscrits, des phases de jeu intéressantes et efficaces, une grosse défense, voilà de quoi réjouir des supporters qui commençaient sans doute à se languir de voir enfin leur équipe décoller. Même face à un adversaire visiblement à côté de ses crampons, une telle démonstration laisse augurer d’un avenir en rose pour le club de la capitale. La confrontation avec le Racing Metro, la semaine prochaine, vaudra le déplacement (au Stade de France).

Dans le sillage d’un Dimitri Szarzewski très ingambe (parfois trop enthousiaste…) les Argentins de Paris, parmi lesquels on rangera Sergio Parisse, le Puma italien, ont été brillants. Ainsi Felipe Contempomi nous a gratifié d’une petit coup de pied par-dessus de toute beauté, amenant l’essai du bonus offensif et enfonçant l’USAP dans les affres de ce qui pourrait bien constituer un début de crise.

Côté Catalan, l’éviction de Jacques Delmas n’a pour l’instant produit aucun effet positif. Le plus inquiétant pour l’USAP est que les joueurs ne paraissent pas démobilisés, au contraire. La façon dont l’équipe s’est écroulée après le carton jaune (sévère) infligé à David Mélé est assez symptomatique du malaise actuel. S’ils ne redressent pas rapidement la barre, les Perpignanais risquent de devoir se battre pour le maintien cette année.

Alors que Paris semble libéré, l’USAP apparaît enfermée dans une bien mauvaise spirale.

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Adios Pumas !

En août 2012, le Tri-Nations deviendra le « The Rugby championship ». On appréciera le choix prétentieux de la SANZAR (organisateur de la compétition)  pour la dénomination de ce tournoi, qui voudrait nous faire accroire que le rugby n’existe nul par ailleurs. La raison est sans doute bien plus pragmatique, à savoir faciliter le « naming » de la compétition. Money is money.

Mais, l’essentiel n’est pas là. En faisant le choix d’intégrer l’équipe nationale d’Argentine dans ce Tournoi, les fédérations Australienne, Néo-Zélandaise et Sud Africaine vont sans doute bouleverser l’échiquier du rugby international en permettant aux Pumas de progresser à leur contact régulier : passer d’un test match de temps en temps à six rencontres annuelles ne sera pas sans conséquence pour une nation déjà forte, mais dont on sent bien qu’elle n’a pas exploité toute l’étendue de son potentiel.

Au-delà, c’est le rugby professionnel français qui sera très certainement la victime collatérale de cette évolution majeure du rugby international. On sait combien le championnat de France hexagonale fut, et reste encore, une terre nourricière pour le rugby argentin. La double confrontation entre Pumas et Coqs pendant la coupe du monde 2007 a été l’occasion pour les uns de rappeler combien ils devaient à la France d’être arrivés si haut dans le palmarès, les autres d’estimer perfidement que les Pumas en étaient arrivés à mordre la main qui, justement, les nourrissait. De bonne guerre sinon de bonne foi…

Toujours est-il que le Top14 (et la ProD2) ont été et sont toujours des destinations privilégiés pour les internationaux (en titre ou en devenir) argentins.

Or, à compter de 2012, les Pumas devront enchaîner la tournée de tests d’été (en juin), puis le « Rugby Championship » (d’août à octobre) et enfin la tournée de tests d’automne (novembre). Autant dire qu’ils ne seront pas disponibles pour disputer le championnat de France avant le mois de décembre, sans avoir suivi la préparation avec leur club.

Il paraît difficile de demander à des présidents, déjà rétifs à lâcher leurs internationaux pour quelques doublons, d’accepter de ne pas voir leurs jours durant près de quatre mois. De surcroît, on voit mal les joueurs accepter sans broncher  l’enchaînement des deux compétitions, Rugby championship et Top14, auxquels s’ajouterait la coupe d’Europe. Question de santé, tout simplement.

Aussi, il est à craindre que les joueurs argentins ne fassent le choix d’aller disputer d’autres championnats domestiques que les nôtres. D’autant qu’on parle actuellement d’une franchise qui rejoindrait l’actuel super 15.

Cette éventualité, de plus en plus probable, est assez regrettable. Car les Argentins font partie de notre paysage ovale. Qu’on aime leur jeu – à la fois rude et artiste – ou qu’on leur reproche leur « grande bouche » et, parfois, leur capacités de comédiens, force est de reconnaître qu’ils sont du bois dont on aime se chauffer les mirettes au bord des pâtis de France.

Nul doute que les jeunes joueurs argentins continueront à venir préparer leur avenir dans les clubs français. Mais leur nombre devrait logiquement diminuer, comme le plaisir des amateurs de ne plus admirer les internationaux au sommet de leur art.

Quant à prétendre que cette situation ferait le bonheur des JIFF (joueurs issus des filières françaises de formation), c’est à dire des jeunes Français qui profiteraient pour combler le départ des Argentins, l’argument paraît un peu court, car sans lien avec l’obligation de compter un quota de 40% de JIFF en 2012.

Il faut donc profiter des Pumas pendant qu’ils foulent encore nos prés. Dans moins d’un an, ils devraient faire admirer leur « grinta » sur des terrains bien éloignés des nôtres. Tant mieux pour eux… Et tant pis pour nous.

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Ovalix et la potion magique

Les remous provoqués par les propos de Yannick Noah sur le dopage, dans l’édition du journal Le Monde datée du 19 novembre, n’ont pas touché outre mesure l’ovalie hexagonale.

Du moins pour l’instant. D’abord parce que l’Espagne, visée par l’ex-tennisman français, n’excelle pas en rugby. La médiocrité de la sélection ibère ne conduit donc pas à faire des parallèles entre ses résultats et la prise de produits dopants. En l’absence de réaction courroucée des dirigeants du rugby espagnol, les acteurs de l’ovale tricolore n’ont donc pas vraiment eu à se positionner.

Et pourtant, la question du dopage dans le rugby est loin d’être nulle et non avenue. La coïncidence est même troublante entre la résurgence du débat sur le dopage et  la mise en examen récente d’Alain Camborde, ancien préparateur physique de Pau, de la sélection Argentine et de plusieurs joueurs de rugby Français, pour « importation et détention de marchandises prohibées, exercice illégal de la profession de pharmacien et mise en danger de la vie d’autrui », en d’autres termes pour trafic de produits dopants.

Le débat ouvert par Yannick Noah porte sur deux problématiques distinctes. La première concerne la rupture d’égalité induite par le dopage, rupture profitant à certains pays et à leurs sportifs de haut niveau. La seconde, qui découle de ce qui précède, évoque la possibilité d’autoriser tous les athlètes à recourir à ce que Yannick Noah appelle « la potion magique ». Disons le tout net, la protection de la santé des athlètes et de leur entourage justifie à elle seule qu’on soit opposé à cette éventualité. Et l’éthique même du sport peut valablement constituer un deuxième argument en faveur d’une lutte sans merci contre le dopage.

On veut bien, en revanche, s’arrêter sur la première question soulevée par le tennisman chanteur et sur la polémique qui a suivi, pour s’interroger sur l’exposition du rugby au phénomène.

Il apparaît difficile d’imaginer que le sport ovale ait pu être épargné par le dopage.  Et ce malgré le peu de cas positifs révélés jusqu’à présent, des cas souvent liés à des drogues dites « récréatives ».

Pourtant, la pression exercée sur les joueurs pour obtenir des résultats, la charge de travail absorbée lors des entraînements, l’enchaînement des matchs – dont le rythme est de plus en plus élevé, sont autant de facteurs favorisant la prise de produits interdits. Les prises de muscle impressionnantes, les blessures à répétition, souvent ligamentaires (les ligaments ne se « gonflent » pas comme les muscles…) sont aussi citées au nombre des indices à charge dans ce dossier.

On se souvient aussi des controverses, assez vives au début du professionnalisme, sur la prise de créatine par les rugbymen de l’hémisphère sud. Aujourd’hui encore, ce produit n’est pas interdit, mais outre ses effets sur la musculature, il est connu comme un « masquant » pour d’autres substances plus nocives et tout à fait prohibées.

Le rugby à l’eau claire n’est qu’une vue de l’esprit. Les préparateurs physiques et les diététiciens utilisent des méthodes légales et des produits autorisés pour favoriser la performance. C’est tout à fait normal. Mais malheureusement, l’évolution actuelle de ce sport, en particulier en France, rend le rugby de plus en plus vulnérable à ce fléau. Un fléau qui ne touche pas seulement les professionnels.

A moins de vivre déconnecté des réalités, il apparaît difficile de nier l’existence du dopage. Et sans réflexion sur les conditions de la pratique professionnelle de ce sport, sur les moyens de lutter efficacement, nul doute que les rugbymen candidats à la potion magique seront encore nombreux dans les années à venir.

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Les Vieux du stade

Les anciens de l'IEP de Bordeaux posant avant la rencontre

« Les jambes de vingt ans sont faites pour aller au bout du monde ».

Ces mots du romancier Christian Bobin trouvent tout particulièrement à s’appliquer au rugby. On serait tenté d’y ajouter que les jambes de quarante sont, pour leur part, faites pour aller beaucoup moins loin. Eventuellement jusqu’au club house, pour y rejouer le match sur un terrain qui leur est plus favorable. Ce constat, les participants du match des anciens de l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux ont pu le faire le week-end dernier.

En effet, le 19 novembre, alors que les joutes européennes voyaient les clubs du Top 14 affronter les meilleures équipes du continent, se disputait un match non moins prestigieux, entre les anciens de l’IEP de Bordeaux et les étudiants de cette école.

Emouvantes retrouvailles entre anciens

Les anciens étudiants avaient fait le déplacement de toute la France, voire au-delà,  à l’invitation de l’association éponyme, afin de partager un joli moment de convivialité autour du rugby.

L’équipe de l’IEP de Bordeaux a été créée en 1982 par une bande de copains désireux d’occuper sainement leurs loisirs. Depuis cette date, le XV de l’IEP a recruté bien au-delà du seul cercle de ses étudiants, pour s’ouvrir à ceux des campus alentours. Bref, une bande d’amis choisis, au pays de Montaigne et La Boétie.

Elle a vu se succéder en son sein des joueurs de grand talents, d’autres un peu moins doués, mais tous animés par une passion commune pour le ballon ovale et un certain sens de la fête et de l’amitié.

Jeune et ancien

Jeune et ancien, main dans la main

Sous l’impulsion du nouveau bureau de l’association des anciens élèves, il a donc été décidé de profiter de l’occasion de la cérémonie 2011 de remise des diplômes de l’IEP pour organiser une confrontation entre les actuels titulaires de la charge et ceux qui ont autrefois porté la tunique rouge-et-noire (des couleurs correspondant à celle du logo de l’Institut et non à certaine équipe située un peu en amont de la Garonne…).

Naturellement, à l’âge de tous les possibles, on est toujours un peu condescendant avec les vieux, leurs cheveux gris (et/ou clairsemés) et leur (légère) surcharge pondérale. Seulement ce qu’ils ont perdu en vivacité et rapidité, les anciens le compensent avec ce qu’on appelle « l’expérience » ou « la science du jeu » (les jeunes ont, pour évoquer cette caractéristique, un mot discutable, à savoir « vice »).

La mêlée des anciens, un monstre de puissance et de technique

Et dans leur grande mansuétude, les anciens en question ont accepté de ne pas pousser les mêlées, préservant ainsi les cervicales de leurs adversaires mais se privant par la même occasion d’un atout majeur, pour ne pas dire essentiel, dans leur jeu. On peut le regretter, sur le plan sportif, car elle priva l’assistance de voir s’exprimer la science des Jean-Yves, Peyo et autres Obélix dans l’art de martyriser la première ligne adverse.

 Il fut également décidé de ne pas (trop) taper dans le ballon, et de disputer trois tiers temps de 20 minutes afin de permettre aux organismes les plus éprouvés par le voyage de supporter le rythme imposé par des jeunes compensant par la vitesse des lacunes tactiques et techniques évidentes.

Dès l’entrée des équipes sur le terrain d’honneur du Bordeaux Etudiant Club, à la pelouse aussi grasse qu’une blague de Jean-Marie P***ET, on put admirer la tenue fort seyante des anciens, prêtée pour l’occasion par le club des Archiball de Bordeaux.

Des maillots « old style », pourvus de lettres et non de chiffres dans la plus pure tradition britannique, qui contrastaient avec les uniformes arborés par les jeunes, de ce vilain lycra collant à la peau et dévoilant les carences alimentaires dont souffrent malheureusement de nos jours les étudiants.

Patriste, alias « le coach », assisté par Krouch, son conseiller politique, avait concocté une stratégie subtile, susceptible de conduire les anciens à la victoire. Ambitieuse, celle-ci pouvait se résumer en trois mots : conquête, pénétration, conservation. Et en un postulat :  éviter de se faire des passes.

Le jeu dans l'axe profond des anciens

Cornaqué alternativement par Donatien et Jean, le pack dominait de sa puissance les regroupements, choisissant d’affronter au ras son juvénile homologue. On put ainsi admirer les charges magnifiques de Jean-Ba dans le pur respect des traditions charentaises, celles de Hugues qui tel un phœnix enfin libéré de sa rotule éleva son niveau à celui qui fut le sien en 1988, de Henri, Hassan et l’ensemble des avants.

Malheureusement, un léger manque de cohésion, bien compréhensible, ainsi qu’une fraîcheur physique perfectible, empêchèrent le huit de devant de concrétiser sa domination aussi souvent qu’il l’aurait mérité.

Quelques en – avants, des ballons tombés ou subtilisés de manière fort contestable par leurs adversaires dans les rucks ont privé les anciens de la possibilité de convertir la demi-douzaine d’occasions très nettes  qu’ils se sont procurées.

Un jeune dûment instruit des enseignements des anciens

Au rayon des satisfactions, on notera également la belle activité de Jean-Christophe qui n’a pas perdu sa légendaire efficacité dans l’art de distribuer sous les mêlées et dans les regroupements quelques conseils manuels sur l’art de respecter les fondamentaux et l’esprit de ce sport.

A l’unisson de leurs avants, les trois-quarts conduits par Bénat qui réessaya pour l’occasion le fameux « up and under » rétro et Arnaud toujours virevoltant, ont offert à l’assistance une prestation de grande qualité, tout juste entachée de quelques fautes de main préjudiciables, il est vrai, à l’efficacité de l’équipe. On put admirer en particulier la belle activité de Tintin, Sam, Olivier, Nicolas et Dopy, dont les efforts ne furent malheureusement pas suffisamment récompensés.

Belle attitude des trois-quarts

En face, les jeunes ne purent, pour l’essentiel, opposer à cette somme de talents que la fraîcheur de leurs 20 ans, leurs jambes agiles et une vitesse d’exécution certes appréciable mais trop souvent desservie par des carences tactiques et techniques regrettables. Que de surnombres mal négociés ! Que de choix hasardeux, de retours intérieurs inutiles !

Des faux airs de Craig Joubert...

Les jeunes profitèrent également d’un arbitrage que certains jugeront quelque peu laxiste. Double Régis a beaucoup laissé jouer, ne sanctionnant pas toujours les fautes des juniors, provoquant l’ire justifiée d’une partie des tribunes abondamment garnies (14 entrées non payantes environ) desquelles partirent quelques cris de protestation contre certaines de ses décisions (« Espèce de Joubert ! » fut ainsi entendu à plusieurs reprises).

Si l’on excepte l’anecdotique  dizaine d’essais inscrits par les jeunes sur des ballons rendus par leurs adversaires (« on leur a offert le match » déclara le coach, lucide, à l’issue du match), les jeunes ne se montrèrent pas particulièrement dangereux et c’est un peu contre le cours du jeu qu’ils parvinrent à l’emporter.

Un très bel objet d'art

Sous le regard plein de mansuétude des anciens, les jeunes se virent alors remettre par les fondateurs du XV de l’IEP de Bordeaux un splendide trophée à côté duquel la coupe Webb-Ellis fait figure de vilain bibelot.

C’est évidemment par des accolades et des félicitations réciproques que se termina la rencontre, l’ensemble des participants entonnant une de ces chansons qui font le sel des troisièmes mi-temps. Celle-ci fut d’ailleurs promptement organisée dans un établissement de la périphérie bordelaise, avant de se poursuivre jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Indubitablement, la manifestation fut une réussite, qui appelle d’autres rencontres dans un avenir qu’on espère proche.

La traditionnelle haie d'honneur, mêlant jeunes et anciens

(crédits photos : Violaine Chénel)

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