Biarritz, USAP : c’est grave, docteur ?

Les journées se suivent et se ressemble pour l’USAP, qui vient de concéder à Lyon sa septième défaite de rang en Top14. Le choc psychologique était-il attendu après l’éviction de Jacques Delmas ? Ce n’est pas certain (on évoque d’autres motifs). Mais ce qui est sûr, c’est que Perpignan ne parvient absolument pas à redresser la barre. En défense comme en attaque, les joueurs de l’USAP manquent de la plus élémentaire efficacité. Tout juste pourront-ils se satisfaire d’avoir décroché le point du bonus défensif. Mais le chat n’est pas maigre, il est carrément étique. Le président Catalan Paul Goze ne s’y trompe d’ailleurs pas, qui parle maintenant d’éviter la relégation.

Quant à Biarritz, la victoire dans le derby basque de mardi dernier n’a pas produit le déclic qu’on imaginait, puisque le BO a calé face à un Montpellier très séduisant. On disait sur ce blog que le MHRC profitait pleinement du retour de ses internationaux, cela s’est encore vérifié cet après-midi. François Trin-Duc a été à son avantage, inscrivant notamment l’essai du bonus offensif pour sa formation qui, petit à petit, grignote les points et les places au classement. A Biarritz, il faudra sans doute beaucoup insister pour qu’un dirigeant (et le premier d’entre eux) lâche le mot de « crise ». Mais l’heure devient périlleuse. Comme l’USAP, le BO ne semble pas dans une dynamique de relèvement. Certains joueurs affichent clairement leurs limites, comme Jérôme Thion ou Sylvain Marconnet, dont le bagout ne suffit pas à compenser le déclin. Trop brouillon, trop inconstant, Biarritz réagit plus qu’il n’agit. Il va sans doute lui falloir lâcher la HCup pour se concentrer sur le Top14 et sauver ce qui peut l’être.

Si la situation est moins compromise pour le voisin Bayonnais, on ne peut pas dire que les ciel-et-blanc soient en position de jouer les fanfarons. Défaits à Agen, Yoann Huget et ses coéquipiers sont très loin de constituer l’épouvantail du Top14 que le recrutement de début de saison laissait entrevoir. A cet égard, on est inquiet pour Joe Rokocoko, déjà sorti du groupe…

Lorsque le championnat a démarré, les clubs de Lyon et de l’UBB apparaissaient comme les victimes désignées pour la relégation. Il semblerait que les choses ne soient plus tout à fait aussi claires aujourd’hui.

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Au(x) stade(s) des intentions

Le Stade Toulousain affiche ses ambitions face à Toulon (photo L’Equipe)

Les deux stades recevaient aujourd’hui. Et le Toulousain comme le Parisien l’ont emporté. Plutôt facilement, ou plus précisément sans être réellement inquiétés. Dans les deux cas, le score est sans appel : 33 à 12 pour Toulouse face à Toulon, 29 à 3 en faveur du Stade Français opposé à son rival Francilien du Racing métro.

Indéniablement, les deux rencontres figuraient au rang d’affiches incontestées de cette 12ème journée de Top14, même si le Biarritz – Montpellier de demain méritera d’être regardé. Au bilan, le match entre les deux équipes rouge-et-noir fut assez largement supérieur au derby parisien, dont la qualité du jeu fut assez médiocre. La faute à un temps exécrable sur la capitale, qui a sans doute empêché les deux équipes de développer un jeu ambitieux. On est donc resté, au stade de France, sur les fondamentaux : conquête et défi physique. A ce jeu, les hommes de Michael Cheika se sont montrés plus à l’aise que leurs rivaux, bousculés en agressivité puis incapable, en deuxième mi-temps, de scorer sur leurs possessions.

Le président Lorenzetti, dont Renvoi aux 22 évoquait ce matin les dernières provocations avant le derby, pourra toujours moquer (avec raison) le kitsch du cérémonial d’avant match qui vit un Johnny Halliday visiblement fatigué donner le coup d’envoi sur fond de moteurs de Harley Davidsons. Mais s’agissant du volet rugby de l’événement, il n’est visiblement pas en position, ce soir, de trop jouer les donneurs de leçon. Car la leçon, ce sont plutôt ses joueurs qui l’ont reçue. Le départ de Simon Mannix, entraîneur des lignes arrières, n’a rien changé à la situation de flottement dans laquelle se trouve actuellement le Racing. Il va lui falloir sérieusement resserrer les boulons si le club ne veut pas subir une deuxième désillusion après celle vécue en H Cup.

Côté Stade Français, la résurrection semble  enclenchée. Occupant provisoirement la 5ème place du classement après son succès du jour, le club Parisien peut désormais afficher des intentions résolument ambitieuses. Si le club de la capitale continue à progresser comme il le fait actuellement, dans le sillage de Pascal Papé et Dimitri Szarzewski, il pourra effectivement viser une qualification pour les quarts de la compétition.

Des intentions, il y en eut sur la pelouse du Stadium de Toulouse (une pelouse qui va devoir être bichonnée pour pouvoir être de nouveau praticable…), qui a vu l’équipe locale disposer facilement d’un Toulon dont le niveau collectif n’est toujours pas à la hauteur de celui des individualités qui le composent. Le Stade toulousain a largement dominé son sujet. Emmenés par un Louis Picamoles de gala, le pack Haut-et-garonnais a mis la main sur le ballon, un ballon exploité par une charnière internationale de haute tenue et des trois-quarts qui n’ont pas d’équivalent dans l’hexagone en terme de qualité offensive.

Le Stade toulousain hésite, paraît-il, entre HCup et Brennus, s’agissant de la compétition à privilégier. Au vu de son match du jour, les intentions du Stade semblent claires : conserver la mainmise sur le bouclier, cette année encore.

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La chanson de Jacky

A quelques heures du derby de l’Ile-de-France entre le Stade Français et le Racing Metro, Jacky Lorenzetti a remis une couche de fiel sur les relations déjà tendues entre les dirigeants des deux clubs. Se plaignant que les joueurs du Stade Français jouent cet après-midi revêtus de leur maillot rose et blanc – ce qui empêchera ceux du Racing d’arborer leur tunique traditionnelle ciel-et-blanc, le président Lorenzetti a déclaré sur l’antenne de RTL : « Nous allons jouer torse nu et en string », ajoutant qu’il respecterait ainsi la tradition du Stade Français.

Les échauffourées verbales font partie, c’est vrai, du folklore rugbystique. De surcroît, les derbys se prêtent volontiers à une rivalité plus ou moins mise en scène. On l’a vu la semaine dernière à l’occasion de la rencontre qui a opposée le Biarritz Olympique à l’Aviron Bayonnais. Et on a pu constater combien cette rivalité peut prendre des proportions ridicules et déboucher sur des incidents plus où moins sérieux.

En tout état de cause, le comportement du président Lorenzetti ne donne pas une image particulièrement reluisante du rugby hexagonal. Lui qui a souvent les mots « tradition » et « valeurs » à la bouche, devrait réfléchir un peu au sens de ces notions. Ses propos au micro de RTL revêtent en outre des reflets peu ragoûtants, en plus d’être assez faibles sur le plan de l’humour. Il est certain que n’ayant plus en face de lui Max Guazzini, assez prompt lui aussi à faire dans la provocation à semelles de plombs, le président du Racing cède sans doute à la tentation d’en rajouter. En face de lui, Thomas Savare, sans laisser totalement le champ libre à son homologue, comme en témoigne la récente conférence de presse d’avant derby, n’est visiblement pas du genre à surenchérir sur ce terrain.

Le grand Jacques Brel, qui a composé « La chanson de Jacky », fait dire audit Jacky

« Etre une heure, une heure seulement
Etre une heure, une heure quelquefois
Etre une heure, rien qu’une heure durant
Beau, beau, beau et con à la fois »

Le nôtre, de Jacky, a visiblement réussi au-delà des espérances de son homonyme. On lui conseillerait volontiers de prendre exemple sur les supporters du Racing, qui n’ont visiblement pas tout à fait la même approche de la rivalité sportive que leur président.

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Hongi

Le 12 décembre prochain sera décerné le Prix Sport Scriptum. Ce prix littéraire a été créé en 1996 par l’USJSF (Union Syndicale des Journalistes Sportifs Français) et la Fondation d’entreprise la Française des Jeux. Il récompense le meilleur livre de sport de l’année toutes catégories confondues (roman, essai, biographie, rétrospective historique).

En 2010, c’est le livre de Claire Reynaud La mort m’attendra, sur le destin tragique d’une star de football Zaïroise, qui a reçu le prix. L’année précédente, celui-ci a été décerné à l’excellent Match aller, de Julien Capron (voir la critique sur le blog Renvoi aux 22, ici).

Cette année, six ouvrages figurent sur la ligne de départ. Le rugby y est bien représenté puisque deux des concurrents sont consacrés à ce sport, ainsi que – en partie – le livre de Denis Lalanne, qu’on ne présente plus.

Renvoi aux 22 a chroniqué les représentants de l’ovalie que sont Rugbyland, de Richard Escot, et En même temps que la jeunesse, de Jean Harambat. Il vous propose de retrouver les deux critiques en question. Aujourd’hui, place au rugby du Pays du long nuage blanc.

 

Rugbyland, un livre sur le rugby de Nouvelle-Zélande, mais pas que.

Hongi, c’est le salut maori. Marque de respect et de confiance témoignée par celui qui le donne à celui qui le reçoit.

Ce respect et cette confiance, Richard Escot les a incontestablement obtenus de tous ceux qu’il a rencontrés pour nous livrer Rugby Land, son dernier ouvrage.

Un ouvrage qui traite de rugby, comme son titre nous l’indique. Mais qui va bien au-delà du sport.

Ce livre, fruit des voyages entrepris par l’auteur depuis 1989 au pays du long nuage blanc, offre de la Nouvelle-Zélande une vision paradoxale, celle d’un pays qui a fait du rugby une véritable religion, à laquelle communient quatre millions d’habitants, mais également celle d’une société fracturée, entre Maoris et « Pakeha », ces hommes blancs descendants des colons Britanniques qui ont dépossédés les premiers occupants de leurs terres, parfois sacrées. Malgré le temps et la reconnaissance officielle (et financière) des dommages causés par les colons à leurs aïeux, les Maoris restent, pour un certain nombre d’entre eux, des citoyens de second rang, vivant en marge de la société.

Cette société qui communie autour du jeu de rugby, Richard Escot nous la fait découvrir au gré de ses rencontres. Où l’on constate que les plus fortuites d’entre elles conduisent aux expériences humaines les plus fortes, comme celle vécue par l’auteur après avoir abordé, dans la salle d’attente d’un aéroport, un homme au visage tatoué, Waka Rangi Wahati.

La parution de ce livre à quelques jours du début de la Coupe du monde est l’occasion pour tous les amateurs de rugby d’aller au-delà des clichés habituels que les media nous proposent sur la Nouvelle-Zélande. Le pays des « hommes rugby » que nous présente Richard Escot est bien éloigné des pages sur papier glacé des magazines sportifs. On y touche du doigt les aspérités d’une société qu’un fragile ciment sportif unit par-dessus, malgré, pourrait-on écrire, les fractures sociétales.

Et s’il y est évidemment question de grandes figures de l’ovalie néo-zélandaise, de Wilson Whineray à Jonah Lomu, de quelques faits historiques ayant marqué la grande et la petite histoire du rugby local, ce très beau livre compte sans doute davantage encore pour la dimension spirituelle que l’auteur imprime à chacune de ses pages. Au-delà du constat documenté que ce livre dresse sur la société maori, c’est, même si le terme peut paraître très fort, le récit d’une forme de quête auquel l’ouvrage nous convie.

Avec humilité et talent, Richard Escot nous accompagne dans un voyage quasi-initiatique à la découverte des croyances maoris, de leur rapport à la vie, à la mort et aux Dieux. Un rapport évidemment symbolisé par le Haka, mais qui ne saurait, loin s’en faut, s’y résumer.

C’est, sans conteste, l’un des livres de rugby les plus singuliers qui aient été publiés depuis longtemps. L’un des plus réussis également.

Rugby Land, Editions Philippe Rey, 16€

 

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