Un autre monde

Une tendance actuelle, parmi les observateurs de la chose ovale, consiste à déplorer l’évolution du rugby professionnel qui emprunterait de plus en plus le chemin de son cousin du football. Valse des entraîneurs, rôle croissant des agents de joueurs, provocations verbales entre dirigeants sont autant de signes négatifs d’une « footballisation » du rugby.

Pour autant, un nouvel épisode dans la démesure du foot vient de rappeler assez opportunément que notre sport demeure – encore – bien loin de son rival dans un certain nombre de domaines. Ce matin, nous apprenons que David Beckham, qu’il n’est pas totalement impertinent de qualifier d’ex-star du ballon rond, vient de signer un contrat avec le Paris Saint-Germain pour une rémunération de 800 000€ par mois.

Cette somme astronomique, dont on peut légitimement contester le bien fondé au regard des performances actuelle du joueur, fait apparaître assez ridicule celle lâchée par le président de l’USAP, Paul Goze, pour la venue de Dan Carter, l’un des meilleurs joueurs de la planète ovale, il y a de cela quelques années. On se souvient qu’à l’époque, le montant avancé, environ 700 000€ pour six mois, avait fait des gorges chaudes. Au final, on se dit que le rugby reste bien raisonnable, au moins sur ce plan.

Impression confirmée lorsqu’on regarde les rémunérations moyennes des joueurs professionnels de Top14 et de ProD2 et qu’on les compare à celles versées à leurs homologues des Ligues 1 et 2. La dernière édition de Midi Olympique nous apprend que les salaires versés aux joueurs de l’élite s’élevaient en moyenne à 11 500€ net, quand le salaire net moyen d’un footballeur de ligue 1 est d’environ 40 000€. En deuxième division, un footballeur touche en moyenne 10 000€ et un rugbyman 3 800€.

Le rugby est donc assez loin de ce qui s’observe en football. Même si, du strict point de vue économique, le ballon ovale ne génère pas les mêmes revenus que le ballon rond, la professionnalisation des joueurs de rugby implique qu’ils se consacrent désormais quasi-exclusivement à leur sport, un sport exigeant physiquement, qui suscite des carrières assez courtes et des reconversions pas toujours évidentes. Les salaires actuels sont loin de garantir à ceux qui les perçoivent un « après-rugby » satisfaisant.

Cette situation est problématique, d’autant qu’on constate dans le même temps une recrudescence du chômage des joueurs de rugby.

Aussi, les chiffres astronomiques avancés lors des transferts de footballeurs paraissent plus qu’indécents. Ils sont injustes. On peut se bercer de belles paroles en se disant que nous n’avons pas les mêmes valeurs, que le football appartient à un autre monde et que c’est tant mieux. On peut également s’interroger sur la notion de « juste rémunération » et estimer qu’au regard des risques pris par les rugbymen, il ne serait pas scandaleux de prendre le football comme référence, même relative.

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Plaisir d’offrir, joie de recevoir

C’est entendu, la période est aux cadeaux. Mais on aurait préféré que les Toulousains jouent les pères fouettards avec les Harlequins plutôt que les pères Noël. On attendait des hommes de Guy Novès qu’ils valident par anticipation leur billet pour les quart-de-finale de la H Cup, mais ils ne sont malheureusement pas parvenus à prendre le meilleur sur un adversaire qui n’a pas galvaudé sa réputation du moment, à savoir celle d’une équipe redoutable et accrocheuse.

Une semaine après leur succès au Stoop stadium, les Toulousains ont-ils fait preuve de suffisance à l’égard des Harlequins ? C’est possible, même si on ne peut pas dire que les joueurs aient attaqué la rencontre la fleur au fusil, comme en témoignèrent notamment les trois premières mêlées qui virent le pack rouge-et-noir mettre au supplice son vis-à-vis, ou la prestation en touche de l’alignement haut-et-garonnais. Mais ce sont surtout certaines insuffisances qui privèrent les Toulousains des quatre points de la victoire.

Ainsi celles de leurs buteurs, et au premier chef Luke McAllister. Près de 15 points laissés en route, voilà qui fait beaucoup, d’autant que les Toulousains n’ont pas su non plus convertir en essais leur domination territoriale. A l’exception de la deuxième moitié de la première période, les Toulousains ont en effet mis la main sur le cuir sans parvenir à franchir plus de deux fois la ligne d’en-but adverse, alors que, dans le même temps, les Anglais ont su à trois reprises aller pointer en terre promise.

Rarement on vit équipe anglaise être aussi clairement à la limite de la régularité, pour ne pas dire au-delà, sur le terrain comme en dehors. Ainsi, à deux reprises, un soigneur puis un joueur ont sciemment empêché les Toulousains de jouer rapidement une touche. Le carton rouge infligé par M. Rolland au troisième ligne des Quins auteur du deuxième acte d’anti-jeu, est intervenu trop tardivement pour changer quoi que ce soit.

Mais le comportement discutable des hommes de Conor O’Shea n’explique pas seule la contreperformance toulousaine. Force est de constater que les attaquants rouge-et-noir n’ont pas su s’adapter à la défense anglaise, celle-ci coupant rapidement les extérieurs et gênant énormément les transmissions de balle.

Trop souvent isolé, le porteur du ballon n’a pas trouvé ses habituels soutiens. Et parallèlement, les Quins sont parvenus à bonifier plusieurs de leurs situations offensives, en particulier sur des récupérations de balle. Auteurs de trois essais, les Anglais ont bien failli revenir de leur déplacement au Stadium avec cinq points, ce qui aurait représenté une très mauvaise affaire pour Toulouse.

En accrochant le bonus défensif, le Stade a préservé l’essentiel. Mais il se prive d’une fin d’hiver tranquille. Il devra batailler jusqu’au bout pour décrocher sa qualification, et pourrait bien regretter les trois points lâchés hier, au moment où il faudra déterminer les équipes qui recevront pour les quarts.

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Deux victoires, please !

Alors qu’approchent à très grands pas les vacances de fin d’année, les rugbymen français ne vont pas franchement se reposer puisqu’ils disputeront des rencontres chaque week-end jusqu’au nouvel an.

Et si les les joutes de Noël et de la Saint-Sylvestre auront pour cadre le championnat domestiques, celles de ce week-end concerneront l’Europe. Les matchs ont d’ailleurs débuté hier avec le challenge Européen.

En ce qui concerne la « grande » coupe d’Europe, force est de constater que les clubs français vont devoir sérieusement en rabattre cette année, puisque sauf miracle, seuls Toulouse et Clermont ont encore leur destin entre les mains, alors que c’est déjà terminé pour le Racing, Montpellier et Castres et que les chances de Biarritz sont plus que compromises après sa défaite sur la pelouse de Trévise. Deux qualifiés possibles, contre quatre la saison passée, le chat n’est peut-être pas maigre, mais il a néanmoins subi une belle cure d’amincissement.

On se rassurera en se disant qu’après tout, il suffit d’une seule équipe pour remporter le titre, mais il serait néanmoins plus prudent d’avoir deux chevaux sur lesquels plutôt qu’un seul. Des pur-sang, plutôt, si l’on en juge par la qualité des prestations de Toulouse chez les Harlequins et de Clermont face à Leicester.

Mais dans cette course à handicap que constitue la H Cup, faire un joli match et le remporter n’offre strictement aucune garantie pour la suite. Aussi, il conviendrait assez que nos deux meilleures chances préservent leurs acquis en remportant leur confrontation respective.

Et il faut bien admettre que les choses paraissent plus simples pour le Stade toulousain que pour l’ASM Clermont Auvergne. D’abord parce que les joueurs du Capitole disputeront leur match à domicile. Ensuite parce qu’ils pourront globalement compter sur un effectif tout à fait susceptible de faire plier les Harlequins.

Côté Clermont, la défection de David Zirakashvili, blessé la semaine passée et celle, possible, de Lionel Faure, constituent de très mauvaises nouvelles quand on connaît la puissance du pack de Leicester, et tout particulièrement de sa première ligne. Le forfait du capitaine Aurélien Rougerie n’est pas non plus de nature à rassurer les supporters jaunards.

Même avec un effectif au complet, l’emporter sur la pelouse de Welford Road constituait un exploir. Avec un groupe amoindri, il faudra faire encore plus fort…

En comparaison, la rencontre à domicile du Stade Toulousain paraîtrait presque anodine. Mais ce serait bien mal connaître nos amis Anglais. D’autant qu’ils seront animés d’un sentiment de revanche. Vis-à-vis d’eux mêmes, si l’on en juge par les déclarations d’avant-match de Conor O’Shea qui estime que ses joueurs peuvent faire beaucoup mieux que ce qu’ils ont montré la semaine dernière. L’entraîneur des Quins a estimé que les Toulousains avaient infligé une leçon à son équipe. On sait que les Anglais ne sont pas du genre à ne pas les retenir.

En cas de succès, Toulousains comme Clermontois dégageraient considérablement leur route vers les quart-de-finale. Et une route dégagée, ce n’est pas un luxe inutile en période hivernale…

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Auckland – Paris à la rame

L’information a largement été diffusée dans les médias. Richie McCaw et trois de ses coéquipiers néo-zélandais sont actuellement en France. La venue du capitaine des All Blacks a quelque chose d’ironique quand on sait les mots très durs que celui-ci a tenu il y a quelques jours à l’occasion d’un interview donné dans son pays.

Il revenait, à cette occasion, sur la finale de la Coupe du monde, critiquant la violence des joueurs Français, violence engendrée selon lui par la « peur ». Des propos peu amènes et étonnamment sévères de la part d’un joueur dont on peut aussi discuter le comportement en match. On se rappellera notamment de son coup de genou infligé à Morgan Parra lors de la finale. Quant à ses plongeons dans les rucks et le camp adverses, ils sont devenus objet de plaisanterie sur toute la planète ovale.

Bref, on pouvait parler de provocation de la part du capitaine néo-zélandais. Mais le capitaine est aussi un bon soldat. Celui de sa fédération, mais aussi de son principal sponsor Adidas. Et c’est donc dans le cadre d’une tournée promotionnelle mondiale que Richie McCaw a posé ses valises sur le sol Français.

Evidemment, il a été interrogé sur sa dernière sortie médiatique. Et ses réponses lui ont donné l’occasion de démontrer qu’il était presque aussi à l’aise devant un micro que sur le côté d’un regroupement. Il a donc pu « nuancer » ses propos tenus devant les médias de Nouvelle-Zélande, affirmant que ces derniers les avaient déformés. Cette tactique traditionnelle n’apparaît pas particulièrement convaincante, même si deux mois de pratique de la presse du Pays au long nuage blanc nous ont appris à être méfiant à l’égard de son sens de l’éthique journalistique.

Le mieux aurait sans doute été, pour Richie McCaw, de ne pas revenir lourdement sur des évènements qui, finalement, n’ont pas changé le destin de son équipe.

Cela lui aurait évité de pratiquer le délicat exercice consistant à ramer pour se justifier.

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