Match de la peur à Aimé-Giral

Ça sonne comme un thriller, et c’en est un, finalement. Un thriller sportif qui contient les ingrédients nécessaires pour tenir le spectateur en haleine.

Ce soir, au stade Aimé-Giral de Perpignan, l’USAP recevra le Biarritz Olympique. Deux clubs historiques du Top14, deux champions de France récents (USAP 2009, BO 2006), deux ténors de l’ovalie hexagonale, qui, cette année, se battent pour se maintenir dans l’élite.

On a déjà beaucoup parlé de l’effet négatif de la Coupe du Monde 2011 sur les résultats de ces deux clubs, pourvoyeurs d’internationaux. Un tiers du Top 14 qui se déroule sans les joueurs majeurs de la compétition, voilà une incongruité qui n’appartient qu’au rugby de France, et qui conduit aujourd’hui Perpignan et Biarritz au bord du gouffre.

Un gouffre qui ne sera pas artificiellement comblé par l’instauration d’un Top16 dès l’année prochaine, qui aurait sauvé les clubs classés aux deux dernières place du classement 2011-2012. C’est une excellente nouvelle sur le plan de l’éthique sportive. Même si le BO ou l’USAP pourraient estimer que celle-ci a été largement mise à mal par les doublons « coupe du monde », leur effectif même privé d’internationaux reste, au moins sur le papier, largement compétitif. Et un sauvetage induit par le changement de formule du championnat aurait constitué un déni de justice autrement plus grave pour l’image de marque de ce sport.

Ce soir, donc, l’USAP, 12ème, reçoit le BO, 13ème. Deux points séparent les deux formations, étant précisé que la lanterne rouge, Lyon, n’en compte qu’un seul de retard sur Biarritz avec, de surcroît, un match en moins. Il suffit d’ajouter à ce noir tableau qu’il ne restera, après la rencontre de ce soir, que huit journées à disputer, pour formuler le fameux adage : « malheur au vaincu ».

Le BO se présentera sans Dimitri Yachvilli, blessé. Un coup dur pour le club Basque, tant on sait combien sa « Yachvillo-dépendance » est forte. Mais en face, les Catalans font grise mine, avec les défections de Julien Porical et, surtout, de James Hook, l’ouvreur Gallois. A noter également que Maxime Mermoz débutera sur le banc.

On peut s’attendre à un match essentiellement physique et du combat devant. Le BO laisse sur le banc Fabien Barcella et Raphael Lakafia, sans qu’on soit certain qu’il s’agisse d’un choix tactique ou d’une décision guidée par l’état de forme perfectible des deux internationaux.

Pour les envolées de trois-quart, il faudra sans doute repasser une autre fois. Si l’USAP aura la faveur du pronostic au bénéfice du terrain, il lui faudra essayer de mettre de la constance dans ses efforts pour ne pas subir un revers qui aurait tout d’une catastrophe, d’autant que le dernier tiers de son calendrier n’est pas forcément très facile. Le BO quant à lui pourrait, en cas de succès, nourrir de sérieux espoirs puisqu’il recevra 5 fois sur les 8 dernières journées.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/match-de-la-peur-a-aime-giral/

Pendant les travaux de reprogrammation, la boutique du XV de France reste ouverte

Le match France-Irlande sera donc rejoué le 4 mars prochain, à 16h, au Stade de France. Ainsi en a décidé le comité d’organisation du Tournoi des 6 nations. Un comité qui porte bien mal son nom, à en juger par la légèreté avec laquelle il a géré ce ce dossier.

Il n’y avait pas pléthore de dates disponibles pour reprogrammer la rencontre. Le week-end prochain semblait inadéquat pour cause de match au Stade de France le samedi, entre le Stade Français et Toulon. Quant à disputer la partie après le 12 mars (dernière date du Tournoi), il semble bien que cette option n’ait pas été examinée bien longtemps. La FFR et la LNR auraient préféré que le comité des 6 nations envisage une date beaucoup plus lointaine, en début de saison prochaine. Mais il ne fallait pas rêver, les clubs Français et leurs instances nationales n’avaient pas l’ombre d’une chance d’influer de la sorte sur le choix des organisateurs.

Voilà donc le Top14 nanti d’un nouveau doublon. Pas de chance pour des clubs comme Biarritz, l’USAP ou Montpellier qui disputeront des matchs à enjeu sans leurs internationaux. Ils pourront toujours fustiger l’inconséquence des instances internationales qui se fichent bien de l’équité sportive du championnat domestique.

Au passage, voilà la preuve apportée par le comité des 6 nations lui-même qu’il est possible d’organiser la compétition sur une période plus courte que le créneau actuellement utilisé. Une démonstration frisant l’ironie, puisque l’instance européenne s’oppose à ce raccourcissement demandé par les clubs. Ubu sur ovalie…

En attendant que ce match en retard soit disputé, il y aura donc un déplacement en Ecosse, beaucoup plus compliqué que ne le laisseraient penser les derniers résultats du XV du Chardon. Celui-ci a retrouvé du piquant, et Murrayfield se défendra chèrement, comme on le vit face à l’Angleterre. L’efficacité défensive du XV de France aura quelques occasions de briller face à des attaquants écossais manquant sans doute de densité physique (encore que) mais compensant cette lacune relative par une explosivité et une vitesse remarquables.

Pour affronter les hommes d’Andy Robinson, Philippe Saint-André a fort logiquement reconduit l’équipe alignée samedi dernier. Dimitri Yachivilli étant encore blessé, Julien Dupuy reste donc dans le groupe aux côtés de Morgan Parra qui conserve sa place de titulaire derrière la mêlée.

Comme toujours, la composition de l’équipe ne sera confirmée qu’après la prochaine journée de Top14, qui pourrait compter son lot d’internationaux sur le carreau.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/pendant-les-travaux-de-reprogrammation-la-boutique-du-xv-de-france-reste-ouverte/

Cons gelés

On s’était bien préparé, multipliant les couches de vêtement et doublant les paires de gants. Et après avoir vu le match Clermont-Racing, disputé l’après-midi dans des conditions climatiques pour le moins difficiles, on se disait que le jeu pourrait être au rendez-vous, malgré tout.

Le Stade de France gelé, à quelques minutes de l’annonce de l’annulation du match

Et puis, à quelques minutes du coup d’envoi, la rumeur a commencé à se répandre dans les travées du Stade de France. Pas d’information de la part du speaker, mais des SMS ou des coups de fil reçu de téléspectateurs mis au courant de la situation par les commentateurs télé. Le retard pris par les joueurs pour entrer sur la pelouse inquiétait évidemment un peu, mais après tout l’arbitre de la rencontre, Dave Pearson, avait déclaré le terrain praticable deux heures plus tôt. Et on n’avait jamais vu un match du Tournoi annulé pour cause de terrain gelé.

Las. Vers 21h05, le speaker entrait finalement sur le pré, accompagné de Christine Connolly, représentante du comité des 6 Nations, pour annoncer l’annulation de  la rencontre. L’incrédulité de l’assistance a vite laissé place aux sifflets de 78 000 spectateurs en colère.

On peut comprendre que l’arbitre ait voulu éviter aux joueurs de risquer la blessure pour cause de terrain trop dur. Ce qui est moins compréhensible, c’est qu’on n’ait pas eu la présence d’esprit, alors que la vague de froid dure depuis 15 jours, de faire plus tôt dans la semaine le test du débâchage nocturne pour s’assurer que la pelouse ne regèlerait pas trop rapidement. Au passage, on appréciera l’absence, dans un stade pourtant récent, de dispositif de chauffage enterré qui évite ce genre de déconvenue.

Mais le plus pénible est de constater la manière dont les spectateurs, cochons de payant (pour la plupart…), ont été pris pour des imbéciles. Il y a plusieurs jours, le diffuseur avait proposé d’avancer le match dans l’après-midi. Ce à quoi le président Camou a rétorqué que les spectateurs « de Navarre » s’étaient organisés pour arriver à Paris en fonction de l’horaire nocturne du match. C’est oublier qu’un grand nombre des personnes présentes au Stade de France venaient d’Irlande, que beaucoup d’autres avaient pris prétexte de cette rencontre pour passer quelques jours à la capitale. Et qu’en annonçant cette modification d’horaire suffisamment précocement dans la semaine, on permettait à tous les autres de s’arranger.

Moyennant quoi le match sera reporté. La semaine prochaine ou le week-end des 3 et 4 mars. Dans les deux cas, de nombreux spectateurs présents hier soir ne pourront l’être à cette occasion. Le résultat sera donc identique. Chacun se renvoie la balle, sur le ton de « c’est pas moi c’est l’autre ». Et au milieu de cet aréopage d’inconséquents, restent les supporters des XV de France et d’Irlande, qui auraient bien aimé qu’on ne les prenne pas pour des cons. Gelés, qui plus est.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/cons-geles/

Aux valeurs !!

Les valeurs. En cette période pré-électorale, le mot a fleurit dans les journaux. La notion est, en politique comme en rugby, un produit qu’on place en tête de gondole pour appâter le chaland. Un produit qui n’est d’ailleurs ni de droite ni de gauche, puisque chaque candidat se réclame d’un certain nombre de ces fameuses « valeurs », censée guidées sa démarche.

Si le mot est surtout de circonstance au plan politique, il est, pour les amoureux du ballon ovale, une constante de ce sport. Ce qui le structure, pour parler pompeusement.

Quelles sont ces fameuses « valeurs » ?

La solidarité, le fair-play, le respect de la règle, de l’adversaire, de l’arbitre. L’humilité également. Ce qui compte, c’est d’abord l’équipe. Mais aussi le courage et le dépassement de soi, pour ne pas dire le don de soi. On se bat sur le terrain pour les copains. Un petit côté militaire, qui sied à ce sport né dans les Public school anglaises, fournisseuses par ailleurs des cadres de l’armée britannique.

Ces valeurs ne sont, au fond, pas vraiment différentes de celles censées irriguer la pratique sportive. Ce qui les rend si particulières au rugby réside peut-être dans le fait qu’elles sont mises en avant encore aujourd’hui, et, surtout, qu’elles apparaissent presque comme étant plus importantes que le jeu lui-même, y compris chez ceux qui le pratiquent. Comme le disait Jean-Pierre Rives, quand on retire le ballon, il reste le plus important : les hommes.

L’attachement quasi-viscéral à la pérennité de ces valeurs irrigue les comportements et les discours. Et pourtant, les entorses aux « valeurs » sont nombreuses. Les joueurs qui discutent les décisions de l’arbitre, qui demandent que leur entraîneur soit viré, les dirigeants qui ne tiennent pas leurs promesses, qui débarquent leurs coachs aux premiers mauvais résultats, les insultes racistes prononcées dans les travées des stades et les bagarres collectives en tribune, voilà quelques exemples de comportements en contradiction flagrante avec l’éthique ovale.

Une éthique en toc ? On peut se le demander quand on regarde un peu en arrière et qu’on constate que les travers mis en avant aujourd’hui existaient déjà dès l’origine de ce sport. Les violences sur le pré et à ses alentours, les effets pervers de l’argent, les quolibets peu reluisants et autres mesures vexatoires à l’égard d’un électron un peu trop libre n’ont pas attendu la professionnalisation du rugby de ces quinze dernières années.

C’est là toute la beauté d’un paradoxe qui n’est, au final, qu’apparent. Les valeurs du rugby n’ont jamais été totalement respectées et, pour autant, elles ne survivent que parce qu’elles sont régulièrement bousculées. Mises à l’épreuve, elles résistent.

Le seul fait qu’un Mourad Boudjellal les invoque pour sa défense (en retournant l’argument contre ceux qui l’accusent de ne pas les respecter) démontre, s’il en était besoin, que le temps de leur disparition n’est pas encore arrivé.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/aux-valeurs/