Fusions : le Limousin va (peut-être) ouvrir le bal

On évoquait il y a peu, sur ce blog, la fusion entre Bayonne et Biarritz pour indiquer qu’elle n’avait pas beaucoup de partisans. C’est d’ailleurs le propre des fusions de clubs que de générer un enthousiasme pour le moins mitigé parmi les supporters concernés.

C’est pourtant ce qui pourrait bien arriver en Limousin, où les deux clubs phares de la région, Brive et Limoges, ont fait part d’un projet visant à réunir leur sections professionnelles. Une forme de leadership reviendrait au CABCL, qui évolue actuellement en Top14 et accueillerait l’essentiel des rencontres disputés par la nouvelle entité sportive. Cette fusion conduirait donc à la création de la première « province » de rugby.

Il ne s’agit pas d’une première dans le rugby pro, puisqu’un précédent est intervenu avec le LT65, club issu de la fusion de Lannemezan et Tarbes. De surcroît, la nouvelle entité Limousine ne perturberait pas le paysage ovale professionnel dès lors que l’un des deux clubs fusionnés ne faisait pas partie de l’élite.

Pour autant, si ce projet se concrétisait, il constituerait indéniablement une évolution pour un sport qui doit faire face à une crise de croissance. Ce sont très certainement des motifs économiques qui ont poussé Brive et Limoges à unir leurs forces et profiter de manière plus efficiente du potentiel de la région en termes de recettes.

Le déséquilibre relatif qui existe au plan sportif entre Brive et Limoges – favorable au premier – peut venir compenser la différence de taille démographique et de poids économique entre les deux villes.

Même si, dans d’autres sports, la preuve a été apporté de la nécessité, sinon l’intérêt, d’une telle mesure, on peut se montrer réservé sur son impact. En particulier parce qu’elle intervient dans un sport où l’esprit de clocher, l’attachement très fort au maillot, le poids des traditions sont particulièrement vifs. Le sentiment de voir son identité « diluée » dans un ensemble sans âme est souvent mis en avant pour expliquer le refus d’une fusion. C’est d’ailleurs ce motif qui avait poussé les clubs de Lourdes et de Bagnères de rejoindre le projet Tarbais. Et c’est finalement pour cette même raison que Lannemezan a fini par mettre fin à l’aventure du LT65.

Ensuite, il faut avoir à l’esprit que près de 90 Km séparent les deux villes. Pas facile de créer des synergies quand les trajets prennent une heure pour se rendre de Limoges à Brive.

Ce projet sera donc examiné à la loupe par tous les acteurs de l’ovalie hexagonale, qui pourront y trouver – peut-être – quelques enseignements non négligeables pour nourrir la réflexion sur l’évolution du rugby professionnel en France. On pense bien sûr à l’actuel président de la FFR qui ne fait pas mystère de ses positions en la matière.

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Mouradié ?

Le président Boudjellal une nouvelle fois sur la sellette (photo Panoramic)

Auteur d’une nouvelle provocation verbale, le président du Rugby Club Toulonnais pourrait faire l’objet d’une sanction assez lourde la part de la Ligue nationale de rugby. On parle d’une peine allant de 60 jours de suspension à une radiation pure et simple.

Mourad Boudjellal est coutumier des affirmations à l’emporte-pièce. C’est, en quelque sorte, sa marque de fabrique. Il n’est pas rare que les médias  se fassent pas l’écho d’une sortie du président du RCT, sur l’adversaire (et ses présumés accointances avec le pouvoir sportif ou son comportement sur le terrain) comme sur sa propre équipe (lorsque celle-ci ne se montre pas à la hauteur de ses attentes). Cette fois, c’est l’arbitre de la rencontre ayant opposé Clermont à Toulon dimanche dernier qui en prend pour son grade.

Pour regretter un arbitrage selon lui partial, Mourad Boudjellal a employé des mots pour le moins orduriers, bien loin de ceux, célèbres, prêtant au directeur de la rencontre de rugby les mêmes propriétés que le vent et la pluie.

Même si les propos « limites » du président du RCT font partie du paysage (à tel point que plus personne ou presque ne s’en offusque), les derniers en date devraient valoir à leur auteur les foudres de la LNR. Sa dénonciation du niveau d’arbitrage du Top14 a pris des formes beaucoup trop outrancières pour qu’on lui fasse le moindre cadeau.

A l’instar de Sébastien Chabal, qui avait été puni de 30 jours de suspension pour avoir formulé le même type de critique de manière beaucoup moins virulente, Mourad Boudjellal pourrait « prendre cher » compte tenu, notamment, de sa notoriété.

Une radiation paraît peu envisageable, précisément du fait de l’importance de cet acteur sur la scène rugbystique nationale. Mais une sanction assez lourde ne serait pas étonnante, alors que la LNR doit faire face à un regain d’indiscipline et de violence sur le terrain (les bagarres générales…se généralisent sur les terrains du Top14).

Reste que les critiques du président du RCT à l’égard des arbitres et de leur niveau en France ne sont pas dénuées de fondement (si on ose employer ce terme…) ou dû moins soulèvent la question des progrès que doit faire l’arbitrage, trop souvent sujet à caution et à critique. Il serait bon que la Ligue comme la fédération essaient de trouver des solutions ou, du moins, réfléchissent à des pistes pour en renforcer la qualité et rendre les directeurs de jeu moins vulnérables face aux exigences auxquelles il sont désormais confrontées.

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Une animosité amicale

4,769 Km. C’est très exactement la distance qui sépare les stades Jean-Dauger et d’Aguiléra. Mais à écouter les joueurs et les supporters de l’Aviron Bayonnais et du Biarritz Olympique, c’est un fossé bien plus large qui divise les deux clubs.

4,769 km, c’est aussi le titre du documentaire réalisé par Ellande Ithurbide, Jean-Philippe Viel et Gorka Robles Aranguiz et qui est sorti fin 2011 en DVD. Un DVD qu’on peut se procurer dans les magasins des deux clubs, certains magasins de sport et grandes surface du Pays Basque, mais également sur Internet. En 55 minutes, les auteurs présentent la légendaire rivalité qui anime deux équipes phares du rugby français et leurs supporters, autour de quelques épisodes d’une histoire partagée. On y découvre des visages connus, d’autres moins, et des récits qui ne sont pas seulement anecdotiques. Les témoignages réunis par les documentaristes nous permettent de mieux cerner non pas les raisons de cette rivalité (les connait-on, d’ailleurs ?) mais comment celle-ci s’exprime autour des rencontres sportives qui rythment les saisons.

Évidemment, il y est question de quelques marrons distribués au gré des matchs (Francis Haget rappelant en particulier l’étendue de son savoir-faire…), de filouteries (un certain Serge Blanco s’illustrant ainsi à l’occasion d’un quart-de-finale du championnat), et de joutes rudes et passionnées. La notion de derby prend ici un sens d’une ampleur rarement égalée dans l’ovalie hexagonale. Une ampleur qui ne doit pas occulter, néanmoins, le grand respect mutuel entre tous ceux qui se sont affrontés sur le pré pour la suprématie du rugby basque. Cette « animosité amicale » dont parle Jacques Rollet, successivement talonneur de Bayonne et de Biarritz dans les années 60.

Le dernier chapitre du documentaire est consacré à l’épineuse question de la fusion, ce « serpent de mer » comme la définit l’un des protagonistes. Derrière le refus très marqué d’une fusion pure et simple, affirmé par les uns et les autres, on voit cependant poindre l’idée que l’évolution du rugby professionnel risque de laisser les deux clubs sur le carreau. Et c’est plutôt d’une association dans une entité basque spécifique que l’on veut bien parler – prudemment. A cet égard, les auteurs laissent le dernier mot à Pierre Camou, qui profite de cette occasion pour nous resservir l’un de ses thèmes de prédilection, celui des provinces ou franchises, ces entités supra-clubs qui disputeraient la Coupe d’Europe.

« 4,769 km » se garde bien de trancher sur ce thème. Mais l’intérêt du documentaire est ailleurs. Il offre un regard certes passionné, mais également fraternel sur ce sport dans lequel les rivalités les plus fortes construisent paradoxalement une culture commune à ceux qui les vivent.

4,769 km, un DVD Comedia production et Gorka Robles-Aranguiz

23€

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Du coeur, des poings et – un peu – de rugby

La 15ème journée du Top 14 n’est pas encore tout à fait terminée puisqu’un baisser de rideau est prévu demain soir avec un Clermont – Toulon qui donne assez envie de se priver du film de TF1…

En attendant, on a pu constater combien la conjonction d’un temps hivernal et des ambitions restrictives des coachs de l’élite pouvaient contribuer à proposer des matchs oscillant entre le terne et le franchement rébarbatif. Sommet (ou plutôt abyme) atteint vendredi avec un Agen – Biarritz assez laid. Ajoutons à cela la pression du résultat (en particulier lorsque l’équipe joue le maintien) et on obtient un Top14 « revival », les marrons et autres horions offrant au spectateur de quoi amoindrir son ennui et lutter contre le refroidissement sur son siège.

Quelques rencontres ont néanmoins eu une saveur particulière, comme celle qui opposait l’Aviron Bayonnais à l’Union Bordeaux-Bègles. La partie nous a offert plusieurs phases de jeu intéressantes, même si elles furent entachées de fautes de main ou de défaut de soutien. Bagarres et expulsions furent également au rendez-vous. Mais il y avait quelque chose de touchant et d’entraînant dans la façon dont les Girondins ont illustré sur le terrain leur solidarité avec l’un de leur coach, Laurent Armand. Ce dernier lutte contre la mort depuis un AVC survenu en début de semaine. Il peut être fier de ses joueurs, qui ont montré du cœur, de la solidarité et de l’envie face à des Bayonnais encore une fois à côté de leur sujet. L’UBB souffre sans doute d’un manque de profondeur de son banc et d’un défaut de variété dans son jeu. Mais cette équipe est bien partie pour se maintenir. A cet égard, son match en retard contre le LOU vaudra de l’or.

Un LOU qui, comme la plupart des clubs qui les ont rencontrés, a subi la loi de Toulousains toujours impressionnants. Un score sans appel (51-10) qui relègue les Lyonnais à la dernière place du classement, une position que lui a abandonné sans regret un BO ragaillardi par sa victoire à Agen (la première depuis 1997). La loi des vases communicants paraît s’appliquer aux Basques, puisque les Biarrots relèvent la tête quand celle des Bayonnais s’enfonce sous l’eau. Brive vient également se mêler à la lutte pour le maintien après sa défaite à domicile (la 5ème de la saison…) contre un Montpellier qui arbore de plus en plus des airs de candidat aux barrages. Enfin l’USAP surnage dans le peloton de queue, à l’issue d’une rencontre tout juste éclairée par le génie (osons le mot) de l’Argentin du Racing Juan Imhoff. Un Racing qui repart avec les deux points du match nul. Pas si mal, après tout, puisque ce résultat lui permet de s’accrocher à la 6ème place du classement.

Un dernier mot enfin du Stade Français qui n’en finit pas d’aller de l’avant. Sa large victoire face à Castres, assortie de 6 essais et du bonus offensif, lui ouvre un peu plus la voie vers les barrages. La prestation de Pascal Papé conforte l’évidence de sa sélection pour le prochain tournoi. Celle de Julien Dupuy va alimenter les interrogations sur son absence de la liste dévoilée par Philippe Saint-André.

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