Logique du moment respectée

Les deux matchs du Tournoi qui se déroulaient aujourd’hui se sont terminés sur des résultats attendus. Mais autant l’issue du premier de l’après-midi entre l’Irlande et l’Italie ne faisait guère de doute, autant celui du second, qui opposait l’Angleterre au Pays de Galles, ne relevait pas de l’évidence absolue. Car on ne gagne jamais facilement à Twickenham (sauf, éventuellement, quand on s’appelle « All Blacks »). Et ce constat s’est une nouvelle fois vérifié.

Les diables rouges venaient dans le temple du rugby avec un solide appétit et quelques certitudes sur la qualité de leur rugby, alors que leurs adversaires du jour, bien que victorieux deux fois dans ce Tournoi, en Ecosse et en Italie, ne pouvaient pas vraiment faire valoir le même état d’esprit, tant leur projet de jeu semble encore très largement en construction. Mais le rugby reste un sport de combat. Et ça, les Anglais connaissent. Ils n’ont pas proposé du flamboyant mais plutôt du rugueux. Avec le relatif laisser-faire de Monsieur Walsh, l’arbitre Néo-Zélandais de la rencontre, les locaux ont bataillé dans chaque ruck pour ralentir les ballons, ont dressé des barbelés devant la ligne d’attaque galloise et ont par intermittence privé les hommes de Warren Gatland des munitions nécessaires pour s’exprimer.

Si, globalement, le XV du poireau a dominé, utilisant notamment son Goliath d’ailier, George North pour créer des brèches au cœur de la défense anglaise, il n’a que rarement trouvé la clé du coffre-fort. Et alors qu’on semblait se diriger vers un match nul, après que Lloyd Williams eut gâché une grosse occasion en bout de ligne, le même s’est racheté de sa bévue en prenant le ballon des mains de Courtney Lawes (un symbole plutôt sympathique pour le coup…) et en allant aplatir dans l’en-but l’essai de la victoire. Un dernier sursaut anglais a bien failli aboutir à une égalisation à la sirène. Mais l’arbitre n’a pas permis à Toby Flood de tenter la transformation en coin, en n’accordant pas – logiquement – l’essai à David Strettle.

 Avec ce succès 19-12, le Pays de Galles remporte la Triple Couronne et, surtout, se prépare à disputer sa finale pour le Grand Chelem face à la France le 17 mars prochain. Sans faire injure à nos amis Italiens, la rencontre à Cardiff entre Gallois et Transalpins devrait revêtir les apparences d’un entrainement en conditions réelles.

De son côté, le XV de la Rose, à fort accent Boers, se cherche encore. Mais ce soir, Stuart Lancaster, le sélectionneur Anglais, a peut être trouvé quelques réponses malgré la défaite. En particulier à l’ouverture, où le jeune Owen Farrell a démontré de belles qualités à ce poste. Mais il reste visiblement un gros travail au staff pour que cette équipe exprime son potentiel. Elle est, aujourd’hui, trop limitée offensivement.

En attendant d’affronter Anglais et Gallois, le XV de France devra se colleter avec un XV du Chardon fringant, bien qu’encore fanny dans ce tournoi. Puis recevoir (enfin !) des Irlandais qui, sans convaincre, ont néanmoins dominé les Italiens 42-10 à l’Aviva stadium de Dublin. La première mi-temps de Paul O’Connell et ses camarade fut poussive. La seconde bien meilleure, malgré des imperfections dans le jeu qu’on ne lui connaissait pas il y a encore un an. Cette équipe est largement à la portée de nos bleus, mais il faudra évidemment respecter les fondamentaux de la conquête et, surtout, être discipliné pour ne pas laisser la botte de Sexton s’exprimer. Mais de tout cela, nous aurons l’occasion de reparler.

En attendant, force est de constater qu’aujourd’hui, la logique du moment a été respectée. On aimerait évidemment que cette tendance se confirme demain, du côté de Murrayfield.

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Le complot des poissons morts

Il avait dit qu’il ne commettrait pas de livre et n’a pas tenu parole.

Marc Lièvremont vient de publier un ouvrage, co-écrit avec Pierre Ballester, intitulé « Cadrages et débordements », qui narre ses quatre années passées à la tête de l’équipe de France et évoque sa carrière de joueur et d’entraîneur.

On notera que l’intégralité des bénéfices de ce livre seront reversés à la fondation « Mouvement pour les villages d’enfants », auprès de laquelle Marc Lièvremont est impliqué. Ce geste témoigne de l’état d’esprit de l’ex-sélectionneur, qui n’a pas signé l’ouvrage pour se faire de l’argent à bon compte. Son objet est visiblement ailleurs.

Se justifier et régler quelques comptes. Voilà sans doute les deux mots qui résument le mieux l’esprit général d’une grande partie de ce livre, même s’il serait réducteur de n’y voir que cela.

On ne s’appesantira pas sur le style et l’écriture qui empruntent le ton habituel de ce genre d’ouvrage dit « de témoignage », même si on sent poindre la personnalité de Marc Lièvremont au détour d’une phrase ou d’une expression. On est certes loin d’invoquer le Prix Nobel de littérature, mais il n’y pas non plus de quoi crier au scandale. De ce point de vue, sa lecture est bien plus plaisante qu’un certain nombre de pensums pondus à la va-vite par d’anciennes (ou actuelles) gloires du sport.

Contrairement à beaucoup d’ouvrages de même nature, ce livre n’est pas construit de manière linéaire, puisqu’il débute par la Coupe du monde 2011, que Marc Lièvremont nous décrit à travers son prisme très personnel, avant de s’intéresser (rapidement) au parcours du sélectionneur depuis sa prise de fonction jusqu’à la veille du départ pour Auckland. Suit un chapitre évoquant sa carrière nationale et internationale et un épilogue portant un regard global sur le rugby d’aujourd’hui.

Il va de soi que la Coupe du Monde se taille la part du lion dans l’ouvrage et c’est sans doute la partie qui intéressera le plus tous ceux qui ont découvert l’homme pendant cette courte mais ô combien intense partie de son mandat.

On reste partagé, à la lecture des deux chapitres consacrés à l’évènement, entre plusieurs sentiments contradictoires. Il y a d’abord la nostalgie et le plaisir mêlée de tristesse que l’on ressent en partageant l’intimité du groupe tout au long des bons et moins bons moments de la compétition. Et le frisson nous prend lorsqu’on accompagne les joueurs et leur staff au sommet du Mount Eden à quelques heures de la finale et qu’ils se regroupent pour chanter une Marseillaise vibrante, où lorsque Marc Lièvremont évoque son retour à Paris et les témoignages d’estimes apportés à lui et ses joueurs par la foule des supporters anonymes.

Mais à ce sentiment se substitue régulièrement celui d’un certain malaise devant plusieurs passages dans lesquels Marc Lièvremont nous dévoile des situations ou des propos tenus par lui ou d’autres, qu’on aurait volontiers ignorés. Il y a, de loin en loin, une certaine impudeur à narrer ce qui aurait pu, aurait dû rester la propriété exclusive du XV de France et de son encadrement. Ainsi en est-il de la charge lourde et réitérée à l’égard de François Trinh-Duc, ou de la relation de coups de gueule du sélectionneur vis-à-vis de William Servat ou Maxime Médard.

Une grande partie de l’ouvrage conduit le lecteur à osciller entre compréhension devant les épreuves traversées, respect pour la droiture de l’homme et ses convictions affirmées et circonspection (pour ne pas dire plus) devant la rigidité psychologique du personnage et les propos très durs, pour ne pas dire haineux, qu’il tient à l’endroit des journalistes qu’il qualifie de « poissons morts » au détour d’une page.

Ces journalistes, en particulier ceux de Midi Olympique (affublé par l’auteur du sobriquet de « médicament » en raison du diminutif habituel du journal « midol ») en prennent pour leur grade et rien ne leur est épargné. Marc Lièvremont leur reproche de mentir, de donner des leçons, de ne pas avoir de passion pour le rugby. On a presque le sentiment que, dans l’esprit de l’auteur, les journalistes ont été l’un des principaux obstacles dressés devant sa route. Pas un mot, ou presque, sur les clubs, la fédération, et les difficultés rencontrées par le sélectionneur pour réunir ses joueurs et les préparer. Marc Lièvremont se défend d’être paranoïaque mais, malgré tout, ce mot affleure l’esprit à la lecture de son témoignage.

L’auteur cherche aussi, on en jurerait, à justifier son projet de jeu et répondre à ceux qui ont insinué qu’il n’en avait pas ou qu’il était réduit à quelques schémas simplistes. Pour cela, Marc Lièvremont dévoile une partie de ces fameux schémas, en insistant sur leur complexité, au risque de perdre le lecteur.

Les chapitres consacrés au parcours du sélectionneur jusqu’à la Coupe du monde confirme ce sentiment. Ceux qui évoque le joueur et l’entraîneurs et qui expose sa vision du rugby contemporain sont plus convenus. Mais également plus intéressants en ce qu’ils dévoilent davantage la personnalité de l’homme et soulignent ses traits de caractères les plus attachants.

On ressort de la lecture de ce livre avec la conviction que le bonhomme vaut mieux que le « clown triste » évoqué par Serge Blanco, mais également avec le sentiment que Marc Lièvremont n’était peut-être pas fait pour le poste de sélectionneur.

Cadrages et débordements

Edition La Martinière, 18€

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Quand Serge Blanco prend ses détracteurs à contre-pied…

S’il est bien un président de club qui concentre sur lui les rancœurs et les accusations diverses et variées, c’est bien Serge Blanco. Son caractère indépendant et affirmé, son comportement qui frise parfois une certaine arrogance (au moins de façade), ses anciennes fonctions de président de la Ligue nationale de rugby, voilà autant de motifs suscitant de la part de certains supporters des soupçons de favoritisme à l’égard du Biarritz Olympique ou des clubs les mieux lotis du rugby professionnel.

Pourtant, en l’espace de quelques semaines, Serge Blanco a démontré à ses détracteurs qu’il n’était pas le Méphistophélès qu’on décrit si souvent. Evidemment, le milieu du rugby n’est pas le monde merveilleux des Bisounours et les valeurs de l’ovalie ont souvent été malmenées par les pardessus de tout poil. Et il faut être un politique chevronné (avec tout ce que cela implique de rouerie) pour y mener sa barque, en particulier lorsqu’elle doit vous conduire au sommet de l’organigramme.

De ce point de vue, pas de doute, Serge Blanco est un fin politique. Mais deux exemples sont venus très largement nuancer le tableau assez sombre qui le dépeint habituellement.

Le débat sur la mise en place d’un Top16

Alors que plusieurs voix, dont celle de Paul Goze, le président de Perpignan, réclament la mise en place d’un Top16 dès cette saison, Serge Blanco a clairement affirmé son opposition à ce projet. Un projet qui, s’il était mis en oeuvre, sauverait la mise du BO en lui permettant de demeurer dans l’élite, alors qu’il est actuellement en grande difficulté dans le championnat. Evidemment, un resserrement de la première division, qui a plutôt la faveur du président Biarrot, favoriserait les clubs ayant l’effectif le plus riche et disputant régulièrement la HCup. Mais qui peut dire que le BO aurait certainement sa place dans un championnat à 12 clubs si celui-ci venait à voir le jour l’an prochain ou dans deux ou trois ans ?

En faisant le choix de cette formule, Serge Blanco n’a pas choisi la facilité, c’est le moins qu’on puisse dire.

La confiance maintenue dans le staff du BO

Nul ne sait ce qu’il adviendra du Biarritz Olympique au soir de la 26ème journée de la phase régulière de Top14. A l’heure où ces lignes sont écrites, le BO a plutôt un pied en ProD2 qu’en barrage. Malgré tout,  le staff du club est toujours là, quand d’autres dirigeants ont débarqué le leur dès les premiers remous.

Il n’est évidemment pas certain que Patrice Lagisquet et Jack Issaac ne seront pas limogés en cas d’insuccès prolongé. Et Serge Blanco a sans doute estimé que les statistiques des clubs ayant procédé ainsi ne sont pas nécessairement plus favorables. Mais on ne peut nier que la méthode est loin d’être celle qu’on prête habituellement aux tenants de la professionnalisation à outrance, étiquette généralement accolé au président Biarrot.

Serge Blanco a toujours été doué dans l’art du contre-pied. Pour le coup, il vient de démontrer à deux reprises qu’il n’avait rien perdu de son talent en la matière.

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Vers un playdown à 7

Au terme de la 18ème journée, il est permis d’y voir plus clair sur l’état des forces en présence dans ce Top14. Même s’il reste des matches en retard à jouer, ce qui perturbe quelque peu la lisibilité du classement, on voit assez nettement se dessiner deux championnats, chacun composés de 7 équipes. Dans la première moitié du tableau, Toulouse mène tranquillement sa barque qui devrait le mener vers les demi-finales. Des demies auxquelles il serait étonnant de ne pas voir participer Clermont, même si le champion 2010 a un peu de mal à suivre le rythme du tenant du titre. On ne voit guère que la HCup pour éventuellement perturber la marche des deux clubs.

Cet après midi, sans jouer son meilleur rugby, Toulouse a battu des Agenais qui semblaient plus motivés que leur adversaire. Mais la motivation seule ne suffit pas. Et sans être époustouflant, le Stade a assuré sa victoire avec un doublé d’Yves Donguy, qui confirme au passage qu’il est plus qu’une doublure de luxe dans le riche effectif Haut-Garonnais. Quant à Clermont, il aurait dû l’emporter à Bayonne avec un peu plus de maitrise. L’Aviron, malgré une indiscipline défensive condamnable et un manque de réussite au pied, est parvenu à arracher un match nul méritoire, qui lui maintient la tête (un peu) hors de l’eau.

Derrière Toulouse et Clermont, la meute des poursuivants reste au contact. Castres en l’emportant à Brive et Montpellier à Bordeaux-Bègles, consolident leur présence dans les places de barragistes. Quant à Toulon, son match pas si nul au Stade de France contre le Stade Français lui donne une petite marge d’avance sur ses adversaires directs. Et s’il sera difficile de combler les 9 points de retard que compte le RCT sur Clermont, les hommes de Bernard Laporte devraient être en bonne place au rendez-vous des barrages. Un rendez-vous auquel le Stade Français aimerait bien s’inviter, lui qui occupe actuellement la dernière place qualificative, devant le frère ennemi du Racing Metro, victorieux à Lyon.

On présentait le match au Stade de France entre Paris et Toulon comme la meilleure affiche de cette 18ème journée. Celle-ci n’a pas tenu toutes ses promesses. Une première mi-temps très pauvre, une deuxième plus enthousiasmante, voilà résumée en quelques mots la rencontre. Une rencontre marquée par la blessure de Jonny Wilkinson, qui devrait être absent entre 6 et 8 semaines. Un coup dur pour le RCT, même si Matt Giteau a montré combien il y avait du génie en lui. Le stade français regrettera sans doute de n’avoir pas su conserver le résultat acquis grâce notamment à un essai de l’inévitable Pascal Papé.

Le Racing métro ferme la marche de ce championnat « playoffs », lui qui occupe la 7ème place du classement après sa victoire sur le LOU. Avec un point de retard sur le Stade Français et 7 (!) sur Montpellier, le Racing tente de faire bonne figure dans une période difficile. Pierre Berbizier a reçu le soutien de son président, mais il sait qu’il n’a pas droit à l’erreur. En cas de non qualification pour les barrage, le coach fera sa valise. Et même s’il qualifiait son club pour la suite de la compétition, il n’est pas du tout certain qu’on lui laisse la possibilité de rempiler l’an prochain.

Cette 18ème journée a surtout permis de dégager les concurrents des « playdowns ». Lyon et Biarritz occupent les deux places de relégables, mais sept équipes se tiennent en 13 points. Elles seront les protagonistes du championnat pour le maintien. Brive et Bayonne apparaissent les plus vulnérables avec les deux précités. Le LOU, avec un match en moins, et le BO, avec un calendrier relativement favorable, ne seront pas forcément les condamnés au soir de la 26ème journée. Bien que victorieux, l’USAP n’apparait pas si fringant qu’il puisse désormais se reposer sur la moindre certitude. Quant à Bordeaux-Bègles, il reste la moins en danger des 7 équipes, mais n’est pas à l’abri d’une mauvaise passe. Au risque d’être sanctionné, Vincent Etcheto, l’un des coach de l’UBB, a accusé l’arbitrage de n’être pas impartial à l’égard de son club. On regrettera que le fair-play proverbial de l’encadrement Bordelo-Béglais ait cédé à la tentation de voir dans l’arbitrage la cause de ses problèmes du moment.

Le report du match France-Irlande ne sera pas sans conséquence pour les clubs puisqu’un doublon supplémentaire sera programmé le week-end des 2 et 3 mars. De quoi compliquer un peu plus la tâche des clubs qui luttent pour ne pas descendre. Comme chaque année, le Top14 est au moins aussi intéressant pour sa deuxième moitié de tableau que pour celle qui intéresse la course au Brennus. Pourvu que cela dure…

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