Echec et malt

On a coutume de présenter le rugby comme un jeu d’échecs qui se jouerait en courant avec un ballon. Et s’il fallait commenter le match du XV de France face à l’Écosse à cette aune, on pourrait avancer que l’équipe de Fabien Galthié a multiplié les motifs de s’incliner sans coup férir : pertes de pièces maîtresses avant ou au début de la rencontre, un comportement de « fou » qui lui vaut de passer cinquante minutes en infériorité numérique, une défense trop lisible et insuffisamment agressive. Et pour emprunter à un autre jeu de plateau, des attaques trop sporadiques pour espérer aller à dame plus de deux fois et enlever la mise.

En face, les Ecossais loin d’être redevenus des foudres de guerre après leur Mondial totalement raté, ont exécuté très efficacement ce qu’ils savent faire : être pénibles dans les regroupements, provoquer les Français et, dans une ambiance propice à se transcender, profiter des erreurs adverses pour inscrire des points.

On pressentait que ce match serait le vrai test pour ce XV de France, davantage encore que celui de Cardiff. Car il s’agissait pour les Tricolores de confirmer leurs belles dispositions collectives et poursuivre leur dynamique victorieuse face à un adversaire réputé moins fort que les équipes vaincues jusque là. Et force est de constater que les Français ont raté le test en question.

Il ne faudrait pas (trop) accabler Mohamed Haouas, qui a cédé à la tentation de coller une droite à un Ecossais accouru de vingt mètres pour lui mettre la main dans la figure. Le Montpelliérain a certes perdu ses nerfs et commis l’irréparable, récoltant un carton rouge mérité et laissant ses partenaires se débrouiller à 14 durant une mi-temps complète. Mais il ne saurait malgré tout être tenu pour seul responsable de la défaite. Et même si la tentation est forte, on n’incriminera pas outre mesure l’arbitre de la rencontre, dont on regrettera cependant qu’il ne fusse pas plus inspiré quant aux fautes écossaises dans le rucks.

Les joueurs français sont passés à travers leur match, c’est entendu, et ont ainsi perdu une magnifique occasion de marquer les esprits en plus des points au classement de la compétition. En échec face aux Ecossais, ils ont affichés leurs limites mais, c’est paradoxal et encourageant, ont alimenté les espoirs. Car malgré le score en sa défaveur, ce résultat n’invalide pas les progrès accomplis par ce groupe. Bien plutôt, il souligne ce qu’il reste encore à travailler : la constance, la lucidité et la discipline.

La déception est grande pour les Tricolores et leurs supporters de ne pas décrocher une finale pour le Grand Chelem. Le « malt » est fait, et il est amer. Mais il faut désormais se remobiliser pour remporter le Tournoi devant l’Irlande, ce qui serait déjà une performance remarquable après des années passées à terminer, au mieux, troisième de la compétition.

Une victoire finale sanctionnerait des progrès indéniables, que l’échec écossais ne saurait remettre en cause. Elle permettrait à Fabien Galthié de poursuivre la construction d’une équipe qui a montré trop de belles choses jusque là pour qu’on ne place pas en elles de beaux espoirs. Malgré tout.

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Conserver l’état d’esprit !

Jusque-là tout va bien. On ne parle pas de ce fichu virus qui attaque les organismes aussi bien que les esprits, au point de décider du report d’Irlande-Italie, mais de la série de matchs victorieux du XV de France qui laisse entrevoir la possibilité d’une victoire dans le Tournoi voire, osons le dire, un Grand Chelem dix ans après le dernier remporté par les Tricolores.

Mais pour espérer l’une et, a fortiori, ambitionner l’autre, il faudra gagner en Ecosse. Et il n’est jamais facile de repartir d’Edimbourg avec le scalp de ceux qui ne rêvent que d’une chose au moment de fouler la pelouse de Murrayfield : faire subir à leur adversaire le même sort que celui que réserva Robert le Bruce au roi Edouard II du côté de Bannockburn il y a quelques siècles. Bref, elle a beau n’avoir plus le même éclat qu’il y vingt ou trente ans, la petite fleur d’Ecosse n’en conserve pas moins ses piquants…

Pour autant, le XV de France qui se présentera dimanche face aux hommes de Greg Townsend possède des atouts qui devraient logiquement lui permettre d’enlever la décision : une défense conquérante, une mêlée retrouvée, une touche qui semble avoir trouvé les bons réglages, et une attaque plutôt efficace à en juger les statistiques dans ce domaine. Emmené par une charnière en or, le XV de France n’est plus le coq sans tête capable de trente minutes flamboyantes avant de s’écrouler lamentablement, mais s’est transformé en un prédateur à sang froid, plus du tout disposé à laisser sa proie s’échapper une fois prise dans sa nasse défensive.

La clé d’un quatrième succès de rang est bien là : dans la capacité de l’équipe de France à conserver intacte durant la totalité de la rencontre sa faculté de gérer ses temps forts et ses temps faibles, sa résilience et sa solidarité défensive et sa réussite offensive. Pour résumer, il lui faudra préserver l’état d’esprit irréprochable dont elle a fait preuve depuis le début du Tournoi.

A cet égard, ce n’est certainement pas par hasard que le staff a fait le choix de laisser Gaël Fickou sur l’aile et garder au centre Arthur Vincent, épatant il y a deux semaines. Alors que le premier est un élément central du dispositif défensif tricolore, le second s’est rendu sinon indispensable, du moins sacrément utile à son poste. Quant à Teddy Thomas, seul titulaire des trois premières rencontres à laisser sa place en l’absence de pépin physique, il cède sa place à Damian Penaud, payant peut-être justement un investissement moins irréprochable que celui de ses coéquipiers.

Dimanche, le XV de France passera un nouveau test, celui de la constance. Il ne sera pas forcément plus simple que l’épreuve de Cardiff. Mais si l’état d’esprit demeure, on peut être sûr qu’il le passera haut la main.

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Poésie en Ovalie

Chaque année, depuis plus de vingt ans, est organisé le printemps des poètes. Cette manifestation qui se déroule à partir du mois de mars voit fleurir sur l’ensemble du territoire de nombreuses initiatives ayant pour point commun la promotion de la poésie, cet art sensible et délicat trop souvent délaissé par nos sociétés si peu contemplatives. Le printemps de poètes est l’occasion pour tout un chacun de découvrir que la poésie peut s’épanouir en tout lieu, dès lors qu’on prend le temps de s’y adonner.

Le rugby ne fait pas exception.

C’est ce credo que défend l’école de rugby de Peyrehorade, club dont l’amour du beau jeu et l’implication dans la formation des jeunes rugbymen est célèbre en ovalie. Avec le soutien de l’association culturelle « L’Atelier du mot », implantée dans le sud des Landes, le Peyrehorade Sport Rugby Pays d’Orthe a organisé des ateliers d’écriture pour les 8-12 ans du club. Animé par Didier Lacaule et des éducateurs du club, ces ateliers ont permis à ces jeunes rugbymen d’exprimer par la poésie leur amour du ballon ovale et faire partager ce « supplément d’âme » que ce sport peut apporter à ceux qui le pratiquent.

Quinze de ces poèmes seront rassemblés avec quinze autres choisis par les enfants dans deux ouvrages, Les enfants en poésie (Gallimard Jeunesse) et Mille ans de poésie (Editions Milan), pour former un recueil inédit : Ovalie rime avec poésie.

Ceux qui le souhaitent pourront se rendre au Club house du Peyrehorade sports le mardi 17 mars à 19 heures pour assister à la remise de l’ouvrage aux enfants et éducateurs du club ainsi qu’à la lecture de leurs poèmes et de ceux de Mathias Atayi, rugbyman amoureux de poésie*, passé par le CA Brive et Massy, aujourd’hui responsable de l’école de rugby de Limoges.

Renvoi aux 22 est heureux de relayer cette belle initiative, et de vous donner un avant-goût du talent de ces jeunes qui ne s’exprime pas seulement avec un ballon.

* Mathias Atayi a publié Envolées fugaces, aux éditions Euphorie Chimérique

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Un bon Romain…une belle histoire ?

Auteur d’une performance très convaincante face au Pays de Galles, Romain Ntamack a suscité l’enthousiasme des observateurs de tous bords, y compris de l’autre côté de la Manche. Son animation offensive, sa solidité en défense, son jeu au pied précis et efficace, sa sérénité dans la « cocotte-minute » du Principality stadium ont ravi ses supporters comme les journalistes français.

Les commentateurs britanniques et celtes n’ont pas été en reste, louant un ouvreur qu’ils ne pensaient peut-être pas trouver un jour dans les rangs français, plus proche de leur archétype que du modèle tricolore habituel (schématiquement : peu porté sur les coups de pieds ou la défense et plus sensible aux aléas du jeu et à la pression que son cousin anglo-saxon).

Romain Ntamack est un drôle de gaillard. Son physique, pas franchement imposant, et son allure qui semble comme détachée des événements lui donnent des allures de Pierrot. Mais, au vu de ses prestations, il est davantage Gourmand que Lunaire. Son appétit de victoire se matérialise dans ses prises d’intervalles tranchantes, ses passes au cordeau et ses chandelles millimétrées. Et surtout, se concrétise dans les résultats obtenus avec le XV de France dans ce Tournoi 2020.

Même s’il dispose d’une belle marge de progression, Romain Ntamack, qui n’a que vingt ans, a donné de sérieux gages pour l’avenir. A tel point qu’on se prend à rêver d’une charnière Dupont – Ntamack rivalisant de longévité avec, par exemple, celle formée près de 60 fois par Conor Murray et Jonathan Sexton au sein du XV Irlandais.

Ntamack n’est pourtant pas le seul ouvreur susceptible d’occuper le poste en équipe de France. Son compère de l’UBB, Matthieu Jalibert, est un concurrent très sérieux et démontre chaque semaine avec son club qu’il est bien davantage qu’une doublure pour le Toulousain. Pour l’instant, la concurrence entre les deux joueurs paraît saine et plutôt positive puisqu’elle pousse Ntamack à hausser son niveau de jeu et Jalibert à ne rien lâcher à l’entrainement à Marcoussis, tout en assurant au XV de France de disposer de deux ouvreurs très talentueux.

La question se pose néanmoins du sort réservé par son club à Romain Ntamack, où son positionnement à l’ouverture est loin d’être habituel, le Stade toulousain le faisant davantage jouer au centre. D’évidence, cela ne l’empêche pas de réaliser de belles performance en sélection. Néanmoins, il lui serait certainement profitable d’aligner les matchs de haut niveau à ce poste plutôt qu’à celui de premier centre, d’autant que Fabien Galthié ne semble pas considérer une paire Jalibert en dix – Ntamack en 12 comme une véritable option. Cette situation, si elle devait perdurer, peut-elle remettre en cause son statut de numéro un dans la hiérarchie des ouvreurs tricolores ? Seul le sélectionneur et son staff pourraient répondre à cette interrogation. En attendant, le digne fils d’Emile Ntamack a sans conteste l’étoffe pour vivre une belle et durable histoire avec l’équipe de France, confirmant que, décidément, bon sang ne saurait mentir.

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