Avr 04

Tu seras un bon Arbitre, mon fils (d’après Kipling)

Alors que la tendance actuelle est à « l’arbitre-bashing », Renvoi aux 22 souhaitait rendre un petit hommage à ceux qu’on aime souvent accuser de tous les maux mais sans lesquels les matchs de rugby ne sauraient se dérouler dans le respect des règles éminemment compliquées de ce sport.

Voici donc un petit poème librement inspiré du chef-d’oeuvre de Rudyard Kipling « If » (traduit par « Tu seras un homme, mon fils »).

Si tu peux siffler des pénalités à l’envie
Et voir les joueurs, sans dire un seul mot, à dix mètres partir,
Ou faire perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans provoquer un geste et sans un soupir,
Si tu peux garder ton calme quand tout s’embrase autour  ;
Si tu peux être fort sans te laisser surprendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant siffler sans t’en défendre ;

Si tu peux supporter de voir décisions et paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,
Sans mentir toi-même d’un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester simple en expliquant les lois
Et si tu peux aimer tous les joueurs en frères,
Bien qu’aucun d’eux ne soit doux pour toi ;

Si tu sais pénaliser, chaque faute reconnaître,
Sans jamais devenir inique ou réducteur
Siffler, sans laisser ton sifflet être ton maître,
Tancer, sans n’être qu’un censeur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront ;
Alors présidents et entraîneurs, même privés de victoire
Cesseront à tout jamais d’invoquer l’injustice
Et, ce qui vaut mieux qu’un article à ta gloire,

Tu seras un bon Arbitre, mon fils.

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Avr 01

Toulon : des bâtons pour se faire battre

Gagner au Munster est un plaisir rare, que seules quelques équipes ont connu en Coupe d’Europe. Hier, en quart-de-finale de Champions Cup, le RC Toulon a bien failli y goûter, mais le délicat fumet de la victoire s’est envolé à quelques minutes de la fin de la rencontre. Si l’on s’en tient à l’action décisive de la 75ème minutes, la faute en revient à l’imprécision de son ouvreur, François Trinh-Duc, incapable de trouver une touche depuis ses vingt-deux mètres, et à l’ailier Josua Tuisova, dont le placement défensif hasardeux a ouvert un boulevard à l’ailier irlandais Andrew Conway, slalomeur de talent au milieux des piquets varois.

Mais au regard de l’ensemble de la rencontre, le RCT a donné beaucoup de bâtons pour se faire battre par le Munster. Il a collectionné les imprécisions, en touche notamment, s’est entêté à pratiquer des mauls, un des rares secteurs du jeu où le Munster, bousculé une bonne partie du match, conservait sa supériorité, et donné des points à son adversaire sur des pénalités qu’un peu plus de lucidité aurait permis d’éviter.

De surcroît, le club varois a vérifié à ses dépens une règle d’or du rugby : quel que soit le niveau auquel il évolue, un joueur connaissant parfaitement les règles jouira d’un avantage certain sur son adversaire. Il faut souhaiter à Éric Escande qu’il retienne cette leçon infligée par son vis-à-vis Conor Murray.

Au bilan, Toulon a encaissé deux essais qu’il aurait largement pu éviter pour se qualifier logiquement. Oui, logiquement, car ce RCT là semblait hier revenu au niveau auquel on l’avait connu il y a quelques saisons, puissant et dominateur, au point d’infliger à son rival un premier quart d’heure étouffant comme rarement Thomond Park en avait connu. A son détriment, s’entend.

Les critiques sont nombreuses à s’être abattues sur l’arbitre de la rencontre. Nigel Owens, qui ne jouit pas d’une réputation très flatteuse auprès des Français, est un bouc émissaire fort pratique pour passer ses nerfs ou éviter de se poser trop de questions sur sa propre performance. Le président du RCT l’a bien compris qui s’est empressé de faire peser plus ou moins subtilement sur le Gallois la responsabilité de la défaite de son club. Après ses sorties hasardeuses sur son staff, et avant une fin de saison où Toulon a une belle carte à jouer, ses critiques sur l’arbitrage permettent de détourner l’attention, de laisser ses joueurs dans un état d’esprit revanchard et d’entretenir le début de dynamique entrevu ces dernières semaines. Le Brennus est peut-être à ce prix.

Que Monsieur Owens n’ait pas été dans son meilleur jour, c’est possible. Qu’il n’ait pas été aidé par son TMO, c’est certain. Nul doute qu’accorder un essai de pénalité à Toulon et donner un carton jaune à Simon Zebo dans les premières minutes aurait changé la physionomie de la rencontre. Mais il faudrait également revenir sur l’essai de Chris Ashton entaché d’un en-avant de passe préalable. D’une manière générale, Nigel Owens a été cohérent. Face à une équipe comme le Munster, c’est déjà beaucoup…

Au final, Toulon repart avec des regrets mais sans doute également de belles certitudes. A condition qu’il s’emploie à ne plus offrir de bâtons à son adversaire, on voit mal le club varois viser autre chose qu’un titre en Top14.

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Mar 30

Keith Murdoch s’est définitivement éclipsé

Keith Murdoch, un joueur à part, même sur les photos de son équipes (en haut, à l’extrême gauche).

C’est un personnage controversé du rugby international qui vient de disparaître à l’âge de 74 ans. Keith Murdoch, All Black n°686, laissera son nom dans l’histoire de ce sport pour un épisode assez incroyable survenu non pas sur la pelouse mais qui débuta dans un bar gallois, un soir de tournée il y a un peu moins d’un demi-siècle.

Le 2 décembre 1972, les All Blacks viennent de l’emporter chichement sur le XV de Galles (19-16). Keith Murdoch, a inscrit l’essai de la victoire. Asocial, irascible, Murdoch est l’un des piliers les plus féroces de sa génération, comme le rugby néo-zélandais en produit avec une belle régularité. Un avant dur au mal, mutique, préférant souvent laisser parler ses poings.

Au soir de la victoire à Cardiff, la troisième-mi temps se prolonge. Keith Murdoch voudrait la poursuivre au bar de l’Angel Hôtel, mais celui-ci est fermé. Un agent de sécurité s’interpose et reçoit un horion qui le met K-O. Cette altercation aurait pu en rester là, avec les excuses du fautif pour un incident somme toute assez banal. Mais l’opinion publique, alertée par la presse, réclame un punition exemplaire à Ernie Todd, le manager de l’équipe.

Celui-ci prend alors la décision d’exclure Murdoch de la tournée. Le pilier prend l’avion pour retourner au pays. Mais ce solitaire, dont on dit que sa timidité est proportionnelle à son incroyable puissance physique, redoute la myriade de journalistes qui l’attendent sur le tarmac d’Auckland. Aussi profite-t-il de l’escale à Singapour pour filer vers l’Australie.

Arrivé sur l’île-continent, Murdoch se perd dans l’Outback, où il restera jusqu’à aujourd’hui. Les tentatives de plusieurs médias pour obtenir sa version de l’histoire sont restées infructueuses, Murdoch s’obstinant à refuser toute interview, parfois au prix d’intimidations que le taciturne pilier n’hésitaient pas à pratiquer pour préserver son anonymat…et le mystère de son existence.

On entendra encore parler de lui à l’occasion d’un meurtre survenu près de chez lui, pour lequel il sera entendu comme témoin. Les mauvaises langues n’auront bien sûr pas manqué de trouver troublants certains détails de son emploi du temps au moment des faits.

Histoire sans doute de noircir un peu plus la légende de ce All Black qui restera à part dans l’histoire du rugby néo-zélandais comme il l’était sur les photos de l’équipe avec laquelle il disputa les derniers matchs de sa carrière, et qui, ce 30 mars, s’est définitivement éclipsé.

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Mar 26

Procrastination

Ce dimanche était célébrée la journée mondiale de la procrastination. Bien que tenté de publier un billet sur le sujet dès hier, Renvoi aux 22 a préféré le remettre au lendemain. Car c’est précisément l’objet de la procrastination, cette tendance à repousser à plus tard l’exécution d’une action.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette tendance très largement répandue dans le rugby français. Ainsi, hier, l’ASM Clermont-Auvergne s’est particulièrement distinguée en décidant de remettre à une date ultérieure sa rencontre face au RC Toulon, laissant son hôte varois disputer seul la partie pour l’emporter 49-0.

Au-delà de l’illustration auvergnate en forme de clin d’œil, on est frappé par la tendance lourde du rugby hexagonal à repousser aux Calendes grecques les mesures nécessaires à la résolution de ses problèmes. Qu’il s’agisse de la médiocrité du XV de France, de la santé vacillante des joueurs ou de l’organisation du haut-niveau amateur – pour ne citer que ces exemples, les dirigeants de tout poil partagent la même propension à l’inaction, en pensant certainement que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes.

Soyons lucides, la procrastination n’est pas l’apanage du seul ballon ovale ni même du sport tricolore. L’homme politique Henri Queuille (un radical, c’est tout dire) ne déclara-t-il pas « Il n’est pas de problème si complexe qu’une absence de solution ne finisse par résoudre » ? Plus qu’un mal sportif, la procrastination serait donc un mal français.

Le francophone et francophile Oscar Wilde écrivit dans Le portrait de Dorian Gray : « Je ne remets jamais au lendemain ce que je peux faire le surlendemain. » Bien qu’issu du cerveau fertile d’un écrivain peu suspect d’aimer le rugby, cet aphorisme semble taillé sur mesure pour les dirigeants du ballon ovale.

Sans verser dans le pessimisme, force est de constater qu’il existe trop d’intérêts divergents, trop d’égoïsmes petits et grands, et un courage est une vertu trop peu répandue dans les mentalités pour espérer sinon le grand soir, au moins des évolutions positives à court ou moyen terme pour le rugby français.

Et à la différence de Monsieur Queuille, on ne voit pas bien comment l’absence de solution pourrait conduire à la résolution de ses problèmes.

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