XV de France : aujourd’hui, c’est déjà demain

Dans un peu plus d’une semaine, Bernard Laporte et Claude Atcher se verront officiellement passer le flambeau de l’organisation de la Coupe du monde 2023. Certains commentateurs n’ont pas attendu ce moment pour imaginer ce que pourrait être l’équipe de France qui disputera la dixième édition de la compétition avec pour ambition de parvenir enfin à la remporter.

Faut-il considérer qu’il est trop tôt pour arrêter la composition d’un groupe, quatre ans avant son premier match ? Après tout, d’ici le coup de d’envoi de la prochaine Coupe du monde, des jeunes pointeront le bout de leurs crampons, des talents vont écloront qui postuleront certainement à une place dans l’effectif.

Pourtant, l’urgence est là et un certain nombre de facteurs militent pour que Fabien Galthié et son staff dessinent très rapidement les contours du XV de France 2023.

En premier lieu, il faut rappeler que malgré les efforts consentis par les clubs pour mettre leurs internationaux à disposition de l’équipe nationale, les plages « utiles » des rassemblements, celles pendant lesquelles les Bleus travailleront leur plan de jeu et leurs repères collectifs, resteront limitées au regard de la somme de travail à accomplir pour parvenir à un résultat probant.

Ensuite, le nombre de rencontres internationales séparant le XV de France de son premier match de la Coupe du monde 2023 n’est que d’une quarantaine. C’est finalement assez peu pour se frotter à la concurrence et parfaire les nécessaires automatismes, en particulier à la charnière ou en troisième-ligne.

Enfin, le sélectionneur tricolore ne peut pas s’appuyer comme ses collègues irlandais, gallois ou néo-zélandais, sur un lien de subordination avec les clubs qui lui permettrait de faire correspondre le jeu pratiquer en club avec celui qu’il préconise en sélection, et encore moins décider des entraînements, plages de repos ou positionnement dans l’équipe qui conviendrait à tel ou tel joueur au regards des impératifs du XV de France. Pour sinon pallier cette carence, du moins en atténuer les effets, il serait souhaitable que Fabien Galthié puisse limiter ses choix, leur donner une stabilité de nature à favoriser un suivi apaisé avec les clubs concernés.

A cet égard, il est intéressant de regarder la composition du XV d’Angleterre sur le point d’affronter la Nouvelle-Zélande en demi-finale de la Coupe du Monde. Et si l’équipe d’Eddie Jones ne gagne pas demain, elle n’en demeure pas moins la plus susceptible de le faire depuis 2003.

Sur les vingt-trois joueurs alignés sur la feuille de match, seize disputaient déjà le Tournoi 2016, dont huit (!) au poste qu’ils occuperont face aux All Blacks. Quant aux sept autres, à l’exception de l’étonnant Willi Heinz, appelé de dernière minutes, ils ont débuté en équipe nationale à l’occasion des tournée d’hiver 2016 ou d’été 2017.

Si « comparaison n’est pas raison », il apparait clairement que l’une des clés du succès d’Eddie Jones réside dans l’expérience et la stabilité de son effectif depuis quatre ans.

Alors certes, il n’est pas souhaitable de fermer le groupe dès maintenant. Mais il apparait impératif d’identifier très rapidement les éléments clés sur lesquels bâtir une équipe susceptible d’être véritablement compétitive en 2023. En d’autres termes, pour le XV de France, aujourd’hui, c’est déjà demain.

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On peut toujours rêver

C’est toujours la même histoire. La Coupe du monde vient se terminer prématurément pour le XV de France, et, comme d’habitude, les interrogations fleurissent un peu partout dans l’ovalie hexagonale : va-t-on un jour se donner les moyens de remporter un trophée qui nous fuit depuis sa création ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que la prochaine édition sera organisée en France. Après la déconvenue de 2007, il serait de bon ton, en particulier au regard des prétentions du rugby tricolores et de ses dirigeants – que ce soit du côté de la fédération ou de celui des clubs professionnels, que le capitaine du XV de France soulève la coupe William-Webb-Ellis en novembre 2023.

La défaite en trompe-l’œil face aux Gallois ressemble malheureusement beaucoup à celle de 2011, en finale celle-là, le petit point de différence au score conduisant à occulter tous les facteurs qui, mis bout à bout, pouvaient expliquer l’incapacité tricolore à décrocher la timbale. On espère vraiment, sans trop y croire, que cette fois les velléités de changement ne resteront pas lettre morte.

Car il serait illusoire de penser qu’en comptant sur quelques mois de préparation avant la compétition et la génération « montante » d’internationaux, on parviendra à remporter une coupe du monde.

S’agissant des Bleuets champions du monde en 2018 et 2019, ils témoignent de la qualité de la formation française et de sa capacité à « sortir » de jeunes joueurs susceptibles d’endosser un jour le maillot de la « grande » équipe de France. Cependant, il faut souligner l’énorme fossé qui sépare les compétitions U20 du très haut niveau international « sénior », tant sur le plan de l’intensité que des exigences techniques. Pour y parvenir, les jeunes doivent s’aguerrir et cela passe par les clubs professionnels. Or ces derniers, s’ils ne se montrent pas hostiles à intégrer des internationaux U20 dans leur effectif, n’ont pas comme objectif de les former, ce qui explique le temps de jeu limité offert aux intéressés – qui à l’heure actuelle ne sont pas majoritaires au sein du vivier des champions du monde.

D’une manière plus générale, les clubs du Top14 défendent des intérêts qui ne sont pas ceux du XV de France : un championnat plus resserré, synonyme de moins de matchs donc de plages de repos plus conséquentes, une gestion à la carte des internationaux, qui seraient exemptés de certaines rencontres, voilà qui n’entre certainement pas dans leurs plans. Les présidents de club revendiquent en leur qualité d’employeur de traiter leurs internationaux comme ils l’entendent. Il est, de ce point de vue, difficile de leur donner tort. Mais sans évolution sur ce plan, il ne sera pas possible à l’équipe de France de rivaliser dans un domaine particulièrement important, celui de la condition physique.

Sans demander la lune, on peut toujours rêver à une vraie refonte des championnats professionnels qui garantirait les conditions d’un XV de France compétitif et pérenniserait dans le même temps ce qui fait l’ADN de l’ovalie hexagonale, à savoir la quête du Bouclier de Brennus. Mais la réalité va très certainement rattraper les rêveurs et le sélectionneur continuera à travailler avec des contraintes identiques à celles qu’ont connues tous ses prédécesseurs sous l’ère professionnelle.

Reste désormais à organiser le plus efficacement possible les relations entre les clubs et le staff du XV de France. Fabien Galthié a déjà mis sur la table des intentions et des propositions. Mais plusieurs réactions de dirigeants de clubs laissent planer le doute sur leur volonté de coopérer et de dépasser ce qui actuellement ressemble davantage à du bricolage qu’à autre chose.

Les quelques séquences de jeu qui ont éclairé les prestations tricolores à l’occasion de la Coupe du monde au Japon ont donné le sentiment que le rugby français disposait comme les grandes nations du matériau dont on fait les champions du monde. Mais en l’absence d’une volonté partagée par tous, ce matériau restera à l’état brut.

Et si rien ne change, il faudra, encore et toujours, se contenter de rêver.

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Quarts de finale : Jules dresse le bilan

Renvoi aux 22 vous propose le bilan des quarts de finales de la coupe du monde, dressé par Jules. Pour les coups de théâtre, il faudra repasser…

Les quarts de finale de la Coupe du Monde se sont achevés sans grandes surprises à la clé. On fait le bilan

Angleterre-Australie : Rugby’s coming home

On savait les Anglais favoris. Mais de là à voir les Wallabies prendre 40 points… Le Nord a pour une fois dominé le Sud, et de quelle manière. L’Australie, vice-championne il y’a 4 ans sort par la petite porte et l’Angleterre attend les All-Blacks la semaine prochaine.

Nouvelle-Zélande-Irlande : La logique respectée

Comme rappelé dans la preview, le XV du Trèfle n’avait jamais passé les quarts de finale de la Coupe du Monde, et on voyait mal le cours des choses s’inverser. On a eu raison. Une victoire nette et sans bavure des All-Blacks avec presque 50 points inscrits. Un pas de plus vers le triplé et on peut déjà s’assurer du fait qu’il y’aura du sang la semaine prochaine entre anglais et néo-zélandais.

France-Pays de Galles : Cruelle ironie

Mener 19-10 à la mi-temps et perdre 20-19 ? Évidemment que c’est possible, quand on est Français. On parlera longtemps du carton rouge (justifié) reçu par Sébastien Vahaamahina en tout début de deuxième mi-temps et du dernier essai gallois validé par la vidéo. L’histoire s’en est mêlée qui plus est : en 2011, les Bleus avaient triomphé des Gallois à 15 contre 14 avec un point d’écart, 8 ans plus tard, le sens de l’aiguille a changé et c’est d’une tristesse sans nom…

Japon-Afrique du Sud : La fin du rêve

On croyait à un nouvel exploit nippon contre les Springboks. Pourquoi pas ? Et il y avait la place. Le Japon n’était mené que 5-3 à la pause et 8-3 à la 44ème minute. Seulement voilà, les Boks se sont réveillés et s’imposent finalement 26-3. Le score paraît fleuve mais le Japon n’a rien à se reprocher, et peut même se féliciter de son remarquable tel parcours.

Jules Hagneré

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De l’importance de l’image dans le rugby professionnel

L’arbitre Jaco Peyper avec des supporters gallois après France-Pays de Galles ce dimanche (D.R.)

            La dernière photo de notre ami Jaco Peyper est au cœur de virulentes tensions sur les réseaux sociaux du camp français notamment. Au cœur d’une polémique quant à l’arbitrage du dernier essai gallois, l’arbitre sud-africain aurait été trop loin en prenant une photo avec des supporters gallois en mimant le geste antisportif qui mena au carton rouge de Sébastien Vahaamahina. En tant qu’arbitre, celui-ci possède un pouvoir d’image on ne peut plus important pour la fédération internationale World Rugby dans une ère où la médiatisation à outrance est en quête perpétuelle du moindre scandale. 

            World Rugby fait pourtant tout son possible pour limiter les scandales liés aux agissements de ceux qui la représentent. Conférences de presse, propos aux journalistes, sujets sensibles à évoquer, tout est pourtant régulé à l’avance. Les arbitres et les officiels sont formés selon la politique de la fédération pour ne pas aller à l’encontre de ses objectifs et ne pas tenir de propos sensibles. Seulement, dans un sport comme le rugby, les débordements sont possibles aussi bien sur le terrain quand les caméras sont braquées en direct que lors des multiples moments de convivialités partagés avec des supporters et partenaires sous les yeux de moins de personnes.  

            Toutefois, il y a un aspect important de cette communication qui est à souligner. Le président de World Rugby, le directeur général… tous ces individus se sont portés volontaires pour représenter l’institution pour laquelle ils travaillent, et de plus, ils ont été élus ou nommés par des personnes élues par des membres du rugby mondial. Comme des hommes politiques, ils se sont vu conférer un pouvoir de représentation par les citoyens de l’Ovalie. Seulement, en dépit de cela, d’autres acteurs de ce sport se sont vu confier une responsabilité, une représentativité qu’ils n’ont jamais recherchée et qui est en quelque sorte illégitime, ce sont les joueurs.

            Les joueurs ont en effet une image importante pour leur pays, parfois même plus que leurs représentants politiques. Qui connaissait Jacinda Ardern, premier ministre de la Nouvelle-Zélande avant les attentats de Christchurch ? Peu de gens, pourtant des figures comme Dan Carter ou Jonah Lomu étaient connues de bien plus de personnes de par le monde. Ces joueurs en sont venus à porter l’image de leur pays sur leurs épaules devant des millions de personnes. Pourtant, ils ne l’ont jamais demandé, tout ce qu’ils voulaient était jouer au rugby. L’excès d’importance qui est accordée à leur image dépasse l’entendement. À l’image de leur chef d’État, la moindre phrase peut engager leur pays. Alors dans ces conditions, ai-je envie d’être représenté par Guilhem Guirado ? Sans aucun doute. Par contre je n’ai nullement envie d’être représenté par Sébastien Vahaamahina, surtout après un geste comme le sien. 

            Je ne suis pas là pour rajouter une couche sur tout ce qui a pu être dit sur le coup de coude de ce dimanche matin. Je suis là pour souligner le fait que cet événement donne une mauvaise image de l’équipe de France, certes, mais aussi de la France en général. Et pourtant aucun d’entre nous n’a eu le droit de choisir si l’on voulait ou non que Vahaamahina nous représente. Dans notre cas, il n’y a rien de grave, l’image de la France ne sera pas réellement altérée par un antijeu violent et gratuit sur un carré d’herbe à l’autre bout du monde. Mais pensez plus grand. Pensez australien ou sud-africain. L’image de l’Australie a pris un coup après qu’Israël Folau a été pris à plusieurs reprises à tenir des propos homophobes violents. La fédération a été obligée de l’exclure de la sélection nationale pour se distancier de ses propos. Le racisme des joueurs Springboks a coûté à l’Afrique du Sud de nombreux boycotts pendant des années et l’équipe nationale s’est fait un représentant du pays et de son régime de ségrégation sur la scène internationale. Qui sait ce qu’il peut arriver demain avec l’équipe de France. L’image est un outil à mettre entre de bonnes mains et qui peut avoir un pouvoir dévastateur. Le problème est qu’elle va à l’encontre de la compétitivité sportive par moment. Pascal Papé est un des meilleurs seconde ligne que l’équipe de France ait connu, ce qui ne l’a pas empêché de nous faire honte avec son sang chaud et ses multiples châtaignes. Il s’agit de trouver le juste équilibre. 

            Certains pourraient souligner que les joueurs sont de moins en moins capables de gérer leur image parce qu’ils mettent de côté leurs études pour se consacrer au rugby. C’est une remarque stupide. La France a été exclue du Tournoi des V nations en 1931 car elle était considérée comme trop violente et antisportive (en plus de l’amateurisme marron qu’elle favorisait) alors qu’elle n’était composée que de chefs d’entreprise, de médecins, d’avocats… Seulement, à l’époque, on accordait beaucoup moins d’importance aux propos d’un simple sportif. Alors peut-être ne faut-il pas seulement enseigner aux joueurs comment jouer et s’entraîner comme des rugbymen professionnels mais aussi à se comporter comme tels. Il en va de même pour les arbitres, les entraîneurs et bien d’autres personnes encore. C’est l’unité du monde de rugby qui est en jeu, ne lui faisons pas honte. 

Antoine Duval

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