Juin 13

Bleuets : conserver l’élan

Le mot n’est pas trop fort, c’est un véritable exploit qu’a accompli l’équipe de France de rugby des moins de vingt ans en battant les ultra-favoris « Baby Blacks » néo-zélandais en demi-finale de la coupe du monde « U20 ».

Dominateurs en mêlée au point d’imposer quelques séquences réjouissantes de reculade à leurs adversaires, massifs dans le jeu au ras et les ballons portés, prodigues en intensité au point de terminer la rencontre perclus de crampes, les Bleuets ont décroché la première finale de leur histoire dans cette catégorie créée en 2007.

Dimanche, ils affronteront l’Angleterre, qui s’est péniblement défaite de l’Afrique du Sud (32-31), pour un titre mondial, douze ans après celui conquis par les U21 de Guilhem Guirado et Maxime Médard.

On leur souhaite de conserver l’élan qui est le leur depuis le début de la compétition. Remarquables dans le jeu par leur facultés à faire vivre le ballon, créer des brèches et des espaces, les Bleuets sont également de redoutables défenseurs, comme on pu le mesurer leurs adversaires successifs. Face à eux, les « Baby Blacks » ont paru bien impuissants plus d’une heure durant, avant de profiter, mais en vain, de la fatigue physique des Français.

Ce qui frappe dans cette équipe tricolore, c’est non seulement l’état d’esprit admirable dont font preuves titulaires et remplaçants, mais également l’intelligence tactique qu’ils ont, sauf à de rares moment, affichée. Devant des Néo-Zélandais toujours dangereux par leurs capacités à mettre du rythme et à déplacer rapidement le ballon dans les zones les plus vulnérables, les Bleuets ont su privilégier le jeu direct, usant du groupé pénétrant comme arme de désorganisation massive. Les problèmes posés par le XV d’Angleterre ne seront pas les mêmes, mais gageons que les joueurs de Sébastien Piqueronies sauront trouver des solutions.

Un titre de champion du monde U20 sanctionnerait les performances d’une génération particulièrement douée, qui compte en son sein de potentiels tauliers du XV de France. Mais il est naturellement trop tôt pour se projeter. Car le passage à l’étage supérieur demeure soumis à des aléas considérables.

Au-delà des qualités exceptionnelles du millésime 2018, il faut saluer à la fois la formation française, sur laquelle s’abat régulièrement la critique, et qui démontre qu’elle ne saurait être accusée de tous les maux du rugby hexagonal, ainsi que les clubs professionnels qui participent à l’excellence des résultats en incluant ces jeunes dans la rotation de leurs effectifs. Les statistiques sont formelles : les U20 français sont ceux qui bénéficient le plus de temps jeu parmi l’ensemble des participants à la compétition. Certes, ce temps de jeu demeure réduit, mais il contribue à donner aux Bleuets une expérience du haut niveau et de ses exigences physiques, techniques et tactiques.

A vrai dire, le problème pourrait se situer dans « l’après U20 », dans le parcours qui devrait normalement conduire un certain nombre de ces joueurs aux portes du XV de France. Malgré le dispositif de JIFF, qui favorise l’inclusion des U20 dans les clubs professionnels, la crainte est réelle que les internationaux tricolores potentiels ne disposent pas des moyens nécessaires à leur épanouissement. Car pour franchir la marche, bien plus haute, qui les séparent de la « grande » équipe de France, ils ne pourront plus se contenter de miettes de temps de jeu.

Les plus optimistes diront qu’avec les qualités qu’ils affichent, les meilleurs d’entre-eux trouveront naturellement leur place sur les feuilles de match du Top14. La propension des clubs de l’élite à privilégier le court terme conduit cependant à se montrer quelque peu sceptique sur cette affirmation. Au final, s’il n’est pas douteux que les Bleuets surferont dimanche sur la vague de leurs dernières victoires, c’est de conserver ce bel élan dans les prochaines années qui leur sera le plus difficile.

Puissent-ils y parvenir. Pour eux comme pour les supporters du XV de France.

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Juin 11

Paris est une fête

Les « Blitzboks » sud-africains sacrés au terme des HSBC World Sevens Series 2017-2018

Pour la troisième année consécutive, le stade Jean-Bouin de Paris a accueilli l’étape française des World Series de rugby à 7, qui réunit la fine fleur de la discipline. Et on peut encore parler de succès, même s’il y a un peu de déception à constater que l’enceinte parisienne n’a pas vraiment fait le plein durant les trois jours qu’a duré l’événement.

L’organisation, toujours impeccable, a innové cette saison sur le plan sportif comme sur celui de l’accueil du public.

Sportivement, d’abord, en programmant l’étape de Paris en clôture de la série, rendant celle-ci déterminante pour l’attribution du titre mondial 2017-2018. Il y a donc eu du suspens, puisque les Fidji, qui pensait ravir la couronne détenue par l’Afrique du Sud, est repartie vaincue de Jean-Bouin, laissant les « Blitzboks » réussir la passe de deux.

Toujours sur le plan sportif, la réunion des épreuves masculines et féminines sur un même site a permis au public d’admirer la qualité du 7 pratiqué par les femmes – au premier chef desquelles les Australiennes, vainqueurs de la série, et les Neo-Zélandaises, qui ont remporté l’étape parisienne, et d’étoffer un peu plus le programme du week-end.

Quant à l’accueil du public, la création d’une « fan zone » accessible depuis le stade et pourvue d’un terrain d’échauffement pour les équipes a apporté une vraie plus-value par rapport aux années précédentes. Dans une ambiance joyeuse et bon enfant, le public s’est partagé entre le stade et les coulisses.

Malgré un bilan mitigé sur le plan de l’affluence, le caractère festif de la manifestation ne s’est pas démenti, avec des spectateurs rivalisant d’imagination pour se déguiser et encourageant indifféremment les joueuses et joueurs des différentes équipes en présence. Naturellement, les représentants français ont été un peu plus soutenus que leurs adversaires – l’assourdissant speaker venu Racing92 n’économisant pas ses efforts pour donner une coloration chauvine à une compétition dont ce n’est pas la caractéristique habituelle – mais dans les limites d’une hospitalité de bon aloi. Reste que le niveau de l’équipe de France masculine, pour le moins médiocre, n’a pas franchement contribué à nourrir l’enthousiasme de leurs supporters.

Heureusement, leurs consœurs du 7 féminin ont été à la hauteur, terminant à la quatrième place du tournoi après avoir raté d’un rien la finale, et se classant troisièmes du général. Il semblerait que l’adage selon lequel la femme est l’avenir de l’homme trouve également à s’appliquer au ballon ovale tricolore.

Tout en invitant la FFR à s’investir davantage dans cette discipline – après tout, les épreuves de 7 des JO de 2024 se dérouleront dans ce même stade et une marseillaise serait certainement très belle à entendre à leur issue, on forme le souhait que la prochaine édition, toujours prévue à Jean-Bouin, continue de convaincre qu’en rugby à 7, Paris est une fête.

Malgré leur défaite en finale, les Australiennes remportent les Séries 2017-2018

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Juin 09

XV de France : mi-temps thérapeutique

C’est un lieu commun des tournées estivales du XV de France en Nouvelle-Zélande : s’il y a un match « gagnable » pour les Bleus, c’est le premier. Parce qu’il coïncide avec le début de la saison des All Blacks, quand ces derniers sont encore en phase de rodage, que leurs automatismes sont un peu rouillés et que leur condition physique est un chouilla sub-optimale.

Et comme à chaque fois, supporters et journalistes se sont voulus optimistes, essayant de trouver dans le dernier Tournoi des motifs d’espérer. Et figurez-vous qu’à la mi-temps, on se prenait (un peu) à y croire, avec un score favorable au XV de France (8-11). Face à des Neo-zélandais mêlant approximations de début de campagne et condescendance habituelle (choisissant de ne pas tenter les pénalités, se permettant de tancer l’arbitre pour ses coups de sifflets…), les Tricolores en bleu de chauffe et en réussite au pied (merci Morgan Parra) comme dans le jeu (interception gagnante de Rémi Grosso) paraissaient en mesure de réussir un truc. Mais le rêve a rapidement cédé la place au cauchemar en seconde période.

Certainement recadré par Steve Hansen, les All Blacks sont revenus des vestiaires avec d’autres intentions, visiblement mauvaises à l’endroit de leurs adversaires. La soudaine montée en qualité du jeu néo-zélandais semblait inéluctable, elle a connu un coup d’accélérateur grâce à la décision fort contestable de l’arbitre, Mister Pearce, de donner un carton jaune à Paul Gabrillagues pour un plaquage haut pas franchement dangereux et en tout cas nettement moins évident que celui asséné par le talonneur Joe Moody en première période seulement sanctionné d’une pénalité, sans parler du double plaquage sur Rémi Grosso qui aurait dû valoir une exclusion au moins temporaire pour leurs auteurs.

Disons le tout net, l’incohérence de l’arbitrage n’a fait qu’accélérer le processus de décomposition du jeu tricolore et de recomposition de celui des All Blacks. Moins d’ardeur défensive et ballons laissés à l’adversaire d’un coté, hausse du rythme et ballons écartés à bon escient de l’autre, il n’en fallait pas plus pour conclure que le fossé ne s’est pas franchement comblé entre les deux équipes.

Nul doute que Jacques Brunel, dont les dernières interventions médiatiques donnaient l’impression d’osciller entre méthode Coué et déni de réalité, trouvera des vertus thérapeutiques à la première mi-temps du XV de France. Il y puisera de quoi panser les blessures d’amour propre devant les 52 points encaissés lors de ce match. Mais pas vraiment de quoi penser à une victoire lors des deux prochains tests.

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Juin 06

RCT : cette fois, la valse n’a pas mis le temps

L’arrivée de Patrice Collazo au Rugby club toulonnais, annoncée depuis quelques jours, avait provoqué des interrogations sur le sort de l’actuel manager, Fabien Galthié. Nombreux étaient ceux qui doutaient de la viabilité d’une situation dans laquelle le coach principal du RCT se serait retrouvé adjoint de Collazo. Question d’orgueil, en particulier.

Les doutes sont aujourd’hui levés. Après une seule année aux commandes de l’équipe varoise, Fabien Galthié va quitter le club et pouvoir exercer ses fonctions de consultant à temps plein pour France télévision. Avec une indemnité de départ estimée à un demi-million d’euros en guise de sanction d’une saison vécue assez logiquement comme un échec par le président Boudjellal.

Depuis le départ de Bernard Laporte en 2016, le RCT enchaîne les entraîneurs avec une fréquence à faire pâlir de jalousie un club de football. Cependant, la valse hésitation aura cette fois été courte, à la différence de la saison précédente qui avait vu Diego Dominguez débarqué après plusieurs mois de tergiversations puis se succéder Mike Ford et Richard Cockerill.

Selon ses dires, le « feeling » du président Boudjellal à l’égard de Patrice Collazo est bon. Il semble que c’était aussi le cas pour Fabien Galthié et, avant lui, Mike Ford. Méfiance donc, sur cette première impression qui n’est pas toujours la bonne pour le président varois.

L’ancien manager du Stade rochelais, qui a connu des belles réussites avec les Maritimes mais aussi une fin de saison très insatisfaisante, peut-il réussir à Toulon ?

D’abord, il faut  souligner que le nouvel entraîneur toulonnais est natif de la Seyne-sur-Mer. C’est plutôt un atout pour comprendre l’environnement du club. Ensuite, Patrice Collazo a démontré sa capacité à gérer des internationaux et des stars. Reste que  son tempérament soupe-au-lait devra s’accommoder d’un vestiaire rempli de caractères aussi trempés que le sien. Le mélange peut-être détonnant, mais il peut aussi propulser le RCT au sommet du Top14 et de la Champions Cup.

L’enjeu pour Mourad Boudjellal est de parvenir à stabiliser le club sur le plan sportif et lui redonner une sérénité qui le fuit depuis la fin de l’âge d’or laportien. Car cette stabilité est l’un des facteurs clé pour l’avenir financier du RCT et les projets d’ouverture aux capitaux extérieurs auxquels le président varois ne fait pas mystère de travailler. En d’autres terme, il serait bon de mettre fin à la valse des entraîneurs pour s’éviter celle des investisseurs.

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