Fév 01

De l’Amour

Ce Tournoi n’a pas cent ans pour rien. Dès qu’il repointe son nez dans les frimas de l’hiver, les amoureux du rugby sont pris des mêmes symptômes que Stendhal décrivait dans son ouvrage fameux, De l’amour. L’un d’entre eux est particulièrement vif durant les quelques jours qui sépare l’annonce de la composition du XV de France du premier match du Tournoi : c’est l’espérance, qui s’accompagne, selon l’auteur d’un roman très apprécié à Toulouse comme à Toulon, le Rouge et le Noir, de la cristallisation du sentiment amoureux.

C’est bien simple, foin de l’inexpérience du groupe, et en particulier de son ouvreur de dix-neuf ans, foin du changement de sélectionneur intervenu il y a seulement quelques semaines, on se prendrait presque à croire au Grand Chelem et à ses cinq victoires, comme si la longue série d’insuccès de l’ère Novès appartenait à une sorte de mauvais cauchemar dont Jacques Brunel nous aurait réveillé.

Reconnaissons que tout cela est fort rafraîchissant, que le pack tricolore aligné samedi fleure bon les grandes envolées avec sa troisième-ligne aux semelles de vent et que les lignes arrières ne manquent pas d’allure.

Seulement voilà, en face d’eux se présente l’équipe d’Irlande, qui fait figure de favorite de la compétition derrière l’armada anglaise. Certes, le XV du trèfle a eu son lot de blessures et alignera lui aussi quelques jeunots. Mais il suffit de regarder l’axe 2-8-9-10-15, la fameuse « colonne vertébrale » d’une équipe, pour s’assurer de la redoutable solidité d’Erin : Rory Best – CJ Stander – Conor Murray – Jonathan Sexton – Rob Kearney. Du lourd, de l’expérimenté, du genre qui mange du projet de jeu français au petit déjeuner.

Pour espérer déborder la défense irlandaise, il faudra d’abord obtenir des ballons. La conquête s’annonce cruciale, et il n’est pas certain que la densité physique du pack tricolore présente de vraies garantie en ce domaine, tout comme dans celui des rucks où l’excellence irlandaise risque bien de faire très mal à leurs hôtes français.

Les espérances nées du changement managérial dont la presse nous dit qu’il a fait le plus grand bien au moral des Bleus ne vont elles pas s’évanouir à la première banderille irlandaise plantée par l’une des meilleures charnières du monde, ou au premier ballon tombé de cette équipe française bigrement inexpérimentée ?

C’est à craindre, tant l’attente des supporters est grande, tant la frustration s’est accumulée au fil des défaites. Pourtant, ce public est capable du meilleur quand il se convainc que son équipe se bat. Même dans la tourmente des derniers mois, il s’est montré patient et a soutenu le XV de France…jusqu’au match du Japon, où il n’a pas pardonné la démission collective des Tricolores.

Il faut souhaiter que ce ne sera pas le cas, samedi. Pour que le doute, qui naît forcément à un moment dans l’âme de l’amoureux, ne s’installe pas durablement et cède enfin la place à une deuxième cristallisation, celle qui, nous dit Stendhal, solidifie le sentiment et, rêvons un peu, conduit à la félicité.

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Jan 29

Clermont, année zéro ?

Voilà une situation à laquelle ses supporters n’étaient plus habitués. En perdant à domicile devant Montpellier, l’ASM Clermont-Auvergne a sérieusement hypothéqué ses chances de participer aux phases finales du Top14. Certes, il reste dix journées à disputer avec la bagatelle de cinquante points à glaner (en comptant ceux du bonus offensif). Mais le club auvergnat, dixième au classement avec onze longueurs de retard sur le sixième et dernier barragiste, devra nécessairement compter sur l’effondrement d’une des équipes de tête pour espérer se qualifier. Autant dire que l’affaire est très mal engagée.

Evidemment, c’est une très mauvaise nouvelle pour Clermont qui, en cas de non qualification, ne disputera la prochaine Champions Cup qu’à la condition de remporter la compétition cette saison. Et qui, surtout, vivra une fin de saison prématurée, ce qui ne lui est pas arrivé depuis plus de dix ans (en 2005-2006 précisément).

La régularité de ce club depuis la dernière décennie donne un écho important à cette situation qu’on ne saurait néanmoins qualifier de crise tant les fondations de l’ASMCA sont solides. Suffisamment pour qu’il absorbe le choc, non seulement sur le plan financier que sur le terrain sportif. L’avalanche de blessures survenues depuis le début de la saison explique en grande partie sa position en queue de peloton même si sa récente qualification pour les quart-de-finales de la Champions Cup est révélatrice d’un mal un peu plus complexe qui voit le champion de France en titre s’exprimer plus efficacement au plan européen que dans la compétition domestique.

La conjonction des absences médicales et sportives en période de Tournoi pourrait aggraver les choses, même si Clermont n’est pas le seul concerné par le calendrier international. S’il faut comprendre le spleen de ses supporters, au point que certains se laissent aller sur les réseaux sociaux à des comportements assez éloignés de leur réputation habituelle, ce trou d’air est plutôt une bonne nouvelle pour l’intérêt d’un championnat qui ne brille guère par le renouvellement de ses élites.

Distancé en Top14, Clermont demeure en course au plan européen et va pouvoir se concentrer désormais sur un objectif au moins aussi séduisant qu’un Bouclier de Brennus, à savoir décrocher son premier titre continental majeur.

En cas de succès – tout à fait possible – des Auvergnats en Champions Cup, les vicissitudes traversées en championnat seront largement oubliées, et l’année zéro que certains paraissent redouter se transformera en réussite. Et si d’aventure il ne parvenait pas à remporter ce titre européen, on peut faire confiance à l’ASMCA pour rebondir l’an prochain. A condition cependant de s’assurer que l’exceptionnel taux de remplissage de son infirmerie constaté cette année ne soit dû qu’à la malchance et non à d’autres paramètres dont la récurrence finirait pas lui être préjudiciable.

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Jan 22

Ces diables d’Irlandais !

Les phases régulières des deux coupes d’Europe ont livré leur verdict. Et celui-ci est plutôt favorable aux clubs français qui qualifient respectivement quatre et trois de leurs représentants pour les quart-de-finales de Champions Cup et de Challenge Cup, soit la moitié des formations composant le Top14.

Un tel résultat ne laisse pas d’interroger, en particulier lorsqu’on compare les résultats des clubs français en Champions Cup avec ceux de leurs homologues anglais. Alors que Clermont, La Rochelle, Toulon et le Racing92 sont parvenus à décrocher leur billet pour les quarts, seuls les Saracens ont réussi à passer le « cut », et ce grâce à la défaite plutôt surprenante de l’Ulster chez les Wasps.

A s’en tenir aux apparences, il est difficile de comprendre comment les Anglais, dont les clubs favorisent un rugby dynamique et rythmé, et dont l’équipe nationale trône à la deuxième place du « ranking » de World Rugby, se sont débrouillés pour passer à côté de la compétition alors que leurs homologues tricolores, issus d’un Top14 le plus souvent ennuyeux, au rugby réducteur et loin des temps de jeu effectifs internationaux, seront quatre à briguer une place en demi-finale ?

Il faut d’abord souligner que Clermont et la Rochelle, malgré deux matchs assez décevants des maritimes en Ulster et chez les Wasps, ont été fidèles au jeu ambitieux qu’ils développent en championnat et leur qualification est finalement logique. Le Racing92 et le RC Toulon ont eu plus de mal, mais la richesse et la qualité de leur effectif leur ont permis d’accrocher une place de « meilleurs deuxièmes ». Côté anglais, Exeter a certainement pâti d’avoir eu le Leinster dans son groupe. La formation irlandaise a écrasé la concurrence – Montpellier compris – et fait figure de favori de la présente édition. Les Wasps ont eu la malchance de tomber dans une poule très équilibrée dans laquelle un peu plus de réussite leur aurait permis de basculer du côté des qualifiés et non des recalés. Avec 18 points, Bath a également échoué d’un rien dans son groupe, l’ayant emporté chez les Scarletts et bien failli surprendre Toulon chez lui. On le voit, il ne s’en est pas fallu de beaucoup pour que le solde s’équilibre plus favorablement pour les Anglais. On relèvera d’ailleurs que deux clubs français se sont qualifiés comme « meilleurs deuxièmes » et que seul Clermont recevra en quart-de-finales.

Connaissant la faiblesse des taux de victoires à l’extérieur en phase éliminatoire (moins d’une équipe sur quatre est parvenue à l’emporter chez un concurrent jusqu’à présent), il ne serait pas impossible de retrouver en demi-finales, outre un club français – Clermont et le Racing92 en découdront, deux provinces irlandaises et un gallois, Llanelli.

En définitive, ce ne sont ni les Anglais ni, malgré leur nombre, les Français qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu, mais ces diables d’Irlandais. Revenus très forts l’an dernier après un trou d’air de deux saisons, ils confirment un retour au premier plan dans la compétition européenne. Sans un faux-pas malheureux de l’Ulster, ils auraient pu être trois représentants en demies. Ils ne seront que deux, mais le Leinster comme le Munster s’avancent en favoris pour leurs quarts qu’ils disputeront à domicile.

Pour les supporters de la verte Erin, le mois de mars s’annonce passionnant à tous points de vue : le 17, le XV de la Rose accueillera l’Irlande et le 31, le Leinster recevra les Saracens. De quoi rêver, pourquoi pas, à un double sacre Européen, neuf ans après celui de 2009.

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Jan 18

Histoire de ne pas bégayer

S’il arrive, dit-on, à l’histoire de bégayer, tous les supporters français espèrent que ce ne sera pas le cas cette année. En 1982, millésime de référence dans la catégorie des piquettes ovales, le sélectionneur de l’époque, Jacques Fouroux, avaient rappelé quelques grognards à l’occasion du dernier match du Tournoi pour éviter la cuillère de bois au XV de France. Aujourd’hui, la première rencontre de la compétition n’a pas encore débuté et Jacques Brunel, successeur de Guy Novès, n’a semble-t-il pas cédé à la même tentation pour essayer d’éviter ce que nos amis anglais appellent un « whitewash » (« blanchissement », synonyme de défaite cuisante) et non une « wooden spoon », la fameuse cuillère de bois qu’ils réservent le plus souvent à l’équipe classée dernière, qu’elle ait ou non perdu tous ses matchs.

Car on en est là, à craindre que notre équipe nationale ne signe un zéro pointé dans le Tournoi, le premier depuis 1957. Au point où se trouvent les Tricolores, c’est-à-dire assez bas, il ne saurait être question de considérer l’Italie qui se présentera à Marseille en février prochain (premier match français de l’histoire du Tournoi à se dérouler ailleurs qu’en région parisienne) comme une victime expiatoire, malgré une série automnale pas franchement convaincante.

Pour son premier rendez-vous comme sélectionneur en chef, Jacques Brunel a formé un groupe dans lequel les trentenaires se comptent sur un seul doigt : Guilhem Guirado. Certes, ce dernier est pressenti pour être le capitaine de l’équipe, mais voilà bien la seule concession faite aux anciens. Les lecteurs avertis rétorqueront que l’expérience ne se mesure pas nécessairement au nombre des bougies soufflées et qu’à ce titre Morgan Parra, bien que vingtenaire, fait figure d’ancêtre au regard de l’année de sa première sélection, à savoir 2008. Rappelé après une traversée du désert de deux saisons, lui dont le dernier match en bleu (ou plus précisément en rouge) remonte au pathétique quart-de-finale de la coupe du monde 2015 face aux All Blacks, Parra sera très certainement titulaire pour le premier match face à l’Irlande.

Il pourrait être associé à la charnière à un néophyte qui compte seulement une demi-saison de Top14 dans les jambes, Matthieu Jalibert, l’ouvreur de l’UBB. Sans vouloir jouer les cyniques, force est de constater qu’une « hype » chasse l’autre, après Anthony Belleau, présenté comme le « dix » que la France attendait après un seul drop en demi-finale du championnat de France. Le même Belleau figure néanmoins dans le groupe, à la différence de Baptiste Serin, remplacé par Maxime Machenaud, qui profite certainement de la bonne période du Racing92.

Est-ce un retour à la politique des hommes en forme ? Ce n’est pas évident, car sont aussi appelés des joueurs de retour de blessure. C’est donc plutôt un retour aux méthodes éprouvées, loin de la « liste élite » qui a semble-t-il vécu, où le pragmatisme paraît l’emporter sur une vision de plus long terme, sans pour autant insulter l’avenir. Brunel et son staff ont donc composé un savant mélange d’habitués et de représentants de clubs à leur avantage actuellement en championnat (le Racing92 compte neuf sélectionnés) qui vont côtoyer des novices ainsi que des joueurs ayant déjà connu le groupe France sans avoir eu le temps ou l’occasion d’y faire leur preuve. S’il est encore trop tôt pour esquisser l’équipe qui débutera devant l’Irlande – des blessures sont encore possibles, on peut imaginer que Jacques Brunel alignera une majorité de joueurs expérimentés en vue de contrer de redoutables irlandais, candidats au Grand Chelem avec l’Angleterre.

Histoire de ne pas bégayer, sans soute.

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