Août 29

Bernard Laporte, le « perd la victoire » ?

« Quand je veux enterrer une affaire, je crée une commission. »

Il faut certainement avoir beaucoup d’imagination pour voir en Bernard Laporte un disciple de Georges Clémenceau. Mais au train où vont les choses, le président de la Fédération française de rugby pourrait bien se voir affubler du surnom ironique dont les adversaires du Tigre lui avaient donné en transformant le « Père la victoire » en « Perd la victoire ». Après avoir remporté de main de maître la présidence fédérale sur des promesses de changement, Bernard Laporte s’approche dangereusement d’une ligne jaune aux allures de mandat écourté, précisément pour avoir succombé à la tentation de mélanger les intérêts de la FFR avec les siens propres – et ceux de Mohed Altrad.

La commission que Bernard Laporte propose d’installer est la HALTER : la haute autorité de lutte pour la transparence et l’équité dans le rugby. Cette instance serait chargée de faire régner l’ordre et la morale dans une fédération qui a pourtant adopté une charte de déontologie il y a deux ans.
La ficelle est un peu grosse. Alors que les démissions s’enchaînent au sein de la commission d’appel fédérale, au cœur des soupçons de favoritisme voire de trafic d’influence, Laporte semble plus désireux d’allumer des contrefeux que de prouver sa bonne foi.

Malgré les faits de plus en plus troublants – et les preuves avancées par les journalistes, certaines voix s’élèvent pour venir au soutien d’un dirigeant incroyablement fragilisé après une année d’exercice au cours de laquelle il semblait avoir affermi son autorité sur le rugby français en général et le professionnel en particulier. Dans un éditorial assez ahurissant, mêlant insinuations, sous-entendus et théorie du complot, Jacques Verdier a ainsi défendu l’actuel président de la FFR en invoquant les turpitudes de ses prédécesseurs, sur l’air du « c’était pareil avant ». Sauf qu’avant, les enjeux financiers n’étaient pas mêmes. Sauf que Ferrasse, Lapasset ou Camou n’ont pas été élus en promettant le renouveau démocratique et la fin des petites affaires entre amis.

Les remous dans lesquels se débat Bernard Laporte auront-ils raison de son poste ? Il serait péremptoire de l’affirmer. Ce qui l’est, en revanche, c’est qu’ils compliquent grandement les chances de la candidature française à l’organisation de la Coupe du monde 2023. Coïncidence malheureuse ou conséquence directe de cette affaire, le président de la République a annulé le déplacement qu’il avait prévu de faire à Londres fin septembre pour soutenir le dossier tricolore que la FFR avait réussi à relancer très favorablement il y a quelques mois. S’il échappe à la démission, Bernard Laporte pourrait bien connaître un revers fâcheux pour la suite de son mandat.

De quoi, sans doute, mériter le surnom de « Perd la Victoire ».

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Août 27

Comme un connard

Première journée de Top14, et premières critiques à l’égard de l’arbitrage. Soyons justes, ce phénomène malheureusement récurrent n’est pas réservé au seul championnat d’élite, puisqu’entraîneurs et joueurs de ProD2 ont également été prodigues en saillies négatives à l’égard du corps arbitral, à l’image d’Alasdair Strokosch, de l’USAP, qui a fait admirer son excellent français sur Twitter en traitant de « connard » (SIC) l’arbitre de la rencontre qui opposait son club à Colomiers ce dimanche.

Rien de nouveau sous le chaud soleil du mois d’août. On a l’habitude d’entendre les entraîneurs vaincus se plaindre des erreurs du  directeur de jeu plutôt que de celles de leurs troupes. A cet égard, Oyonnax aura davantage de chances de préserver sa place dans l’élite en réglant son problème en touche qu’en exigeant de n’être plus arbitré par Mathieu Raynal.

Si les critiques des supporters sont, par essence, marquées par une subjectivité passionnelle qu’on excusera bien volontiers dès lors qu’elles n’excèdent pas les limites d’une tribune ou d’un réseau social, il est plus difficile d’entendre à chaque journée de championnat les sempiternelles récriminations à l’encontre d’une corporation qui a pourtant fait d’énormes progrès depuis les début du professionnalisme. On aimerait pouvoir en dire autant des joueurs français.

Modifier les règles n’y fera rien. C’est peut-être même un facteur aggravant puisque l’évolution constante des lois du jeu semble accentuer la confusion de ceux qui ne les connaissent pas suffisamment, fussent-ils des acteurs de ce sport, payés pour les respecter. Ce sont bien entendu les comportement qu’il faut changer.

On sait bien que réclamer davantage de respect à l’égard des hommes (et femmes…) au sifflet est aussi vain que de demander à Sébastien Chabal de se raser la barbe. C’est pourtant un enjeu fondamental non seulement pour la promotion du rugby mais aussi sa préservation. Car ce sport a toujours placé très haut dans la hiérarchie de ses exigences l’acceptation des décisions de l’arbitre. Il faut le répéter, même si cela ne paraît pas évident à tout le monde, les représentants de l’élite, les journalistes et les consultants audiovisuels sont des exemples pour l’ensemble des pratiquants. Au risque de schématiser, un commentateur ou un président qui critique l’arbitre d’un match du Top14, c’est ensuite un père de famille qui crie depuis le bord de touche après le bénévole dirigeant la rencontre de son enfant.

Comme un connard.

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Août 23

Douche irlandaise

Comme il y a trois ans, l’équipe de France de rugby féminin n’est pas parvenue à se hisser en finale de la coupe du monde. Après les Canadiennes, se sont les Anglaises qui ont barré la route des Bleues en demi-finale. Le score, 20-3, ne reflète pas vraiment la physionomie du match (le deuxième essai anglais a été inscrit dans les arrêts de jeu alors que les Tricolores tentaient une relance pour l’honneur depuis leur ligne d’en-but). Mais les faits sont là : les Françaises ont raté une magnifique occasion de décrocher une place en finale qui aurait sanctionné les efforts accomplis pour préparer la compétition et, surtout, médiatiser un peu plus une discipline qui n’a que rarement les honneurs des médias.

Il serait tenant d’incriminer les pluies torrentielles qui se sont abattues sur Belfast durant la rencontre, gênant davantage le jeu ambitieux pratiqué par les Bleues depuis le début de la compétition que celui plus direct et restrictif proposé par leurs adversaires d’hier soir. Nombreux sont ceux qui, d’ailleurs, ont fait le rapprochement entre cette demi-finale et celle disputée en 2003 en Australie par leurs homologues masculin. Mais outre que cette comparaison est un peu désobligeante pour la bande à Wilkinson (on oublie combien le champion du monde anglais était bien autre chose qu’un pack et un buteur), elle conduit à occulter un certain nombre de motifs à cette défaite qui ne s’explique pas seulement par la météo.

En premier lieu, il faut regretter le manque de réalisme des Tricolores, qui n’ont pas su convertir en point leurs phases de domination, en début de première mi-temps et en fin de seconde. Après le festival de points inscrits en phase de poule, les filles d’Annick Hayraud ont été incapables de scorer. La faute à une défense adverse autrement plus redoutable que ses devancières, mais également à des imprécisions françaises fort dommageables.

Ensuite, on pointera la faillite des Bleues en touches, avec beaucoup trop de lancers perdus, en particulier à proximité de l’en-but anglais. La responsabilité de la capitaine Gaëlle Mignot est engagée, non seulement en tant que lanceuse mais également dans les choix de zones de lancer, un peu trop systématiquement en milieux ou fin d’alignement.

Autre secteur insuffisamment performant, celui du jeu au pied. Certes, ce n’est pas nouveau (Cf. le précédent billet de blog), mais rendre trop de ballons à une équipe comme le XV de la Rose expose à des difficultés beaucoup plus importante que face à des adversaires d’un moindre calibre, en particulier sur le plan physique : quelle débauche d’énergie les Bleues ont dû endurer pour résister aux assauts anglais !

Un mot enfin, sur une absence regrettable, celle de la Troisième-ligne aile Romane Ménager, forfait pour cause de commotion. Même si une seule joueuse ne saurait changer la face d’un match et si sa remplaçante, Julie Annery, a réalisé une performance remarquable, on aurait aimé voir la révélation tricolore dans ce match, où ses qualités athlétiques auraient pu être utilement mises à contribution.

La douche irlandaise qui a clôturé le parcours tricolore (il reste néanmoins un match pour la troisième place à négocier) ne doit cependant pas occulter tout le positif de l’aventure des Françaises. De nouveaux talents sont apparus au sein d’un groupe qui a développé un jeu remarquable et n’en a certainement pas terminé avec ses ambitions de titres. À cet égard, on attend avec gourmandise la revanche face aux Anglaises lors du prochain Tournoi. Enfin, la couverture médiatique assez satisfaisante (surtout côté audiovisuel) a certainement fait naître sinon des vocations, du moins des envies d’essayer cette discipline, et suscité l’intérêt du public. Et c’est déjà une belle victoire.

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Août 15

XV de France féminin, c’est pas trop le pied

Le XV de France féminin est à un match des demi-finales de la Coupe du Monde 2017 organisée en Irlande. Pour se qualifier, il faudra faire un résultat jeudi soir face à l’équipe hôte de la compétition. Au vu de ses deux premières rencontres et de celles du XV du Trèfle, une victoire paraît tout à fait envisageable. Après avoir largement dominé un XV du Japon encore limité physiquement et techniquement, les Tricolores ont infligé une belle correction aux Australiennes qui avaient pourtant tenu la dragée haute aux Irlandaises en ouverture de la compétition.

L’optimisme est donc de rigueur dans le camp français, même si l’on se méfie d’un adversaire victorieux lors du dernier Tournoi des six nations et qui sera certainement galvanisé par l’enjeu, devant son public.

Cet optimisme s’est forgé dans la façon dont les joueuses d’Annick Hayraud ont remporté leur deux succès, livrant des prestations très convaincantes à la fois sur le plan défensif et par la variété de ses schémas offensifs, bien loin des sempiternels groupés pénétrants auxquels elles avaient habitué leurs supporters. Désormais, le danger peut venir d’à peu près n’importe quelles zone du jeu.

Il existe pourtant une ombre à ce tableau fort séduisant : le jeu au pied. Non pas qu’il soit inexistant, comme en témoigne le bel essai inscrit par Shannon Izar sur une passe au pied de Montserrat Amédée. Mais il reste insuffisant dans son utilisation tactique. Quant aux tirs aux buts, c’est véritablement le talon d’achille de cette équipe par ailleurs bien armée dans tous les autres domaines.

Les observateurs avisés rétorqueront qu’on ne se passe pas facilement d’une buteuse du calibre de Jessie Trémoulière, forfait pour la compétition, et que, s’agissant du jeu d’occupation, la configuration des deux premières rencontres ne s’y prêtait pas vraiment. Et les fatalistes ajouteront que le jeu au pied est certainement le secteur le moins performant du rugby féminin.

À cet égard, certains s’interrogent sur la problématique du poids du ballon – identique pour les hommes comme les femmes – et suggèrent que les compétitions féminines se jouent avec des balles plus adaptées à leur morphologie, comme cela se pratique pour le football gaélique.

En attendant un très hypothétique changement en la matière, il faudra que le rugby féminin français, comme son homologue masculin d’ailleurs, renforce la formation des pratiquantes dans ce domaine, afin d’apporter un supplément d’efficacité indispensable pour assouvir les ambitions du XV de France. Quant à celui que convoitent Gaëlle Mignot et ses coéquipières en Irlande, il se pourrait qu’il leur échappe pour quelques points abandonnés au pied. On ne l’espère pas, mais il faut se préparer à cette éventualité : une coupe du monde se joue souvent sur ce genre de détails.

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