Un bon Romain…une belle histoire ?

Auteur d’une performance très convaincante face au Pays de Galles, Romain Ntamack a suscité l’enthousiasme des observateurs de tous bords, y compris de l’autre côté de la Manche. Son animation offensive, sa solidité en défense, son jeu au pied précis et efficace, sa sérénité dans la « cocotte-minute » du Principality stadium ont ravi ses supporters comme les journalistes français.

Les commentateurs britanniques et celtes n’ont pas été en reste, louant un ouvreur qu’ils ne pensaient peut-être pas trouver un jour dans les rangs français, plus proche de leur archétype que du modèle tricolore habituel (schématiquement : peu porté sur les coups de pieds ou la défense et plus sensible aux aléas du jeu et à la pression que son cousin anglo-saxon).

Romain Ntamack est un drôle de gaillard. Son physique, pas franchement imposant, et son allure qui semble comme détachée des événements lui donnent des allures de Pierrot. Mais, au vu de ses prestations, il est davantage Gourmand que Lunaire. Son appétit de victoire se matérialise dans ses prises d’intervalles tranchantes, ses passes au cordeau et ses chandelles millimétrées. Et surtout, se concrétise dans les résultats obtenus avec le XV de France dans ce Tournoi 2020.

Même s’il dispose d’une belle marge de progression, Romain Ntamack, qui n’a que vingt ans, a donné de sérieux gages pour l’avenir. A tel point qu’on se prend à rêver d’une charnière Dupont – Ntamack rivalisant de longévité avec, par exemple, celle formée près de 60 fois par Conor Murray et Jonathan Sexton au sein du XV Irlandais.

Ntamack n’est pourtant pas le seul ouvreur susceptible d’occuper le poste en équipe de France. Son compère de l’UBB, Matthieu Jalibert, est un concurrent très sérieux et démontre chaque semaine avec son club qu’il est bien davantage qu’une doublure pour le Toulousain. Pour l’instant, la concurrence entre les deux joueurs paraît saine et plutôt positive puisqu’elle pousse Ntamack à hausser son niveau de jeu et Jalibert à ne rien lâcher à l’entrainement à Marcoussis, tout en assurant au XV de France de disposer de deux ouvreurs très talentueux.

La question se pose néanmoins du sort réservé par son club à Romain Ntamack, où son positionnement à l’ouverture est loin d’être habituel, le Stade toulousain le faisant davantage jouer au centre. D’évidence, cela ne l’empêche pas de réaliser de belles performance en sélection. Néanmoins, il lui serait certainement profitable d’aligner les matchs de haut niveau à ce poste plutôt qu’à celui de premier centre, d’autant que Fabien Galthié ne semble pas considérer une paire Jalibert en dix – Ntamack en 12 comme une véritable option. Cette situation, si elle devait perdurer, peut-elle remettre en cause son statut de numéro un dans la hiérarchie des ouvreurs tricolores ? Seul le sélectionneur et son staff pourraient répondre à cette interrogation. En attendant, le digne fils d’Emile Ntamack a sans conteste l’étoffe pour vivre une belle et durable histoire avec l’équipe de France, confirmant que, décidément, bon sang ne saurait mentir.

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Ils n’ont pas triché !

(DR)

Il faut parler d’exploit. Quand vous ne gagnez pas au Principality Stadium depuis dix ans, un succès à Cardiff a forcément le goût du sensationnel. Ce samedi, dans une enceinte dont on avait fermé le toit, les Tricolores ont conduit leurs supporters au septième ciel.

Et même si le succès est étriqué (23-27), même s’il n’effacera jamais la déception de la coupe du monde japonaise, et même s’il ne prémunit aucunement le XV de France de déceptions futures, il n’en donne pas moins raison, au moins pour un temps, aux optimistes qui voyaient dans Fabien Galthié et les premières semaines de son mandat des raisons d’espérer des lendemains qui chantent.

Alors que les deux premières victoires, certes encourageantes, laissaient planer le doute sur les capacités du groupe français à hausser son niveau de jeu pour devenir une vraie menace pour la concurrence mondiale, que la défense mise en place par Shaun Edwards n’avait pas empêché Anglais et Italiens d’inscrire la bagatelle de cinq essais, et que les coups de « moins bien » physiques à la demi-heure puis à l’heure de jeu inquiétaient à l’aune de l’abatage gallois, les hommes de Fabien Galthié ont répondu présent durant la totalité de la rencontre, prenant le score dès la septième minute pour ne plus laisser à leur adversaire l’occasion de leur repasser devant.

Mais ce n’est pas, pour les Gallois, faute d’avoir essayé. Poussés par leur public, évoluant dans un contexte arbitral qu’on qualifiera de favorable, Alun-Wyn Jones et ses coéquipiers ont multiplié les temps de jeu à proximité de l’en-but tricolore. Les deux essais qu’ils ont inscrit n’ont pas suffit pour l’emporter. Après avoir remporté une victoire plutôt heureuse en coupe du monde, ils n’ont cette fois pas bénéficié d’un coup de coude du destin…

Avant la rencontre la bande à Charles Ollivon avait été accusée de chercher à contourner la règle. Ce samedi, les Bleus n’ont pas triché sur le terrain, à tous les sens du terme. La belle solidarité qui avait fait leur bonheur contre l’Angleterre, ils l’ont sublimée à Cardiff pour en faire une arme de dissuasion massive, annihilant les offensives rouges à grands coups de plaquages (193 tentés !) et occupant le terrain grâce à un jeu au pied qu’on n’avait pas vu aussi intelligent depuis des lustres.

Bien sûr, tout n’a pas été parfait, à commencer par la discipline. Treize fautes, deux cartons jaunes, c’est encore beaucoup trop, même s’il est logique pour une équipe autant dominée territorialement (37%) et dans la possession (39%) d’être plus sanctionnée que son adversaire. Il est impératif d’améliorer ces statistiques, pour ne pas avoir à le regretter contre une équipe plus réaliste que ne l’a été celle du Pays de Galles cet après-midi. Il faudra également à Fabien Galthié et ses hommes revenir sur la gestion des temps faibles, et travailler sur le plan offensif, pour offrir aux tricolores plus d’options et varier davantage les attaques.

Trois succès de suite dans le Tournoi, voilà qui n’était pas arrivé depuis 2010 et le dernier Grand Chelem français. Ils ne l’avoueront peut-être pas, mais la perspective d’un bis repetita dix ans après est désormais dans les esprits tricolores. Et on ne leur reprochera pas d’avoir envie d’y parvenir.

Sans tricher. Promis.

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Crash-test

La composition du XV de France pour la rencontre qui l’opposera à celui du Pays de Galles samedi a été dévoilée par Fabien Galthié et son staff. A l’exception du déplacement de Gaël Fickou à l’aile pour cause de blessure des deux précédents titulaires du poste, l’équipe de départ est la même que celle qui a disputé le match d’ouverture face à l’Angleterre. On constate davantage de mouvements sur le banc, avec l’éviction surprise de Jefferson Poirot, les arrivées de Dylan Cretin et Jean-Baptiste Gros et le retour du polyvalent Thomas Ramos.

Le match de ce week-end a toutes les allures du crash-test pour les Tricolores. D’abord parce qu’il sera le premier disputé à l’extérieur par la jeune garde de Fabien Galthié après deux rencontres jouées dans l’environnement familier du Stade de France. Ensuite parce qu’il se déroulera au Principality stadium, qui est présenté comme l’enceinte la plus impressionnante du Tournoi, tant par l’ambiance qui y règne que par le sens de la mise en scène d’organisateurs jamais en manque d’imagination pour mettre la pression sur les visiteurs.

Crash-test enfin et surtout parce que ces diables de Gallois n’ont pas leur pareil pour transformer les rêves de gloire français en cauchemar cuisants. Pensez donc : lors des dix dernières confrontations, les Bleus ne l’ont emporté que deux fois. En 2011, à l’occasion de la demi-finale de Coupe du monde, et en 2017, au titre du Tournoi. Et il faut remonter à 2010 pour trouver trace d’un succès à Cardiff. C’est aussi l’année du dernier Grand chelem français.

Les Gallois n’ont peut-être plus le génie de leurs glorieux anciens des années 70, mais ils n’en sont pas moins compétitifs, puisant dans des vertus guerrières les ressources de leurs victoires : combativité hors normes, organisation huilée, discipline tant sur le plan du comportement que sur celui de la tactique. Les Français se préparent à quatre-vingts minutes de pilonnage au milieu du terrain et de missiles sol-sol distillés par la charnière galloise.

Les Bleus ne sont pas pour autant condamnés à la défaite. L’an passé, à l’occasion du Tournoi comme lors du quart-de-final japonais, ils ont dominé la première mi-temps avant de céder en seconde période devant les coups de boutoir gallois, la faute notamment à une condition physique ne leur permettant pas de tenir en intensité sur un match complet. Cette année, contre l’Angleterre et l’Italie, les hommes de Fabien Galthié ont affiché des progrès dans ce domaine, sans toutefois rassurer totalement leurs supporters.

Samedi à Cardiff, il sera impératif d’être consistant à l’heure de jeu pour espérer l’emporter. Et pas seulement physiquement : la touche et la mêlée seront cruciales. Les Gallois ont déjà commencé le match en lançant des accusations de tricherie à l’encontre du pack tricolore. Défensivement, le système mis en place par Shaun Edwards devra se montrer plus performant que face à l’Italie ou même à l’Angleterre. A cet égard, le rôle des ailiers sera crucial, ce qui explique certainement le positionnement de Gaël Fickou à ce poste en l’absence de Damian Penaud et Vincent Rattez, alors que d’autres solutions étaient possibles. Quant à Teddy Thomas, pas franchement rassurant dans ce domaine, il joue probablement gros à l’occasion de ce match. Il n’est pas certain que son grand talent d’attaquant préserve son statut de titulaire en cas d’éventuelle contre-performance défensive.

En cas de succès, le XV de France basculerait dans une dynamique comme il n’en a plus connue depuis près d’une décennie, pouvant même, pourquoi pas, ambitionner un Grand Chelem. Si, en revanche, ce match se concluait par une défaite, c’est sa capacité à digérer celle-ci et à ne pas tout remettre en question à la première contrariété – fût-elle significative – qui sera scrutée par tous.

Et c’est sans nul doute dans cette hypothèse que ce « crash test » prendra toute son importance.

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XV de France : savoir être patient

Après sa performance face aux Anglais, le XV de France était attendu, dimanche, pour une confirmation devant l’Italie. Mais seuls les plus naïfs, ou les moins bien informés, pouvaient espérer voir les joueurs de Fabien Galthié laminer leurs adversaires transalpins comme le firent les Gallois une semaine plus tôt. Les autres – pas forcément moins enthousiastes – ont simplement pu constater l’étendue du chantier auquel le sélectionneur et son staff sont confrontés.

Après une décennie de déconvenues et d’occasions manquées, il serait malvenu d’exiger de l’équipe de France qu’elle devienne en quelques semaines un monstre d’efficacité défensive et de précision offensive.

Contre des Italiens dont les carences rédhibitoires à ce niveau ne sauraient occulter d’indubitables qualités individuelles et collectives, et dans des conditions climatiques peu favorables, les hommes de Fabien Galthié ont oscillé entre le très bon (parfois) et le médiocre (trop souvent en seconde période). Pour autant, l’état d’esprit général et quelques actions bien menées constituent un socle sur lequel ils devront travailler pour continuer à grandir.

On pourrait, comme Pierre Berbizier le fait dans les colonnes du journal l’Equipe daté du 11 février, dénigrer les progrès prétendument accomplis par le XV de France et railler le satisfecit délivré par Fabien Galthié à ses troupes. Il semble plus pertinent de préférer à cette « hatitude » le constat formulé dans le même journal, rappelant qu’en 2014 et 2016 les Bleus avaient pareillement entamé leur Tournoi sur deux victoires, avant d’enchaîner les mauvaises performances pour terminer au-delà de la troisième place du classement, et pointer non seulement les marges de progression mais également les points forts sur lesquels les Français vont pouvoir s’appuyer.

En rugby comme dans d’autres disciplines collectives, une équipe a besoin de temps pour développer ses qualités et minimiser ses points faibles. Du temps, les prédécesseurs de Fabien Galthié ont pu en avoir grâce aux conventions passées entre la FFR et la Ligue nationale de rugby. Mais outre la tendance au turn-over qui les a communément caractérisés, la mise à pied de Guy Novès après deux années de mandat n’a pas précisément permis d’instaurer un climat de stabilité susceptible de porter ses fruits. Il faut l’espérer, Fabien Galthié devrait pouvoir en bénéficier. A lui d’en profiter.

On ajoutera à cet environnement favorable un staff élargi et expérimenté, ainsi qu’un groupe de joueurs talentueux et, visiblement, prêts à faire les sacrifices nécessaires pour former une équipe compétitive au plus haut niveau. La conjonction de ces facteurs est inédite et explique sinon l’enthousiasme du moins l’optimisme dont peuvent faire preuve un grand nombre d’observateurs. Sans conteste, on se situe au-delà de la soi-disant période d’état de grâce qui caractériserait tout nouveau sélectionneur.

Optimisme, donc, mais aussi prudence. Une défaite à Cardiff ne devra pas remettre en cause la démarche, pas plus qu’une victoire ne justifierait le moindre triomphalisme. Si au nombre des vertus qu’on se plait à trouver dans une équipe de rugby – et tout particulièrement ce XV de France, la combativité et la solidarité occupent le premier rang, c’est à la mère de celles-ci qu’il conviendra d’en appeler tous ses supporters, à savoir la patience.

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