Après le désespoir, des espoirs ?

© Juan Gasparini

L’exploit n’est pas mince. Il est, pour le rugby français, une magnifique bouffée d’oxygène dans une période où les motifs de se réjouir ne sont pas légions : l’équipe de France masculine des moins de vingt ans est parvenue à conserver son titre acquis l’an passé. En réalisant cette passe de deux, les « U20 » tricolores font aussi bien que l’Angleterre (2013-2014) et deviennent la troisième sélection nationale à compter au moins deux trophées, loin derrière la Nouvelle-Zélande (6 fois titrée) mais au contact de l’Angleterre (3) et devant l’Afrique du Sud (1).

Cet exploit a sans doute été rendu possible par un concours de circonstances très favorables : les Bleuets ont décroché leur place en demi-finales malgré un gros revers face à l’Argentine au gré d’une victoire des Sud-Africains sur de très décevants Baby Blacks, et, à la différence de l’année précédente, n’ont eu à affronter ni les Néo-Zélandais, ni les Anglais, éliminés en phase de poule.

Si ce succès apparaît quelque peu « heureux », il n’est certainement pas le fruit du hasard. Plusieurs des champions 2019 figuraient déjà dans le groupe – voire dans le XV titulaire – sacré en 2018, dont Louis Carbonel, prolifique ouvreur dont le taux de réussite dans l’exercice des coups de pied n’est pas étranger à la réussite de son équipe. L’expérience d’une compétition réussie l’an passé a sans conteste apporté non seulement de la lucidité dans les moments clés mais également de la confiance lorsqu’il fallait affronter des conditions de jeu difficiles.

L’autre facteur-clé est sans doute à chercher du côté du Top14 et de la ProD2. Au moins la moitié du groupe évolue au sein des effectifs professionnels et ont pu disputer des matchs dans ces championnats. Au-delà des titularisations et entrées en cours de partie, le fait de se préparer dans un groupe pro enrichie nécessairement l’approche du rugby et ses exigences au haut niveau.

La politique des JIFF (joueurs issus des filières de formation) est-elle responsable de ces résultats remarquables de la part des U20 ? Il serait faux d’en faire la seule raison. D’abord parce qu’il faut louer les acteurs de la formation qui ont certainement fait évoluer leurs méthodes et leurs outils. Ensuite parce qu’on ne peut écarter le phénomène générationnel pouvant conduire à plusieurs années sans l’émergence de talents susceptibles de glaner des titres internationaux.

Les JIFF, avec leur cortège d’effets indésirables qu’il ne faut pas occulter, ont pourtant contribué à installer une forme de mécanique vertueuse, poussant notamment les clubs à accentuer leurs efforts pour intégrer la formation des jeunes les plus prometteurs dans leur structure professionnelle. Il n’est qu’à voir la réussite toulousaine actuelle pour s’en convaincre. Désormais, un « espoir » n’est plus seulement un joueur potentiellement utilisable, côtoyant les pros de loin en loin et susceptible de combler les trous en cas de doublon ou de blessure (et d’indisponibilité de joker médical…). Il est, de plus en plus régulièrement, un élément incontournable de la stratégie sportive des clubs.

Tous les jeunes titrés en 2018 et 2019 ne seront pas candidats à un maillot bleu en 2023. On peut même affirmer que tous ne joueront pas en Top14 ni même en ProD2. Mais la conjonction de ces sacres mondiaux et de l’émergence de plusieurs talents déjà reconnus par les clubs professionnels donne à ceux que la situation actuelle du XV de France désespèrent sinon la conviction de lendemains qui chantent du moins la perspective d’un ciel un peu plus bleu.

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XV de France : quand c’est flou, il y a un loup

Jacques Brunel – qui est toujours officiellement le patron du XV de France malgré l’arrivée de Fabien Galthié, déjà désigné comme son successeur dans quelques mois – a livré la liste des 31 joueurs sélectionnés pour participer à la prochaine coupe du monde au Japon, auxquels s’ajoutent 6 réservistes destinés à pallier d’éventuels forfaits de dernière minute.

Le moins que l’on puisse dire est que la liste elle-même, comme les explications données par le sélectionneur, donnent un sentiment de flou artistique. Entre les absents pour cause officielle de blessure et les sélectionnés toujours sur le flanc, les appelés au nom de la vitesse de jeu et ceux qui figurent dans la liste malgré d’évidentes carences dans ce domaine, entre les choix fondé sur le principe de « l’homme en forme » et ceux qui ne sauraient d’évidence reposer sur ce même principe, les motifs sont légions de considérer avec circonspection cette liste dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne porte pas à l’optimisme.

A vrai dire, la composition dévoilée ce mardi est à l’image du staff : hétérogène et sans véritable identité collective. Quand certains appelaient à un renouvellement en profondeur de l’effectif pour préparer l’avenir en utilisant la campagne nipponne comme répétition grandeur nature de l’édition française dans quatre ans, d’autres espéraient un groupe composé des cadres les plus méritants de ces dernières saisons sous le maillot bleu.

On aura finalement eu un peu des deux, avec des petits nouveaux n’ayant jamais revêtu la tunique frappée du coq mais bigrement prometteurs pour les échéances postérieures (Setiano, Mauvaka, et même Raka, malgré une saison en dents de scie…), et des anciens sur lesquels s’appuyer, à condition qu’ils se donnent les moyens d’arriver au Japon à leur meilleur niveau – ce qui est loin d’être assuré (Poirot, Fofana, fickou, Vahaamahina, ou, évidemment, Guirado). S’y ajoutent les hommes en forme de ces derniers mois (Dupont, Doumayrou, Guitoune, Lambey…), qui côtoient des internationaux dont on peut précisément discuter les performances du moment (Machenaud, Serin ou Picamoles…).

Cette tenace et désagréable impression de bric-à-brac sans colonne vertébrale pourra-t-elle évoluer au gré de la préparation, lorsque la philosophie générale du jeu souhaité par Fabien Galthié, dont on ne peut imaginer qu’il ne l’imposera pas, aura imprégné ce groupe ? Il faut l’espérer.

En attendant, le flou qui entoure la composition du groupe France contribue grandement à nourrir les interrogations des amateurs de rugby sur la gestion du XV de France depuis deux ans, et sur les capacités du staff à qualifier l’équipe pour les quart-de-finale de la prochaine Coupe du monde.

Comme le dit l’adage, quand c’est flou, il y a un loup. Et ça, ce n’est jamais bon pour un coq…

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Eloge de la patience

Le Stade toulousain a remporté samedi le Bouclier de Brennus, donnant à son palmarès extraordinaire l’éclat d’un chiffre rond : 20 titres, soit six de plus que le Stade français – dont une bonne moitié a été glanée dans les premières années d’un championnat de France qui se réduisait à quelques clubs, neuf de plus que l’ogre Biterrois qui écrasa de son pack d’airain le rugby des années 70 et 80.

Pour parvenir à inscrire une nouvelle fois son nom sur le précieux « bout de bois », le Stade toulousain a battu un Clermont qui aura un peu donné l’impression de n’avoir toujours pas décroché de son paletot son étiquette de perdant magnifique, malgré deux trophées remportés en 2010 et 2017.

Impatients de mettre fin à cette fichue série de quatre défaites en finale face à Toulouse, les Clermontois ont bafouillé leur rugby et laissé filer au score un adversaire pourtant à leur portée, comme en témoigne le score final (24-18).

Bête noire de l’ASMCA qu’il a donc battue une cinquième fois, le Stade toulousain aura su faire preuve sur ce match d’une vertu qui aura un peu manqué aux Auvergnat samedi soir, vertu cardinale de ce club, tout particulièrement depuis 2015 : la patience.

En prenant les rênes de Toulouse en juillet 2017, Didier Lacroix a choisi de maintenir le manager Ugo Mola à son poste, malgré une saison totalement ratée, le Stade terminant à une peu enviable douzième place. Sans céder à ceux, nombreux, qui en réclamaient la tête, Didier Lacroix a renforcé la cohérence de l’approche sportive du club, avec une coordination plus poussée entre formation et équipe professionnelle, en plaçant à des postes clés quelques anciens coéquipiers totalement en phase avec l’objectif de rendre à Toulouse non seulement la première place en Top14, mais également son leadership dans l’approche « totale » du rugby qui a longtemps fait sa légende.

De la patience, donc, les dirigeants toulousains en ont fait preuve, pour laisser Ugo Mola tâtonner encore lors de la saison 2017-2018 pour finalement trouver cette année le bon équilibre entre jeunesse et expérience, entre combat et évitement, entre défense de fer et attaque de feu.

L’approche sportive impulsée par Ugo Mola a porté ses fruits, la finale reproduisant sur 80 minutes le film d’une saison remarquable : le Stade a d’abord défendu de manière admirable, mêlant intensité et intelligence, ciblant les faiblesses clermontoises et profitant de l’incapacité auvergnate à sortir proprement de son camp. La pression défensive des hommes d’Ugo Mola a étouffé ceux de Franck Azéma, avant que les attaquants toulousains ne bonifient superbement quelques occasions de scorer, peu nombreuses mais décisives.

Le Stade toulousain est un beau vainqueur, qui a planté les graines d’un succès que certains le verraient bien cultiver encore plusieurs années. Car il est du rugby comme du jardinage : la patience est toujours durablement récompensée.

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Toulouse – Clermont, le beau jeu au conditionnel

Toulouse et Clermont ont réussi à déjouer les probabilités et se retrouveront donc au Stade de France samedi soir pour se disputer le Bouclier de Brennus. Sans trop forcer leur talent, et bien aidé par leur banc, plus frais et plus étoffé que celui des Rochelais et des Lyonnais, le Stade toulousain et l’ASM Clermont-Auvergne ont dominé des adversaires qui ne seront jamais vraiment parvenus à les faire douter.

Sur le papier, cette finale est la plus alléchante qui soit, et pas seulement parce qu’elle opposera les deux équipes les mieux classées à l’issue de la saison régulière. Par leurs ambitions offensives, par leur volonté de ne pas réduire le rugby à une série de chocs frontaux, Toulouse et Clermont composent l’affiche de rêve d’un championnat au jeu trop souvent restrictif dont, il est vrai, on a vu des prémices d’évolution plutôt positives depuis quelques mois.

Pourtant, il faut se garder de tout excès d’enthousiasme. Les exemples abondent en effet de finales qui devaient constituer l’acmé du beau jeu et qui ont donné lieu à des purges indigestes.

Qu’on se souvienne aussi des succès toulousains de ce dernier quart de siècle, quand le parangon du jeu de main se transforma plus souvent qu’à son tour en chantre du rugby réduit à sa plus simple expression, celle du lénifiant (mais efficace) triptyque « conquête – occupation – réalisme », avec l’essentiel des points inscrits sur des coups de pied de pénalité et des essais souvent de rapine.

Clermont a certes moins souvent transigé sur ses principes mais, si l’on dresse son ratio de victoire en finale, pas forcément pour son plus grand bénéfice. A l’instar de son concurrent toulousain, le club auvergnat a obtenu ses succès en pratiquant un rugby moins chatoyant qu’à l’accoutumé.

Est-ce à dire qu’une fois de plus l’enjeu va tuer le jeu ? Il reste des motifs d’espérer. En premier lieu parce qu’en demi-finales, les deux clubs n’ont pas bouleversé leur façon de jouer, persévérant dans la recherche des intervalles et des solutions au large. Ensuite, parce leur profondeur de banc les autorisent à nourrir ces ambitions de mouvement très exigeantes pour les organismes. Enfin parce que malgré une saison à rallonge, leurs joueurs paraissent disposer d’encore un peu de fraîcheur tant mentale que physique. Le fait de ne pas disputer les barrages les y aura aidés.

Importants, ces facteurs ne seront sans doute pas les plus déterminants : la clé de la réussite – et du spectacle – sera trouvera sans doute dans la capacité des deux équipes à dynamiser leurs rucks offensifs et organiser le désordre dans la défense adverse au profit d’une cavalerie très à l’aise dans l’art du contre. Or ces deux équipes, si elles sont les plus prolifiques en attaques, font également partie des formations les plus hermétiques du championnat.

Ne nous y trompons donc pas. C’est d’abord en conquête que la finale se jouera. Et que le jeu trouvera, ou non, à s’épanouir.

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