On peut toujours rêver

C’est toujours la même histoire. La Coupe du monde vient se terminer prématurément pour le XV de France, et, comme d’habitude, les interrogations fleurissent un peu partout dans l’ovalie hexagonale : va-t-on un jour se donner les moyens de remporter un trophée qui nous fuit depuis sa création ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que la prochaine édition sera organisée en France. Après la déconvenue de 2007, il serait de bon ton, en particulier au regard des prétentions du rugby tricolores et de ses dirigeants – que ce soit du côté de la fédération ou de celui des clubs professionnels, que le capitaine du XV de France soulève la coupe William-Webb-Ellis en novembre 2023.

La défaite en trompe-l’œil face aux Gallois ressemble malheureusement beaucoup à celle de 2011, en finale celle-là, le petit point de différence au score conduisant à occulter tous les facteurs qui, mis bout à bout, pouvaient expliquer l’incapacité tricolore à décrocher la timbale. On espère vraiment, sans trop y croire, que cette fois les velléités de changement ne resteront pas lettre morte.

Car il serait illusoire de penser qu’en comptant sur quelques mois de préparation avant la compétition et la génération « montante » d’internationaux, on parviendra à remporter une coupe du monde.

S’agissant des Bleuets champions du monde en 2018 et 2019, ils témoignent de la qualité de la formation française et de sa capacité à « sortir » de jeunes joueurs susceptibles d’endosser un jour le maillot de la « grande » équipe de France. Cependant, il faut souligner l’énorme fossé qui sépare les compétitions U20 du très haut niveau international « sénior », tant sur le plan de l’intensité que des exigences techniques. Pour y parvenir, les jeunes doivent s’aguerrir et cela passe par les clubs professionnels. Or ces derniers, s’ils ne se montrent pas hostiles à intégrer des internationaux U20 dans leur effectif, n’ont pas comme objectif de les former, ce qui explique le temps de jeu limité offert aux intéressés – qui à l’heure actuelle ne sont pas majoritaires au sein du vivier des champions du monde.

D’une manière plus générale, les clubs du Top14 défendent des intérêts qui ne sont pas ceux du XV de France : un championnat plus resserré, synonyme de moins de matchs donc de plages de repos plus conséquentes, une gestion à la carte des internationaux, qui seraient exemptés de certaines rencontres, voilà qui n’entre certainement pas dans leurs plans. Les présidents de club revendiquent en leur qualité d’employeur de traiter leurs internationaux comme ils l’entendent. Il est, de ce point de vue, difficile de leur donner tort. Mais sans évolution sur ce plan, il ne sera pas possible à l’équipe de France de rivaliser dans un domaine particulièrement important, celui de la condition physique.

Sans demander la lune, on peut toujours rêver à une vraie refonte des championnats professionnels qui garantirait les conditions d’un XV de France compétitif et pérenniserait dans le même temps ce qui fait l’ADN de l’ovalie hexagonale, à savoir la quête du Bouclier de Brennus. Mais la réalité va très certainement rattraper les rêveurs et le sélectionneur continuera à travailler avec des contraintes identiques à celles qu’ont connues tous ses prédécesseurs sous l’ère professionnelle.

Reste désormais à organiser le plus efficacement possible les relations entre les clubs et le staff du XV de France. Fabien Galthié a déjà mis sur la table des intentions et des propositions. Mais plusieurs réactions de dirigeants de clubs laissent planer le doute sur leur volonté de coopérer et de dépasser ce qui actuellement ressemble davantage à du bricolage qu’à autre chose.

Les quelques séquences de jeu qui ont éclairé les prestations tricolores à l’occasion de la Coupe du monde au Japon ont donné le sentiment que le rugby français disposait comme les grandes nations du matériau dont on fait les champions du monde. Mais en l’absence d’une volonté partagée par tous, ce matériau restera à l’état brut.

Et si rien ne change, il faudra, encore et toujours, se contenter de rêver.

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(1 commentaire)

    • Ayout on 24 octobre 2019 at 15 h 41 min
    • Répondre

    Salut Antoine ! Encore une fois tu as tout dit

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