Novès et les novices

Guy Novès est peut-être l’un des sélectionneurs les plus âgés jamais portés à la tête du XV de France, ce n’est visiblement pas pour autant qu’il se défie de la jeunesse. En témoigne la composition qu’il vient de donner de l’équipe qui affrontera samedi l’Italie au Stade de France.

Rajeuni, avec quatre « néo-capés » (Paul Jedrasiak, Sébastien Bézy, Jonathan Danty et Virimi Vakatawa) et trois internationaux à moins de dix sélections (Jules Plisson, Wenceslas Lauret et Hugo Bonneval), ce XV de France de novices répond à l’appel d’air réclamé par les 65 millions de supporters après le fisco du dernier mondial. Il n’y aura pas de baroud d’honneur pour vieilles gloires, comme Philippe Saint-André l’avait organisé au tout début de son mandat. On se rapproche plutôt d’un Marc Lièvremont qui avait lancé dans le grand bain dès sa prise de fonction des minots comme Morgan Parra, François Trinh-Duc ou Fulgence Ouedraogo.

Face à une formation italienne dont la seule arme est de pouvoir compter sur le meilleur numéro huit du monde, Sergio Parisse, Guy Novès aurait eu tort de se priver d’appeler de jeunes talents. Sans vouloir faire injure à nos amis italiens, tout autre résultat qu’une victoire ne serait pas seulement une surprise, ce serait, disons le tout net, une catastrophe.

La charnière constituée de Sébastien Bézy et Jules Plisson ne brillera pas par son expérience. Mais après tout, comme aurait pu le dire Alphonse Allais s’il avait aimé le rugby, on n’a jamais vu débarquer en équipe de France ou chez les All Blacks un néo-international à 50 sélections. Et si Guy Novès décide, à contre-courant de ce qui se fait chez nous depuis la nuit des temps, d’installer une charnière un peu durable, on ne lui en voudra pas, même si elle connaît des ratés ici ou là.

La paire de centre Jonathan Danty – Gaël Fickou semble de nature à égayer nos après-midi dionysiens, à condition toutefois que leur complémentarité se vérifie. Avec le centre parisien, Guy Novès et ses collègues ne disposent pas d’un « 5/8ème » comme on les affectionne en Nouvelle-Zélande. A la différence d’Eddie Jones, qui a choisi de positionner Owen Farrell en premier centre pour affronter l’Ecosse ce week-end, le staff tricolore fera reposer l’essentiel du jeu au pied sur la charnière.

Aux ailes, blessures et méformes ont conduit à donner ou redonner leur chances au prodige fidjien Vakatawa et au parisien Hugo Bonneval. Le premier n’a plus de repères à XV, le second en a davantage à l’arrière, même si c’est à l’aile qu’il a joué trois fois sur quatre en équipe de France. Là encore, on peut estimer que l’Italie est l’adversaire parfait pour donner du temps de jeu à de forts potentiels. De surcroît, si Novès se prive d’un deuxième botteur au centre de la ligne de trois-quarts, il dispose d’un joueur au pied supplémentaire avec Bonneval.

En numéro 15, Maxime Médard fait son retour au bénéfice de sa forme du moment. Son expérience sera utile à une ligne de trois-quarts dont, on l’a dit, ce n’est pas l’atout premier.

Devant, il faut souligner l’intérêt provoqué par l’association de Yoann Maestri et Paul Jedrasiak, dont on subodore qu’elle pourrait bien constituer l’attelage d’avenir du XV de France. Et l’on se prend à rêver d’une complicité et d’une efficacité à la Soro – Moga qui lorgnerait du côté de chez Whitelock et Retallick.

Quant à la présence de Damien Chouly, qui n’a jamais vraiment convaincu chez les Bleus, elle se justifie – Guy Novès l’a dit – par l’apport du Clermontois en touche. L’importance de ce secteur dans le rugby moderne justifie que le staff y attache toute l’attention requise. Au prix de l’efficacité dans le jeu courant ? Il faut espérer que la fameuse mobilité dont Damien Chouly pouvait se prévaloir à défaut d’autres qualités plus physiques dont il laissera le bénéfice à Louis Picamoles, cette mobilité, donc, saura s’exprimer dans un contexte moins soucieux d’impacts que de continuité du jeu. De l’autre côté de la mêlée, Wenceslas Lauret, que l’ancien sélectionneur présente dans son livre comme le futur Thierry Dusautoir, aura une nouvelle occasion de se mettre en valeur, lui qui n’en a jamais vraiment eu en sept sélections.

Aux fauteuils d’orchestre, on retrouvera la première ligne du mondial. Elle n’avait pas été la plus fautive dans le naufrage collectif d’octobre dernier. Mais on espère la voir hausser son niveau de jeu. Elle en a le talent et les capacités.

Sur le papier, cette équipe suscite de l’espoir chez les supporters. C’est toujours un peu le cas après chaque renouvellement de sélectionneur, spécialement quand l’ex-titulaire de la charge a déçu comme ce fut le cas de Philippe Saint-André. Reste que l’appel aux jeunes, y compris sur le banc de remplaçants où prendront place Camille Chat et Yacouba Camara, fait souffler une brise légère sur les esprits tricolores.

Pourvu que cela dure.

Fra-Ita

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