L’Irlande, enfin !

Les Irlandais peuvent exulter : ils ont enfin fait chuter les All Blacks (photo AFP)

Cent-onze ans qu’elle attendait ça. L’irlande vient de mettre fin à une incroyable série de revers face à la Nouvelle-Zélande. Elle qui n’était jamais parvenu à terrasser l’ogre néo-zélandais depuis leur première rencontre, le 25 novembre 1905, a dû attendre la 29ème confrontation pour y parvenir. Et comme les Irlandais ne font vraiment jamais rien comme les autres, ils ont accompli cet exploit loin de leurs bases, au Soldier field stadium de Chicago.

On sentait les hommes de Joe Schmidt capables de l’emporter, eux qui avaient battu les Springboks chez eux à l’occasion de leur tournée estivale en juin dernier. Mais leur incapacité chronique à prendre le dessus sur les All Blacks – souvenez-vous de 2013 – et l’insolente réussite des Néo-Zélandais, invaincus en dix-huit matchs, ne laissait pas beaucoup de place aux espoirs des supporters du XV du trèfle venus en nombre à Chicago, une ville où la communauté irlandaise est importante.

Et l’entame de la rencontre semblait donner raison aux pessimistes, avec un essai inscrit par le centre des All Blacks George Moala dès la cinquième minute de jeu. Mais cet essai a visiblement produit l’effet inverse à celui imaginé, galvanisant les Irlandais et coupant la tête et les jambes des hommes en noir. Dans une première mi-temps à sens unique, le XV d’Erin a mis sous l’éteignoir son vis-à-vis, monopolisant le ballon et mettant systématiquement la pression sur les attaquants les rares fois où il leur laissait le cuir. Bien organisés, particulièrement disciplinés (seulement quatre fautes sifflés contre eux durant l’ensemble de la partie), les Irlandais ont pris le large à la mi-temps (25-8).

La réaction néo-zélandaise était attendue en seconde période, elle a bien eu lieu. Et on a même cru un moment que l’inexorable allait se produire, les All Blacks revenant à quatre points à quelques minutes du terme. Mais le terrible scénario de 2013, quand les hommes de Richie McCaw avaient inscrit l’essai de la victoire dans les arrêts de jeu, ne s’est pas reproduit. Ce sont au contraire les Irlandais qui ont enfoncé le clou, scellant le sort de la rencontre par le centre Robbie Henshaw.

La tentation est grande d’expliquer ce résultat par la fatigue physique de joueurs néo-zélandais en fin de saison et par la lassitude mentale qu’ils devaient nécessairement éprouver à force d’enchaîner les succès. Il y a sans doute un peu de cela. Peut-être faut-il également pointer une forme de suffisance qui a pu éclore peu à peu dans les esprits de joueurs encensés comme des demi-dieux par les quatre millions de fidèles, pardon, d’habitants du Pays du long nuage blanc.

Mais la victoire irlandaise est avant tout liée à deux facteurs qui ne doivent rien aux All Blacks : la détermination et l’organisation dont ont fait preuve les joueurs d’Erin durant toute la partie. Prenant à la gorge leurs adversaires, ne laissant presque jamais les surnombres se créer, limitant au maximum les occasions de décalages, ils ont en outre admirablement converti leurs occasions d’essai. Leur science du groupé pénétrant a fait merveille tout comme leur capacité à déchirer le rideau défensif adverse dans un jeu direct d’une grande efficacité. Enfin, il faut noter la très belle performance de Jonathan Sexton et de son jeune remplaçant, Joe Carbery, étonnant de maturité.

Auteurs d’une première mi-temps catastrophique, les All Blacks ont couru en vain après le score, au point de douter d’eux et, finalement, de s’incliner. Nul doute qu’ils ne présenteront pas le même visage dans deux semaines à Dublin. La revanche s’annonce explosive. En attendant, l’histoire retiendra qu’un Néo-Zélandais, l’entraîneur Joe Schmidt, aura mis fin à l’invincibilité de ses compatriotes, pour le plus grand bonheur des supporters irlandais et de leurs descendants américains.

Le XV du Trèfle aura mis plus d’un siècle à mettre fin à une incongruité sportive, laissant désormais à l’Ecosse le triste privilège d’être la seule Home Nations à n’avoir jamais battu les All Blacks.

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