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Fév 18

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Linge sale 2.0

La coïncidence est malheureuse : alors que Hans-Peter Wild, le propriétaire du Stade français, séjourne dans la Capitale et en profite pour faire le point sur la situation et l’avenir du club, ses joueurs se sont inclinés à Jean-Bouin devant le LOU, concurrent très direct aux places de barragistes.

On se doute que l’austère magnat suisse n’a apprécié ni le résultat, ni la manière avec laquelle celui-ci est advenu. Mais pas question d’en avoir une confirmation publique, car Monsieur Wild ne partage visiblement pas le goût de certains de ses pairs pour le lavage de linge sale en public.

Difficile en effet de ne pas opposer le mutisme du propriétaire du Stade français aux propos très durs prononcés publiquement par Mourad Boudjellal à l’encontre de ses joueurs au terme d’une défaite à Agen qui compromet significativement les chances du RCT de participer aux phases finales.

Particulièrement ciblé, le néo-zélandais Julian Savea s’est carrément vu signifier la fin de son contrat (ce qui reste juridiquement improbable). Quant à ses coéquipiers, ils s’en tirent à peine mieux, avec un florilège de flèches à faire pâlir de jalousie Saint-Sébastien.

Le président du RCT n’en est pas à sa première sortie médiatique. Mais celle-ci pourrait bien laisser des traces. Car le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a pas été très bien accueillie par la communauté des joueurs internationaux, notamment ceux issus de l’Océan Pacifique qui ont d’ores-et-déjà exprimé un certain nombre de critiques via les réseaux sociaux.

Indubitablement, la charge de Mourad Boudjellal ne brille pas par sa nuance. Et le rugby étant ce qu’il est, régler ses comptes publiquement plutôt qu’en famille n’est pas vu du meilleur œil.

Si le premier réflexe est de donner raison à ceux qui critiquent les outrances du président toulonnais et soulignent le risque qu’elles ne soient finalement contreproductives pour son club, on peut néanmoins avancer quelques arguments pour nuancer cette position.

En premier lieu, les contreperformances du RCT en général et de l’ailier All Black en particulier apparaissent suffisamment récurrentes pour ne pas penser que Mourad Boudjellal a déjà fait valoir en interne ses reproches.

Ensuite, la rémunération de l’international néo-zélandais, fixée à l’aune de ses prestations sous le maillot à la fougère, justifie que ce dernier se montre un peu moins économe de ses efforts. Car au-delà des choix contestables de son manager qui peuvent contribuer à expliquer ses difficultés, son manque d’implication devient un tantinet trop évidente pour que Patrice Collazo en endosse seul la responsabilité.

Enfin, de manière plus générale, la génération actuelle de joueurs, et notamment ceux dont les émoluments sont les plus importants, profite assez largement de la médiatisation accrue dont ils sont l’objet, en particulier sur les réseaux sociaux, pour faire fructifier leur image et en tirer des compléments de rémunérations.

Dès lors, même si l’on peut se montrer réservé à l’égard des critiques un peu systématiques formulées par les dirigeants du rugby professionnel à l’égard de leurs salariés, il est difficile de ne pas y voir une évolution que les joueurs eux-mêmes ont contribué à forger.

A l’ère du rugby 2.0, le linge sale se lave désormais dans une sphère qui déborde celle du club. Mais après tout, faut-il totalement s’en désoler ? Car l’histoire de ce sport regorge de bisbilles qui auraient certainement gagné à ne pas rester confinées dans les vestiaires ou les bureaux des hiérarques de la chose ovale.

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