Les musiciens du Titanic

Cinq secondes. C’est la statistique qui résume le mieux la performance du XV de France dimanche à Dublin. En première période, les hommes de Jacques Brunel ont passé cinq faméliques secondes dans les vingt-deux mètres adverses, rentrant fanny au vestiaire avec un déficit de dix-neuf unités. A l’heure de jeu, l’écart était passé à vingt-six points pour des Tricolores noyés par la marée verte.

Le score final, 26-14, ne reflète en rien la physionomie d’une rencontre à sens unique, les Irlandais concédant deux essais en fin de rencontre, alors que leurs principaux cadres étaient déjà repartis sur le banc depuis belle lurette et que le sort de la partie ne présentait plus la moindre incertitude pour l’équipe de Joe Schmidt.

Cette fin de match, pourtant, Jacques Brunel et Mathieu Bastareaud, interrogés après la rencontre, semblent s’y raccrocher comme deux naufragés à une bouée, en insistant sur « les choses positives » qu’il faudrait retenir de ces deux essais et, plus globalement d’une deuxième période moins catastrophique que la première.

Pourtant, pas plus que la victoire en trompe-l’œil obtenue il y a dix jours face à des Ecossais privés de plusieurs joueurs clés et proposant un jeu très en-deçà du haut niveau international, ces deux essais inscrits à Dublin ne doivent masquer la triste réalité : le XV de France est un Titanic en train de sombrer. Et même si l’orchestre continue de nous jouer la musique du « ça va mieux aujourd’hui et ça ira encore mieux demain », seul les plus naïfs des supporters français peuvent encore espérer autre chose qu’une inexorable plongée dans des abîmes de médiocrité ovale.

Devenu un objet de moquerie ou, pire, de commisération pour la presse anglo-saxonne, le XV de France ne fait plus peur à personne, ses supporters mis à part.

Foin de la petite musique entendue ad nauseam sur la capacité de cette équipe à « n’être pas loin » de ses adversaires, au motif qu’elle parvient à les inquiéter de temps en temps, durant une mi-temps ou pendant vingt minutes. Il faut à ses dirigeants faire le constat lucide de ce qui ne fonctionne pas. Visiblement, la mise à disposition prolongée des joueurs ne suffit pas, puisque le niveau de l’équipe baisse quand le sélectionneur n’a jamais autant eu ses internationaux sous la main.

Bernard Laporte doit se poser la question du management et du staff susceptible de piloter plus efficacement un effectif dont on est convaincu qu’il peut, qualitativement, faire bien mieux que la bouillie de rugby proposée à chacune ou presque de ses sorties. Cela doit être sa priorité.

Les objectifs doivent bien sûr être plus ambitieux. Mais le président de la FFR n’a pas de prise suffisante sur les clubs pour espérer à moyen terme que ces derniers se mettent davantage au service d’un projet de jeu global, à l’image de ce qui se fait en Irlande voire en Nouvelle-Zélande. Il lui faut donc opérer là où il en a aujourd’hui le pouvoir, pour remettre à flot le Titanic.

Quitte à virer aujourd’hui tous ses musiciens.

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(2 commentaires)

  1. Des musiciens qui jouent faux.

  2. C’est exactement ça, l’image des musiciens est bien trouvée 😉

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