Les grandes espérances

C’était le match le plus important depuis des lustres, quatre ans peut-être. Celui qui déciderait du sort d’un XV de France qu’on voyait presque certainement éliminé dès les phases de poule de cette neuvième coupe du monde de l’histoire. Pourtant, déjouant les pronostics, ces diables de Français ont réussi à vaincre des Argentins qui ont bien mal justifié leur étiquette de favoris.

Il a suffi d’une mi-temps enlevée, échevelée, marquée de deux essais comme autant de pierres blanches et conclue par un score sans appel de 20 à 3 pour nous convaincre que le XV de France peut proposer autre chose que le triste spectacle auquel il nous a habitué depuis trop longtemps.

Mais rien n’est jamais si simple avec cette équipe. Méconnaissables en seconde période, alors que les Pumas semblaient quant à eux revenus du vestiaire la tête remise à l’endroit par Mario Ledesma, les Bleus ont enchaîné les fautes défensives et les choix offensifs catastrophiques. Eux qui privèrent les Argentins de munitions durant les quarante premières minutes, s’ingénièrent à leur offrir de multiples occasions de scorer, permettant à leurs adversaires d’inscrire 18 points et de passer en tête à onze minutes du terme de la rencontre.

Il a fallu un drop salvateur de Camille Lopez, entré en jeu peu de temps auparavant, pour permettre aux Français de prendre définitivement l’avantage, avant qu’une trajectoire facétieuse du ballon ne prive l’Argentin Emiliano Boffelli de la pénalité de la gagne.

L’indiscipline caractérisée dont ils ont fait preuve face aux Argentins (15 fautes contre 5 seulement à leurs adversaires !) n’a pas été rédhibitoire pour les hommes de Jacques Brunel, sans doute grâce à l’étonnante mansuétude dont a fait preuve à leur endroit l’arbitre australien James Gardner, qui aurait pu sortir un carton jaune et même accorder une pénalité sur la dernière possession des pumas. Mais il serait étonnant qu’ils s’en sortent aussi bien les prochaines fois.

Alors que cette victoire permet aux tricolores d’espérer se qualifier pour les quart-de-finale (pour cela il leur faudra normalement terminer avec un total de points au moins égal à celui des Argentins), le sentiment reste fort d’une grande fragilité de leur jeu, comme s’ils doutaient de leur capacité à maintenir un niveau élevé d’engagement et de lucidité.

La préparation physique censée les mettre au niveau de leurs adversaires n’a pas, pour l’instant, fait la preuve de son efficacité. Les retards dans les soutiens, les prises de balles arrêtées et autres placements hasardeux observés en seconde période sont autant de signes d’organismes fatigués. On sait qu’il est habituel de programmer des « pics de forme » plus tardifs dans la compétition. La suite dira si les Bleus se trouvent dans cette situation ou si le mal est plus profond.

Mais malgré tous ses défauts, malgré une deuxième mi-temps ressemblant tristement à la bouillie de rugby qu’elle nous a servie trop souvent ces dernières années, ce match permet à tous les amoureux de l’équipe de France de nourrir de grandes espérances. Oh, pas pour cette coupe du monde, non. Peut-être pas même pour la prochaine. Mais tout simplement dans le jeu qu’ils souhaiteraient voir les Bleus pratiquer.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/les-grandes-esperances/

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.