Légion étrangère

Philippe Saint-André a dévoilé hier une liste de 35 joueurs qui participeront à la tournée estivale du XV de France en Nouvelle-Zélande en juin prochain.

Ce qui frappe évidemment à la lecture de cette liste, c’est le nombre important de joueurs étrangers y figurant. Ils ne seront pas moins de 4, trois Sud-Africain et un Fidjien, à partir affronter les All-Blacks sur leurs terres. Et ils auraient sans doute été un de plus si Alex Tulou, le numéro 8 de Montpellier, n’avait pas malencontreusement disputé quelques minutes d’un match de rugby à 7 sous le maillot Néo-Zélandais, quelques minutes qui le rendent « non sélectionnable » pour l’équipe de France.

Quatre joueurs étrangers, donc, porteront la tunique bleue à l’occasion d’une des quatre rencontres que les hommes de PSA disputeront au pays du Long nuage blanc. C’est sans doute le contingent le plus important de l’histoire.

Une telle situation est évidemment la conséquence des l’afflux massif de joueurs étrangers dans notre championnat. Il va de soi que plus leur nombre augmente, plus il y a de chances d’y trouver quelques perles pour le XV de France. De surcroît, la politique des clubs consistants à recruter de jeunes joueurs étrangers pour les intégrer dans leurs centres de formation, en vue de satisfaire aux exigences du système « JIFF », conduit assez naturellement à accroître le bataillon d’étrangers sélectionnables.

On peut nourrir quelques craintes légitimes devant un tel afflux. Concurrencés dans leurs clubs, les jeunes joueurs français le sont désormais en équipe de France. Les places y sont chères, elles pourraient bien devenir rapidement hors de prix, notamment à certains postes où la raréfaction de joueurs Français commence à inquiéter (pilier droit, ouvreur et même ailiers).

Pour autant, on peut avancer quelques arguments pour nuancer le constat alarmiste dressé par certains spécialistes de la chose ovale.

En premier lieu, il convient de reconnaître que la réglementation le permettant, il est normal que Philippe Saint-André ne s’interdise pas de sélectionner des joueurs dont les qualités le justifient. Après tout, les Anglais ou les Néo-Zélandais ne se privent pas d’appliquer cette règle et cela ne leur réussit pas trop mal.

C’est sans doute sur ce point que les interrogations devraient porter : en quoi tel Sud-Africain est-il meilleur qu’un Français à un poste donné ? Laissons aux sélectionneurs, les mieux placés pour se forger une opinion, le soin de nous convaincre dans un mois sur les pelouses néo-zélandaises qu’ils ont eu raison d’appeler Daniel Kötze ou Bernard Le Roux plutôt qu’un pilier ou un troisième ligne Français.

Ensuite, il faut rappeler qu’une tradition existe d’ouvrir les portes des sélections à des joueurs étrangers. Pour son premier match officiel – déjà contre les All Blacks en 1906, le XV de France alignait un Canadien, William Crichton, et un Américain, Allan Muhr. Et sans aller jusqu’à remonter à l’antiquité de ce sport, souvenons-nous de la manière dont le centre Tony Marsh ou le pilier Pieter de Villiers ont honoré leurs sélections sous la tunique frappée du coq. Leur engagement et leurs performances sont autant d’arguments qui plaident en faveur des choix de PSA.

Enfin, l’appel à des joueurs étrangers doit constituer pour tous les jeunes Français un aiguillon qui les poussera à se sublimer et faire les efforts nécessaires pour faire parvenir jusqu’au graal de la sélection. N’oublions pas, comme le disait Brassens, que sans travail, le talent n’est qu’une sale manie. Et que plus d’un tricolore en puissance est resté dans l’anonymat pour n’avoir pas compris cela.

Alors, oui, on parlera sans doute de légion étrangère pour évoquer l’afflux de ces joueurs nés ailleurs que sur le sol français.

Mais après-tout, ladite légion n’a-t-elle pas, elle aussi, écrit quelques pages importantes de notre histoire nationale ?

Les sélectionnés :

Avants (19) : Eddy Ben Arous (Racing-Métro), Vincent Debaty (Clermont), Thomas Domingo (Clermont), Guilhem Guirado (Perpignan), Benjamin Kayser (Clermont), Dimitri Szarzewski (Racing-Métro), Luc Ducalcon (Racing-Métro), Daniel Kotze (Clermont), Nicolas Mas (Perpignan), Alexandre Flanquart (Stade Français), Yoann Maestri (Toulouse), Christophe Samson (Castres), Sébastien Vahaamahina (Perpignan), Yannick Nyanga (Toulouse), Fulgence Ouedraogo (Montpellier), Thierry Dusautoir (Toulouse, cap.), Bernard Le Roux (Racing-Métro), Antonie Claassen (Castres), Louis Picamoles (Toulouse).

Arrières (16) : Maxime Machenaud (Racing-Métro), Morgan Parra (Clermont), Frédéric Michalak (Toulon), Camille Lopez (Bordeaux-Bègles), Rémi Talès (Castres), Mathieu Bastareaud (Toulon), Gael Fickou (Toulouse), Wesley Fofana (Clermont), Florian Fritz (Toulouse), Maxime Mermoz (Toulon), Maxime Médard (Toulouse), Noa Nakaitaci (Clermont), Alexis Palisson (Toulon), Adrien Planté (Perpignan), Brice Dulin (Castres), Yoann Huget (Touloluse).

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(1 commentaire)

  1. Tout cela démontre que nous ne sommes pas prêts d’avoir une équipe de France de haut-niveau, tout simplement parce que la génération de joueurs n’est pas exceptionnelle. Que je sache Kotze ou LeRoux en sont pas des ténors de notre championnat, Claasen non plus d’ailleurs…
    En fait nous n’avons plus aucun joueur de classe mondiale, à part Picamoles. Vaches maigres…

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