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Déc 31

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Le très (trop) médiatique Nigel Owens

11268755Même si le rugby tente, tant bien que mal, de conserver les vertus qui ont fait de lui un sport à part, comme l’humilité ou la primauté du collectif sur l’individu, l’arrivée du professionnalisme et la montée en « toute-puissance » d’Internet a coïncidé avec une tendance médiatique de plus en plus marquée à mettre en avant tel ou tel joueur, voire à conférer à certains d’entre-eux un statut de « star » jusque là réservé à d’autres disciplines.

En France, on pense naturellement à Sébastien Chabal, dont la renommée dut davantage à une pilosité fournie et à deux plaquages sur Ali Williams et Chris Masoe qu’à ses qualités intrinsèques de rugbyman.

Au Pays de Galles, malgré la superbe saison de son équipe nationale, ce n’est pas à un joueur que profite la vague d’intérêt médiatique et populaire du moment, mais à un arbitre : Nigel Owens. Celui qui est présenté comme le meilleur sifflet de la planète ovale, ce qu’atteste sa sélection pour arbitrer la dernière finale de Coupe du monde, bénéficie d’une renommée qui dépasse celle d’un Sam Warburton ou d’un Georges North. Une renommée qui déborde d’ailleurs le cadre de la Principauté. On peut, sans exagérer, affirmer que Nigel Owens fait partie des « stars » mondiales du rugby actuel.

La médiatisation de son parcours personnel, à laquelle il a contribué pour des raisons altruistes et désintéressées, n’est pas étrangère à cette popularité. Mais plus encore, c’est sa façon de s’adresser aux joueurs lors des matchs qui plait. On se souvient ainsi de sa saillie à l’égard de l’arrière écossais Stuart Hogg à l’occasion du match Afrique du Sud – Ecosse comptant pour la coupe du monde. Ayant surpris une simulation du numéro 15, il lui fit remarquer que s’il voulait plonger comme cela, il pourrait revenir deux semaines plus tard au même endroit : le match se disputait en effet sur la pelouse de Saint-James Park, antre du club de football de Newcastle…

La médiatisation de Nigel Owens, et à travers lui celle du corps arbitral, est en partie la conséquence d’un phénomène général frappant le rugby, auquel s’ajoute l’importance accrue donnée aux décisions des hommes au sifflet dans un contexte de concurrence accrue et de tension exacerbée par les comportements de certains entraîneurs et dirigeants de clubs.

Mais il faut rappeler combien la première qualité d’un arbitre est de savoir se faire oublier. Le légendaire match entre les Barbarians britanniques et les All Blacks de 1973 dut ainsi énormément à son arbitre, le français Georges Domercq, qui sut s’effacer plutôt que s’affirmer, n’intervenant que lorsqu’il estimait que siffler la faute s’imposait à la continuité du jeu.

Médiatiser l’arbitre comme on le fait de Nigel Owens n’est pas en soi critiquable. Et même si la tentation est grande, on n’ira pas jusqu’à affirmer que certaines de ses décisions sont influencées par l’envie (consciente ou pas) d’alimenter cette popularité médiatique, en le plaçant au centre de la polémique.

Néanmoins, force est de constater qu’on entend de plus en plus les arbitres chambrer les joueurs, comme s’ils prenaient exemple sur leur glorieux collègue. Et chambrer les joueurs, c’est faire disparaître une limite, rompre la distance qui doit nécessairement exister car c’est elle qui sous-tend le respect dû à l’arbitre et à ses choix de sanctionner ou non tel ou tel acte de jeu.

Qu’on apprécie ou pas son arbitrage, Nigel Owens est une personnalité incontournable de la planète ovale, et sa médiatisation donne un éclairage positif à l’un des acteurs essentiels de ce sport. Mais on reste convaincu que la lumière des projecteurs, en se portant toujours davantage sur quelques individus au détriment du jeu et du collectif, contribue à estomper les particularismes les plus attachants du rugby.

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