Le syndrome Jean-Claude Duss

« On sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher ». Les aficionados auront reconnu l’hilarante réplique du fameux Jean-Claude Duss, incarné par Michel Blanc dans la trilogie des Bronzés, et les amateurs de rugby – qui sont parfois les mêmes – l’état d’esprit dans lequel se trouve une partie des supporters ainsi que, certainement, les dirigeants fédéraux avant le match qui opposera le XV de France à l’Angleterre le 10 mars prochain.

Après tout, les Tricolores ont battu l’Italie et ont presque vaincu les Irlandais et, surtout, les Ecossais tombeurs du XV de la Rose le week-end dernier. Ce sentiment récurrent à l’approche du Crunch – « perfide Albion » oblige – ne résiste pourtant guère au constat objectif des forces en présence.

D’un côté, des Anglais certes moins fringants depuis deux matchs qu’ils ne l’étaient l’an dernier mais toujours très solides sur leurs fondamentaux malgré les absences de Billy Vunipola et Ben Youngs pour ne citer qu’eux, et revanchards après leur défaite en terre écossaise. De l’autre des Français qui ont peiné durant une heure devant un médiocre XV d’Italie et que les blessures et sanctions en tout genres ont condamné à modifier sans cesse la composition de leur équipe. En bref, une équipe qui possède un solide fil conducteur et une autre qui en est totalement dépourvue.

C’est dans cette valse ininterrompue des titulaires tricolores que Mathieu Bastareaud est devenu en l’espace d’un match un héros national. Celui-ci a d’indéniables qualités, tout particulièrement athlétiques, pouvant apporter une plus-value indéniable dans une configuration qui, néanmoins, n’est pas nécessairement celle qu’on retrouve désormais le plus fréquemment au plan international, à savoir des défenses très bien organisées pour récupérer le ballon plutôt que pour contrer directement des perce-murailles de plus d’un quintal, et des attaques d’une très grande mobilité, misant sur un rythme élevé, bien éloigné de nos standards hexagonaux. Au-delà du seul cas Bastareaud, l’équipe en son entier n’a pas vraiment donné de garantie sur sa capacité à supporter l’intensité observée lors des dernières confrontations entre équipes britanniques et irlandaises.

Les plus optimistes rétorqueront que l’impact physique tricolore pourra contribuer à gripper la mécanique bien huilée d’Eddie Jones qui, comme telle, ne supporte pas trop les grains de sables. Il reste qu’une victoire du XV de France relèverait d’une forme accomplie de miracle tant les ingrédients qui la rendraient possible n’ont été que très peu réunis ces derniers mois.

Mais après tout, on aime le sport en général et le rugby en particulier pour leur capacité à susciter des exploits et nous faire chavirer de bonheur. C’est pour cette raison qu’on souhaite adresser au XV de France l’exhortation chère à l’inénarrable Jean-Claude Duss : « Oublie que t’as aucune chance, vas-y, fonce ! ».

De là à imaginer le voir conclure…

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(1 commentaire)

  1. Le problème c’est que World rugby ne laissera jamais passer un malentendu qui nous aura fait gagner contre les Anglais 😉

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