Le soleil se lève sur une autre littérature ovale

Cela fait maintenant un an et demi que je me passionne réellement pour la géorugbystique. Des livres, j’en ai lu beaucoup, parfois à en risquer l’indigestion. J’ai lu des livres originaux, des livres passionnants, des livres novateurs mais au fond c’étaient tous les mêmes, des livres où les mots s’enchaînaient pour décrire un sport que l’on se représentait parce qu’on ne le connaît que trop bien mais rien de la représentation graphique. De plus, ces livres étaient le plus souvent écrits par des auteurs de pays « traditionnels » du rugby – tel du moins que se les représente l’amateur de rugby (France, Royaume-Uni, Australie notamment).

J’ai donc décidé de tenter une autre littérature, plus exotique et davantage iconique. Une littérature en pleine émergence dans un pays que beaucoup de rugbyphiles ont découvert récemment, vous l’avez compris, je parle de la littérature japonaise. C’est dans cette perspective que j’ai découvert Full Drum, un manga de rugby de Tohru Hakoishi. Un mélange entre nos Rugbymen et Olive et Tom. Alors que peut-on en tirer ?

Fidèle à l’univers manga, cet ouvrage des plus attirants visuellement place le rugby au centre d’une histoire d’amour pour laquelle un jeune raté qui se fait exclure de toutes les équipes de sport va se lancer à corps perdu dans le rugby pour séduire sa belle. Lui qui est le seul première année à réussir à plaquer le géant Asakura s’est découvert des talents de sécateur en plaquant une moto lors d’une échauffourée. Vous l’avez compris, on est bien loin du réalisme et du lyrisme de Roger Couderc. Seulement, c’est la vision japonaise du rugby qui m’intéressait dans cet ouvrage. Sport universitaire, le rugby est dépeint comme un sport violent, réservé à une élite physique mais où certains gabarits atypiques sont tout de même capables de tirer leur épingle du jeu. Un sport complexe avec de nombreuses règles, un sport loin d’être grâcieux comme peut l’être dépeint le football dans Captain Tsubasa. Le rugby y est vu comme un sport viril et compétitif dans lequel il faut s’imposer. Ce manga rompt donc avec la vision du rugby que l’on retrouve habituellement dans les œuvres occidentales où l’accent est davantage mis sur la tradition, les valeurs et l’héroïsme inhérents au rugby que la souffrance physique qu’il entraîne.

Je doute que cette vision soit pour autant commune à l’ensemble des japonais mais elle s’inscrit malgré tout dans la tradition du manga où le héros doit passer outre les éléments insurmontables pour arriver à un but ultime qui fera de lui un surhomme.

J’ai beaucoup aimé ce manga bien que ce je sois loin d’être amateur de cet élément de la culture nipponne. Je l’ai apprécié car il offre un regard décalé sur le rugby et donne une vision extérieure de ce sport et des éléments qui le composent. Il donne énormément d’importance à des gestes communs comme le plaquage – moment redouté par beaucoup d’entre nous et adoré par les plus inconscients de notre communauté – ou encore la simple passe vissée assimilée à un missile. De plus, la scénarisation apportée et le dynamisme donné à l’histoire grâce à la manière dont il est dessiné rompt complètement avec ce qu’on a l’habitude de rencontrer sur les étagères du rayon rugby de la Fnac.

J’attends qu’on me livre le tome 2 histoire de voir ce que nous réservera Hino lors de son premier match. Je dois l’admettre, c’est plus excitant que de lire Géorugbystique.

Antoine Duval

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