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Déc 15

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Le rugby s’envole de Colombes

Samedi, les joueurs du Racing 92 fouleront une dernière fois la pelouse du Stade Yves-du-Manoir pour rejoindre la U arena de Nanterre. Du moins officiellement, puisque leur président n’exclut pas qu’ils y reviennent disputer leurs matchs lorsque ce qui est avant tout une salle de spectacle sera occupée par un artiste.

Avec ce départ, c’est plus qu’une page d’histoire qui se tourne, c’est un livre entier. Il y a tant à dire sur le stade de Colombes qu’un article ne suffira pas. Cette enceinte omnisport, construite par le journal Le Matin, et qui porta ce nom au début du 20ème siècle comme un précurseur du « naming » cher au sport professionnel d’aujourd’hui, a vu s’affronter rugbymen, footballeurs, athlètes et même des boxeurs devant cinquante à soixante mille spectateurs.

Après la première guerre mondiale, le Racing club de France en devient locataire puis, rapidement, propriétaire. Le club rénove le stade et le met à la disposition – payante – du comité d’organisation des jeux olympiques de Paris en 1924. C’est sur cette pelouse que se joue le dernier tournoi de rugby à XV de l’histoire des JO, avec notamment un France – Etats-Unis resté dans les annales. En 1928, quelques jours seulement après le décès d’Yves du Manoir, le club décide de baptiser le stade du nom de ce splendide ouvreur du Racing et du XV de France. C’est encore le sien aujourd’hui.

L’équipe de France de rugby y accomplira la plupart de ses exploits sur le territoire national jusqu’à son « déménagement » au Parc des Princes en 1972. Pour son dernier match, elle signera l’une de ses plus belles victoires sur l’Angleterre (37-12, six essais à un).

Le rugby des clubs a longtemps imposé, pour les finales du championnat, des stades situés dans le sud de l’hexagone où ils sont les plus nombreux. Aussi, seules trois d’entre-elles se sont-elles disputées à Yves-du-Manoir, en 1908, 1913 et 1923. Le Racing lui-même a souvent préféré disputer ses rencontres à Jean-Bouin ou au Parc des Princes plutôt que dans ce stade de banlieue, tombé peu à peu en décrépitude faute d’entretien suffisant. Son fameux tunnel d’accès à la pelouse, ses tribunes latérales ont été condamnées car menaçant ruine, et sa capacité a drastiquement chuté. Aujourd’hui, il peut encore accueillir une dizaine de milliers de spectateurs, bien loin des foules d’antan, parfois juchés sur les palissades le ceignant pour admirer leur équipe favorite.

Les joueurs ciel-et-blanc qui ont évolué à Yves-du-Manoir, les supporters fidèles du club et les anciens internationaux du XV de France ont aujourd’hui le cœur serré devant ces adieux du rugby à Colombes.

Les fantômes d’Adolphe Jaureguy, Robert Paparemborde et Jean Prat planeront peut-être encore un peu au-dessus de ses tribunes désertées. Avant que sa destruction, inéluctable, ne les fassent s’envoler définitivement de ce haut lieu du sport français.

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