Le rugby français étranger à lui-même

C’était une des mesures phare du programme de Bernard Laporte. Elle a été officiellement annoncée par le neo-président de la FFR : désormais, il faudra posséder un passeport français pour prétendre au maillot frappé du coq.

Celui qui, lorsqu’il occupait les fonctions de sélectionneur national, n’hésita pas à appeler des joueurs étrangers en Equipe de France refuse aujourd’hui ce privilège à d’éventuels candidats venus d’ailleurs. Cette mesure est bien plus sévère que la réglementation de World Rugby qui autorise un rugbyman étranger à postuler dès lors qu’il n’a pas revêtu une autre tunique internationale auparavant et qu’il joue depuis au moins trois ans sur le territoire du pays qu’il ambitionne de représenter.

Cette décision à pour objet, dit-on, d’adresser un signal fort en faveur de la formation et de rappeler que le maillot bleu doit aller à ceux qui le considèrent davantage qu’une ligne supplémentaire sur le CV permettant d’augmenter sa rémunération. Soit. Mais elle apparaît relever davantage de l’argument électoraliste que d’une mesure vraiment efficace pour le XV de France. Plus ennuyeux, elle remet en cause une tradition aussi vieille que le rugby.

En premier lieu, ce n’est certainement pas en interdisant aux étrangers de postuler qu’on améliorera mécaniquement le niveau des joueurs français. Pour cela, il faut bien sûr les former mais aussi et surtout leur donner la chance d’évoluer au plus haut niveau. Or, on ne peut pas vraiment dire que notre Top14 favorise la chose, lui qui fait la part belle aux joueurs non sélectionnables à certains postes.

Ensuite, et surtout, le rugby français comme anglo-saxon ont dès l’origine ouvert leurs sélections à des joueurs ne possédant pas leur nationalité. Pour son premier match officiel en 1906 face à la Nouvelle-Zélande, le XV de France comptait en son sein un Anglais et un Américain. En face, le capitaine des All Blacks, Dave Gallagher, pouvait fièrement revendiquer d’être né à Ramelton, en Irlande.

S’il ne fait aucun doute qu’une équipe nationale doit privilégier ses ressortissants et ceux qui ont un attachement fort au pays qu’ils veulent représenter – sinon il faudrait lui donner une autre appellation – annoncer qu’on en privera tout joueur n’ayant pas la nationalité française ne donne pas vraiment l’image d’ouverture qui semble-t-il a toujours collé au rugby en général et au nôtre en particulier. En promulguant cet interdit, le rugby de France est quelque peu devenu étranger à lui-même.

Les excès d’un passé récent nécessitaient certainement de revenir à davantage de mesure. Mais il semblerait qu’en France il soit impossible d’adopter une telle attitude sans au mieux légiférer et au pire fonctionner par oukases.

Certainement parce que nos faiblesses en anglais nous empêchent d’appréhender pleinement le sens de la notion de « gentleman’s agreement ».

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