Le rouge plutôt que le noir

L’arbitrage du rugby figure, depuis son introduction à la fin du 19ème siècle, parmi les plus difficiles du monde sportif, en raison de la complexité de ses règles et de la nécessité pour l’homme au sifflet de « trier les fautes » (concept globalement inconnu des autres disciplines) avec rapidité, discernement et cohérence. Et au vu des premières polémiques auxquelles la journée inaugurale de Top14 a donné lieu, ce n’est pas près de s’arranger.

Au centre des débats, les cartons sortis pour cause de jeu dangereux, et plus particulièrement celui adressé par Monsieur Cardona à Sergio Parisse, capitaine du Stade français. Pour l’arbitre de la rencontre, le troisième-ligne a porté un coup de coude au visage de son adversaire venu le plaquer, justifiant son exclusion définitive. Ce que l’intéressé a calmement mais fermement contesté, estimant au contraire avoir dû se protéger d’un contact à l’épaule devant le perpignanais Alan Brazo qui n’a aucunement cherché à se baisser.

Les images du ralenti paraissent donner raison au Parisien. Réceptionnant le ballon sur un renvoi, il conserve le bras le long du corps, avant de lever pour, semble-t-il, éviter de subir l’impact de son adversaire. Quant au contact du coude avec le visage, il reste peu évident, Brazo donnant l’impression de s’assommer en percutant l’épaule de Parisse.

La décision de Monsieur Cardona apparait donc très sévère et, selon certains, inopportune. Cependant, elle paraît répondre à la lettre aux consignes martelées par sa hiérarchie à l’occasion des stages d’avant-saison.

Le drame qui a frappé le jeune Louis Fajfrowski, décédé il y a quelques semaines suite au plaquage d’un adversaire, a provoqué une mobilisation sans précédent au sein du rugby hexagonal et, malgré un discours « relativiste » assez discutable qui a commencé à poindre il y a peu chez certains dirigeants ou joueurs, les choses commencent à bouger. Ainsi, les directives données par la commission fédérale d’arbitrage ont clairement pour objet de protéger l’intégrité des rugbymen en demandant aux directeurs de jeu de sanctionner tout geste mettant danger cette intégrité.

Le carton rouge infligé par Monsieur Cardona à Sergio Parisse apparaît sans doute disproportionné mais il est la traduction des tâtonnements inévitables auxquels il faut s’attendre comme à chaque nouvelle directive. Le travail des arbitres est compliqué par les attitudes des joueurs, à l’image d’Alan Brazo et sa percussion dangereuse pour lui-même autant que pour son adversaire. La modification des comportements favoriserait grandement la proportionnalité des sanctions.

De plus, le rôle de la vidéo sera, comme souvent, primordial, pour déterminer avec le maximum de certitude la responsabilité de chaque acteur dans ces situations et ne pas vider le rugby de sa dimension de sport de combat collectif. A cet égard, s’il faut formuler une critique à l’égard de la décision de Monsieur Cardona, c’est sur sa gestion du recours à son TMO dont il n’a pas paru tenir compte des réserves sur la sévérité de la sanction suggérée.

Il y aura certainement d’autres situations litigieuses dans les prochaines semaines, mais, gageons le, les arbitres travailleront à les éviter au maximum. Pour autant, la protection des joueurs doit prévaloir. Car l’injustice des cartons rouges ne sera jamais pire que celle du deuil dont, qu’on le veuille ou non, la funeste menace plane aujourd’hui sur le rugby professionnel.

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