Le principe de réalité

La Ligue Nationale de Rugby a fait sa rentrée lundi 19 août, avec sa traditionnelle conférence média, qui s’est tenue à Paris autour des capitaines des équipes de Top14 et de ProD2. Parmi les annonces qui ont été faites à cette occasion, deux ont retenu l’attention des amateurs de rugby.

Le Sevens pro fait son apparition

C’était un point inscrit au plan stratégique de la Ligue, qui a trouvé en Bernard Laporte un partisan convaincu : que celle-ci assure la mise en place d’un circuit de rugby à sept professionnel. C’est chose faite avec la création du « Supersevens ». En fait de circuit, c’est une étape unique qui sera organisée en février prochain à la Défense Aréna, puis trois rendez-vous la saison suivante. Le lieu s’imposait. A pareil époque, difficile de calquer l’ambiance du Paris Sevens dans un stade traditionnel. Dans la « salle » de l’Arena, les amateurs de rugby à sept pourront profiter d’une température clémente également propice au jeu lui-même.

Si, en interne, la constitution d’équipes régionales avait été évoquée, il y aura finalement autant de formations que de clubs de Top14, auxquelles s’ajouteront deux équipes invitées. Qu’on ne s’y trompe pas. Vous ne verrez pas les clubs aligner sept quinzistes de l’équipe première, mais plutôt des réservistes, des espoirs et quelques contractuels recrutés pour l’occasion. Pas question de voir leurs titulaires risquer la blessure, et ce en plein milieu du Tournoi des six nations.

C’est bien là la difficulté majeure à laquelle la Ligue est confrontée : rendre attractive une compétition sans tête d’affiche. L’environnement de la manifestation sera primordial, afin que les spectateurs se déplacent pour une expérience qui dépasse le seul rectangle vert et se vive dans les tribunes et les coursives du stade. Mais qu’on ne s’y trompe pas : la qualité des rencontres déterminera la durée de vie de la formule. Sans elle, les spectateurs et les téléspectateurs ne reviendront sans doute pas.

Une finale le vendredi soir, comme en 2016

La finale du Top14 se déroulera au Stade de France le 26 juin. Un vendredi. Cette information a provoqué un certain nombre de critiques sur les réseaux sociaux, autour de deux arguments : le mépris des supporters et l’insupportable domination du football.

Mépris des supporters, car un certain nombre d’entre eux ne pourront pas forcément poser une journée de congés pour se déplacer. Et le motif invoqué est que le samedi 27 juin aura lieu un 8ème de finale de l’Euro de football.

Cette programmation peut faire grincer des dents, mais elle ne saurait en aucun cas étonner : les diffuseurs de la finale, Canal+ et France Télévision, n’ont aucun intérêt à entrer en concurrence avec le football, a fortiori si l’équipe de France devait disputer ce fameux huitième du 27 juin. Dans tous les cas, la confrontation serait négative en termes de rentrées publicitaires. Impensable donc.

Il faut être idéaliste ou naïf pour ne pas reconnaître que médiatiquement le rugby est un nain comparé à son cousin du ballon rond. Et qu’à l’heure du professionnalisme, les finances dictent la conduite des organisateurs des compétitions. On pourrait ajouter qu’avec un championnat à quatorze clubs, des barrages et des phases finales, la LNR ne bénéficie d’aucune souplesse calendaire, en particulier dans une saison post-Coupe du Monde. Combien de supporters, pour sécuriser en toutes circonstances la finale le samedi, accepteraient de revoir la formule, de passer à douze clubs et de supprimer les phases finales ? Bien peu, certainement.

On se consolera en se disant qu’en 2016, la finale s’était déjà joué un vendredi, à Barcelone qui plus est. La faute, déjà, à l’Euro de football. Avec le succès qu’on sait. Pour le Supersevens comme pour la finale, c’est le principe de réalité qui guide la LNR et l’oblige à composer avec des contraintes incontournables : les réticences des clubs à risquer la blessure de leurs joueurs au nom d’une compétition sans enjeu, et celles des diffuseurs à retransmettre un match, fût-elle la finale du Top14, en même temps qu’une rencontre de championnat d’Europe de football.

Au nom de ce principe de réalité, la Ligue doit s’adapter. Mais elle doit aussi faire preuve d’imagination pour transformer les contraintes en opportunités. Et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/le-principe-de-realite/

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.