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Avr 20

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Le Prince noir vêtu de blanc

Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue hier, Thierry Dusautoir a annoncé sa retraite sportive à la fin de la saison. Ce n’était pas vraiment une surprise, car le troisième-ligne toulousain de 35 ans avait déjà fait part d’une certaine lassitude et de ses envies de raccrocher, même s’il devrait rester proche des terrains.

Pour la plupart des amateurs de rugby, Thierry Dusautoir restera le « Dark destroyer », surnom un peu ridicule inventé pour célébrer la redoutable âpreté des plaquages du natif d’Abidjan, désintégrant la marée noire de Néo-Zélandais proprement renversés par la furia française, un soir d’octobre 2007 du côté de Cardiff.

Pourtant, si la défense fut sans conteste la marque de fabrique de celui qui mena le XV de France à cinquante-six reprises au combat, il serait réducteur de ne conserver en mémoire que ses tampons dévastateurs et de n’en faire qu’un des nombreux avatars de flankers rudes sur l’homme qui peuplèrent l’aile de la troisième-ligne tricolore.

Thierry Dusautoir fut bien plus que cela.

Il fut d’abord un capitaine exemplaire par son comportement sur le terrain comme en dehors. Dédaignant les coups bas, il n’utilisa jamais d’autre expédient que sa farouche volonté pour soumettre ses adversaires à sa loi. Il mit à profit sa parfaite connaissance de l’anglais pour se faire comprendre d’arbitres qui n’ont visiblement jamais considéré comme opportun d’apprendre la langue d’une nation majeure du rugby professionnel, et des journalistes étrangers. Exemplaire, Thierry Dusautoir le fut au sens littéral du terme, montrant par son implication et sa façon d’agir la voie à suivre à ses coéquipiers. Homme de peu de mots – cela lui fut souvent reproché – « the fantastic leader », ainsi que le surnomma la presse kiwi, sut pourtant souvent prononcer les paroles justes pour sonner la révolte quand le bateau tricolore donnait de la gite.

Ensuite, et avant tout, Thierry Dusautoir fut un joueur élégant, parvenant à résoudre l’apparent paradoxe à laquelle l’étiquette de plaqueur-destructeur qui lui était accolée semblait le condamner. Comme un symbole de cette élégance, qu’on se souvienne de chacun de ses essais inscrits à l’occasion des match homériques qu’il livra face aux All Blacks en 2007 et 2011, essais non de tranchée mais de grand champ.

Le 23 octobre 2011, il perdit d’un petit point la finale de la coupe du monde, mais gagna l’estime du monde entier.

Ce jour là, et pour l’éternité, le Dark destroyer céda la place à un Prince noir vêtu de blanc.

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