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Fév 25

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Le grand fossé

Le XV de France a donc remporté son match face à l’Italie. Il s’évite ainsi une cuillère de bois qui aurait pourtant eu le mérite de garnir son armoire à trophées à défaut de déclencher une saine et nécessaire révolution dans le rugby tricolore. Ne nous leurrons pas. Même battue par une fantomatique équipe d’Italie, l’équipe de France n’aurait pas eu droit à davantage d’égards de la part d’acteurs bien plus préoccupés par leur quant à soi et leurs intérêts particuliers, refusant d’admettre la moindre once de responsabilité dans le marasme actuel de ce qu’on ose encore appeler la « vitrine » de l’ovalie tricolore.

Pendant ce temps, les « home nations » offrent match après match le spectacle de leur supériorité athlétique, technique et tactique, donnant la désagréable impression que le fossé qui se creuse actuellement n’est plus celui qui existait entre l’hémisphère nord de l’hémisphère sud mais bien celui qui sépare les équipes du continent européen de celles des îles britanniques et irlandaise.

L’excitation qui pouvait exister avant d’assister à une rencontre de notre équipe nationale a depuis trop longtemps maintenant cédé la place à un autre sentiment, celui au mieux d’un intérêt poli, au pire d’un pensum mâtiné d’un interrogation récurrente : fera-t-elle pire qu’au match précédent ?

Désormais, ce sont les confrontations entre l’Angleterre, l’Irlande, l’Ecosse et le Pays de Galles – dans l’ordre que vous voudrez, qui seules provoquent l’émotion qu’on éprouvait en se rendant au Parc des Princes et même au Stade de France. Notre XV de parvient plus à remplir les stades, même en province où, parait-il, bat le vrai cœur du rugby français. Et quand il le fait, c’est seulement grâce au prestige de ses adversaires.

Les Ecossais, en renversant leurs vieil ennemi anglais pour la première fois depuis dix ans quelques mois après avoir terrassé l’Australie de belle manière, ont démontré qu’un travail de fond – et des choix il est vrai drastiques en faveur de la sélection – permettaient de pallier un réservoir d’internationaux très limité. La France a fait le choix de ses clubs. Et si ce constat n’est pas neuf (qu’on se souvienne que c’est le comportement de ses clubs qui lui ont valu un bannissement du Tournoi en 1931), il prend un relief tout à fait significatif depuis la mise en place du professionnalisme.

Aujourd’hui, le spectacle navrant d’une équipe nationale qui se bat avec les moyens financiers d’une équipe du Tier1 et sportifs d’une sélection du Tier2, lasse ses plus fervents supporters et convainc les autres de ne s’intéresser qu’à leurs clubs. On laisse le grand fossé se creuser, et personne aujourd’hui ne semble vouloir le combler.

Pire : personne ne paraît en mesure de le faire.

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