Le coup passa si près

Tokyo Hôtels

Premier billet de notre envoyé spécial, François-Xavier, depuis Tokyo, ville tentaculaire où il a pu assister au premier match des Tricolores…

Miracle du progrès technique, ce premier voyage intercontinental fut pour moi moins long que l’odyssée restée fameuse dans mon histoire familiale, qui mena, au mitan des années soixante, du sud de Bordeaux à Edimbourg une escouade, dont des miens étaient, dans un autocar rempli de chansons, de saucissons et de vin rouge.

Le temps de se remettre du décalage horaire, me voilà parti explorer Tokyo. Mais peut on découvrir un ensemble de la taille d’ un canton rural avec une population équivalente aux deux tiers de la France dans un temps aussi bref? Le fossé culurel, béant, s’est accompagné d’ un choc imprévu, puisqu’ il me fallut aussi apprivoiser la troisième dimension: le nouveau Tokyo est une illustration de l’ urbanisme sur dalle dans toute sa splendide horreur. Le Paris qu’ avait rêvé Georges Pompidou est peut-être ici, au milieu des tours et des rues à plusieurs niveaux. Plus classiquement, on est frappé par l’ impeccable propreté des rues et plus globalement de tout l’ espace collectif. Même les bas-côtés des pénétrantes urbaines ont des airs de jardin anglais.

Ce fut aussi le temps de ma première approche de la gastronomie nippone. Certains plats me firent penser au Guipuzkoa cher à mon coeur. Il est vrai cependant que je n’ avais encore jamais mangé du poulpe au petit déjeuner.

Les Pumas en pleurs avant le match (et aussi après)

Je ne reviendrai pas sur le match, que des bien plus savants que moi ont commenté à loisir.

J’ apporterai néanmoins deux notes. Dès le début, les bleus ont fait preuve de maîtrise technique individuelle. Le premier essai, aplati quasiment à mes pieds, me semblait difficile à transformer. Deux points tombèrent pourtant (et heureusement, comme le montrera la suite) dans l’ escarcelle française. Le mental et l’ esprit d’ équipe semblait ne pas être du même niveau. L’ Argentine, quant à elle, faisait preuve d’ une solidarité supérieure, trouvant des parades bloquant les bonnes dispositions françaises. Le collectif n’ était pas un vain mot et j’ ai senti plus de discipline chez les Pumas que chez nos Bleus, dont les avants faisaient parfois figure d’ enfants perdus. Le rugby ne peut pas être un sport individuel joué à plusieurs.

Quand les Pumas reprennent du poil de la bête…

La première mi-temps s’ est terminée sur le score que l’on connaît. Certains Bouvard et Pécuchet des tribunes se dirigèrent pesamment vers la buvette, jugeant l’ affaire pliée. La suite leur prouva que non. Pendant ce temps, les supporters des Pumas sortaient placidement bombitas et thermos de maté. Après les citrons, l’atmosphère changea du tout au tout. Les projecteurs s’ allumèrent, accusant crûment les silhouettes. Soutenus par des supporters enthousiastes (certains ayant réussi à déjouer les pourtant rigoureux contrôles de sécurité jusqu’ à faire entrer une grosse caisse dans les tribunes), les pumas réussirent à reprendre l’ avantage, capitalisant les points avec application, tel le SUA du temps de sa splendeur. La discipline, comme l’ honnêteté, finissait par payer. Un drop-goal, nous tira pourtant de l’ornière. Rarement la définition salace de cette figure un peu oubliée de l’ art rugbystique n’ a trouvé à mieux s’ appliquer. La maison brûlait et tout moyen efficace était bon à prendre. La sirène finale n’ en fut que plus libératrice.

Au sortir de ce match, nous avons autant, sinon plus, de questions en tête sur le devenir des tricolores qu’avant d’entrer dans ce splendide stade de Tokyo.

Ce n’est, finalement, pas le moindre de ses paradoxes.

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