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Mar 19

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Le club, une entreprise pas comme les autres

Moins d’une semaine après l’annonce de la fusion entre le Stade français et le Racing 92, un communiqué de Jacky Lorenzetti, le président du club francilien, est tombé en fin de matinée pour informer que le projet était finalement abandonné. Cet abandon fait suite à la levée de bouclier (pas de Brennus) massive que celui-ci avait suscité dans le rugby hexagonal, notamment parmi les supporters des deux clubs, mais également au sein de la FFR qui compte à sa tête deux anciens éminents représentants du Stade français, Bernard Laporte et Serge Simon.

Dans son communiqué, Jacky Lorenzetti a indiqué « ne s’être pas attendu à une telle résistance ». Le choix de ces termes est tout à fait éclairant sur l’état d’esprit dans lequel se trouve le président du Racing92 et, on peut l’avancer, son homologue du Stade français. Les deux hommes paraissent découvrir un monde qui n’obéit pas automatiquement à leur volonté et, surtout, dévoile combien ils restent ignorants d’une réalité que connaissent tous ceux qui s’intéressent au sport en général et au sport professionnel en particulier : un club n’est pas une entreprise comme les autres, car le sport n’est pas une marchandise comme les autres.

Ce que Jacky Lorenzetti et Thomas Savare, deux chefs d’entreprise chevronnés n’ont pas voulu prendre en considération, c’est qu’un club ne saurait être réduit à un bilan comptable, avec un actif et un passif. Un club est fait d’une histoire, d’une culture partagée non seulement par les joueurs, leur staff et l’administration mais également par ses supporters. Un club est un acteur de la vie locale auquel les collectivités locales mais aussi des sponsors attachés à l’image (on ne parlera pas de valeurs…) qu’il véhicule vont accorder une importance particulière.

On pourra rétorquer qu’une entreprise du bâtiment, de la restauration ou d’informatique peut elle aussi revendiquer un certain nombre de ces caractéristiques. Mais il en est une qui n’appartient qu’au monde du sport : la compétition n’existe qu’à travers l’autre. Le sport et les clubs qui le pratiquent n’ont de raison d’être que parce qu’il y a une concurrence de « presque égaux », de formations participant à la même épreuve et se disputant un objectif purement symbolique (ici un Bouclier damasquiné fixé sur une planche de bois verni). Bien sûr, la recherche de la performance passe désormais par des « investissements » (infrastructures d’entraînement, stade…) et des recrutements susceptibles d’apporter un avantage sur les adversaires. Et créer un modèle économique rentable est nécessaire à la pérennité du club. Mais il ne saurait être question d’éliminer la concurrence comme c’est le cas dans l’économie non sportive. Car c’est précisément la concurrence qui crée de la valeur en faisant venir le public au stade, le téléspectateur devant son écran et le sponsor sur le maillot.

Or, on ne voit pas vraiment ce que le projet de fusion des deux clubs de l’élite francilienne pouvait avoir comme autre intérêt pour Jacky Lorenzetti que d’éliminer un concurrent en la personne du Stade français, trouvant dans Thomas Savare un complice animé par le souhait de se retirer du jeu sans prendre la responsabilité d’une rétrogradation administrative certainement jugée comme plus humiliante que l’accord auquel les deux hommes étaient parvenus. Certes, on n’occultera pas les conséquences qu’un défaut de fusion pourra avoir pour les joueurs et les salariés du Stade français en cas de dépôt de bilan. Mais qui peut croire que le Racing aurait repris l’intégralité des salariés ? Les arguments présentés par les deux présidents à l’occasion de leur conférence de presse ne tenaient pas davantage la route, comme cette idée d’additionner les supporters et les sponsors comme si cela allait de soi.

En éliminant un concurrent, Jacky Lorenzetti aurait peut-être pu régner seul sur le rugby professionnel francilien. Il en sera peut-être ainsi si le Stade français ne trouve pas un repreneur dans les mois qui viennent. Mais l’histoire du club parisien ne s’arrêtera pas net comme cela aurait été le cas avec le projet de fusion.

C’est peut-être un détail pour un capitaine d’industrie. Mais seulement pour lui.

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