L’angoisse de la page blanche

Dimanche, le XV de France disputera le premier de la quarantaine de matchs qui le séparent de la prochaine Coupe du monde, organisée sur son sol en 2023. Pour les dirigeants de la Fédération française de rugby comme pour l’ensemble de ses supporters, l’objectif de ce nouveau cycle est clair : parvenir à soulever enfin le trophée William-Webb-Ellis qui fuit l’équipe de France depuis la création de la compétition il y a près d’un quart de siècle.

Pour y parvenir, le président Laporte a mis en place un staff étoffé, recruté Shaun Edwards, l’un des meilleurs coachs défensifs au monde, et trouvé avec les clubs du Top14 un modus vivendi qui, s’il se pérennise jusqu’en 2023, donnera au sélectionneur Fabien Galthié des marges de manœuvres inédites dans la gestion des internationaux tricolores.

Ce dernier a constitué un groupe de 42 joueurs pour le préparer le Tournoi, joueurs dont la jeunesse et l’inexpérience a interpelé jusqu’à Eddie Jones, le sélectionneur du XV d’Angleterre qui affrontera les Bleus dimanche prochain. Plus encore qu’avec ses prédécesseurs, au lendemain d’une Coupe du monde, l’équipe de France ressemble à une page blanche. Mais cette fois, il se pourrait que puisse s’y écrire une belle histoire se terminant de la meilleure des manières le 21 octobre 2023.

Pour celui qui s’y trouve confronté, la page blanche peut nourrir les angoisses, semer le doute sur ses capacités à y inscrire quelque chose de mémorable.

Mais elle représente le champ de tous les possibles. C’est pour cela que le moment est d’importance, et qu’il est excitant.

Dimanche, parmi les vingt-trois joueurs retenus pour affronter nos meilleurs ennemis, Bernard Le Roux sera le seul trentenaire, deux de ses partenaires étrenneront leurs galons d’internationaux, voire six en comptant les remplaçants. Avec seulement 219 sélections cumulées au sein du le XV de départ, c’est certainement l’une des équipes les plus inexpérimentées qui ait jamais été alignée depuis les débuts de l’ère professionnelle pour disputer un « crunch » en compétition officielle.

Le risque est grand pour elle de ne pas tenir le choc face au vice-champion du monde, dont une grande partie de l’ossature a été conservée par Eddie Jones. Pourtant, il faut souhaiter qu’en cas de défaite, même lourde, Fabien Galthié et son staff ne dévient pas d’un pouce de leur projet, et qu’on ne cède pas aux habituelles tentations, tellement françaises, de jeter aux orties le projet de jeu et les joueurs à la moindre contreperformance.

Si ce groupe compte de nombreux novices ou des internationaux de fraîche date, il faut se convaincre que la dizaine de matchs programmés dans les douze prochains mois doit apporter au staff du XV de France des certitudes sur les capacités de leurs jeunes joueurs à répondre à leurs exigences et à celles du rugby international. Il y aura des essais et des changements, certains tactiques et d’autres pour cause de blessures. Mais il est douteux qu’un joueur se révèle miraculeusement d’ici les trois prochaines années et cette équipe a impérativement besoin de stabilité pour espérer rivaliser avec les favoris de la prochaine coupe du monde. L’expérience, quant à elle, viendra naturellement au fil des rencontres.

Cette angoissante page blanche supportera sans doute quelques ratures et des repentirs, avant, l’espère-t-on, qu’y soit inscrite une magnifique histoire.

Et qui sait si, dès dimanche, un bel incipit nous était dévoilé ?

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