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Mar 01

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La « riche » idée de World Rugby

Depuis ses origines, le rugby a toujours été caractérisé par une forme de schizophrénie qui en fait un sport à la fois très conservateur et en constante évolution, à l’image de ses règles, perpétuellement remises en question, et de ses instances dirigeantes, toujours très promptes à temporiser lorsqu’il s’agit, par exemple, d’admettre un nouveau membre en leur sein.

Les deux illustrations ont pourtant un point en commun : la permanence d’un noyau dur, impossible à briser : pour la première, l’utilisation d’un ballon à bouts pointus et le principe de la passe en arrière. Pour la seconde, l’immarcescible front des nations anglo-saxonnes qui ont constitué l’International Board devenu World Rugby.

Cette constance dans la préservation des intérêts de quelques « happy few nations » a ainsi conduit la France, pourtant devenue incontournable dans le paysage ovale international à partir du début des années 50, à patienter jusqu’en 1978 pour obtenir un siège dans la vénérable fédération internationale.

Et, on le soupçonne, la dernière idée de compétition lancée par World Rugby obéit de cette tendance lourde à ne voir dans les pays dit des Tier 2 et Tier 3 que d’aimables invités tout juste bons à justifier l’existence d’une Coupe du monde tous les quatre ans.

L’idée en question consiste à organiser une « World League » de douze équipes nationales qui se rencontreraient aux actuelles périodes de tournées, en matchs aller-retour.

Le premier sentiment devant cette proposition est qu’elle conduirait à banaliser un championnat mondial des nations, rendant de facto obsolète la Coupe du monde. Mais, plus grave, World Rugby envisage de réduire le nombre de participants au noyau dur, on y renvient, des pays dominants du rugby, exception faite des Etats-Unis. Au nom, bien sûr, des intérêts financiers bien compris de la fédération.

Exit, donc, les Iles du Pacifique et les Européens continentaux, exception faite naturellement de la France et de l’Italie, cette dernière bénéficiant de son appartenance au Tournoi des six nations. Côté sudiste, l’Argentine et le Japon, qui disputent le Rugby tournament, seraient également de la partie.

On comprend bien que World Rugby ne pourrait pas organiser une ligue mondiale avec les Iliens sans les tenir à bout de bras financièrement. D’autant que la formule « aller-retour » préconisée poserait des problèmes d’infrastructures pour les rencontres se déroulant sur le sol fidjien, tongien ou samoan. Mais il y a quelque chose de choquant dans l’attitude de l’instance internationale, qui a pu proposer une formule comme celle-là sans songer un seul instant au mal qu’elle peut faire à l’image même du rugby.

La proposition de World Rugby entretient l’idée d’un entre-soi cultivé au nom de la rentabilité économique qui est d’autant plus navrant qu’elle est notamment promue par Agustin Pichot dont l’arrivée au poste de vice-président de l’institution s’accompagnait d’un grand espoir d’ouverture en direction des nations les moins favorisées du rugby mondial.

On ne s’entendra même pas sur les problématiques que le projet de Brett Gosper et ses amis peut comporter sur le plan de la santé des joueurs, tant l’exclusion d’une partie de la planète ovale qu’il induit le rend tout simplement nul et non avenu aux yeux des amateurs – et non des « fans » dont le directeur général de World Rugby se targue d’avoir obtenu l’assentiment via des « consultations » marketings dont l’objectivité reste à démontrer.

Sans conteste, cette « riche » idée fait tomber les derniers lambeaux du masque universaliste que World Rugby continuait d’afficher à travers la promotion du Sept.

Il sera désormais difficile à ses dirigeants de ne pas laisser s’installer durablement le sentiment que, pour eux, le rugby doit rester l’affaire de quelques nations nanties, et ne conditionner son évolution qu’à la possibilité que celle-ci génère de juteux dividendes financiers.

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