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Nov 13

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La mauvaise éducation

Parmi les sujets qui ont enflammé les amateurs de rugby samedi soir, celui des sifflets entendus à l’occasion du haka des All Blacks n’a pas été le moins passionné. Dans le sillage des journalistes scandalisés par une manifestation à laquelle, il est vrai, le public français ne nous avait pas habitués, un certain nombre d’interventions sur les réseaux sociaux ont pointé la responsabilité de ce « nouveau public » du rugby professionnel arrivé au rugby, pour emprunter un raccourci imagé, dans le sillage pailleté de Max Guazzini. Alors que les hommes de Steve Hansen accomplissaient le kapa o pango, ces béotiens de la chose ovale auraient manifesté par leurs sifflets leur méconnaissance crasse de la chose ovale.

On ne reviendra pas ici sur la question du respect dû au haka et de la façon « acceptable » qu’il y aurait d’y faire face, mais plutôt sur cette idée reçue de la « footballisation » du public de rugby, raccourci commode mais ô combien erroné. En premier lieu, il faut naturellement rappeler que le football, pas plus que le rugby, n’est pas composé uniquement d’imbécile hurlant leur haine sur l’équipe et les supporters adverses. Ensuite, un petit retour sur quelques épisodes du passé de notre sport suffira certainement à lever toute ambiguïté sur l’existence d’un crétinisme bien ancré dans le paysage ovale hexagonal.

Le 1er janvier 1913, la France reçoit l’Ecosse au Parc des Princes pour le compte du Tournoi des cinq nations. Les Ecossais livrent une prestation de choix face à des adversaires dépassés. Ils l’emportent 21 à 3, cinq essais à un. Pour le public du Parc, le coupable est tout trouvé en la personne de l’arbitre, l’anglais James Baxter. Après les vociférations d’usage, les menaces se font plus précises, jusqu’à l’envahissement du terrain par des dizaines d’excités, rendant nécessaire l’évacuation sous escorte de l’infortuné « referee ». L’épisode conduit l’Ecosse à refuser de jouer contre le XV de France jusqu’à nouvel ordre. La première guerre mondiale fera oublier l’incident et les rencontres reprendront en 1920.

En 1931, les Home Nations décident de rompre les relations sportives avec la jeune fédération française de rugby. Parmi les chefs d’accusation qui motivent ce bannissement figure en bonne place le comportement du public qui participe à l’image désastreuse du rugby tricolore. Il faudra attendre quinze ans pour revoir le Tournoi des cinq nations.

Le 27 mai 1979, les clubs de Narbonne et Bagnères-de-Bigorre s’affrontent en finale du Championnat de France. Le Parc des Princes est secoué par des bagarres qui éclatent en tribunes et des fusées furent même tirées lors pour perturber les tentatives de tirs au but de Jean-Michel Aguirre.

On pourrait poursuivre cette pénible liste, mais il suffit de se rappeler les sifflets accompagnant les buteurs dans toutes les divisions, les noms d’oiseau dont les arbitres sont régulièrement affublés, les remarques racistes émanant des gradins les mieux choisis pour constater que la mauvaise éducation des spectateurs du rugby n’est ni nouvelle, ni réservée au public du Stade de France et des enceintes du Top14 ou de ProD2.

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2 Commentaires

  1. Anonyme

    Pas anonyme: André Bœuf.

  2. Anonyme

    D’accord sur la mauvaise éducation.
    Seulement le « marketing » ne me semble pas favoriser l’éducation en général…J’irais presque jusqu’à penser le contraire. Et puis, à l’image de Georges Brassens, j’ai toujours été un peu réticent devant la musique militaire; et même devant ces Hakas parfaitement formatés et qui auraient largement leur place sur la scène de Patrick Sébastien! Sans d’ailleurs critiquer particulièrement ce qu’il fait…Ses qualités, ses défauts…Et puis, je viens d’apprendre que le dit haka s’est fourvoyé devant une famille royale….! Bravo.
    J’en resterais, pour ma part, au « fair play » d’école de nos amis britanniques…En me souvenant de la jubilation ressentie devant le calme implacable, impavide de Stan Smith face aux peuple (?) déchainé à Bucarest lors d’une finale de Coupe Davis contre les deux ‘fous)furieux, Nastase et Tiriac.

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