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Jan 08

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La foi du charbonnier

En ce début de mois de janvier, il est de tradition de présenter ses vœux. Renvoi aux 22 n’y dérogera pas en vous présentant les siens, vous souhaitant un millésime 2018 plein de bonnes surprises et de satisfactions sur le plan personnel et professionnel.

Certes, on sait bien que les aléas de la vie auront tôt fait de nous rappeler combien cet exercice est un peu convenu, pour ne pas dire vain. On forme des vœux qui seront oubliés à la première mauvaise nouvelle. Et pourtant, avec l’optimisme qui sied à un début d’année, feuille blanche sur laquelle nous nous apprêtons, du moins l’espérons-nous, à écrire douze mois de notre vie, nous persévérons.

Néanmoins, s’agissant du rugby, il faut avoir la foi du charbonnier pour imaginer que nos souhaits se réaliseront. Année après année, notre sport favori paraît creuser un peu plus l’ornière dans laquelle il a été placé : argent roi, court-termisme, égoïsmes, affairisme prospèrent pour créer un environnement délétère au sein duquel le jeu se meurt, victime de la pauvreté technique de ses acteurs et d’une vision étriquée de ceux qui sont censés les diriger.

Dimanche soir, dans une U Arena qui cristallise à elle seule l’évolution du rugby de l’élite, on a cru un moment que Samuel Ezeala, un jeune joueurs clermontois de 18 ans, serait le premier professionnel français à mourir de son sport, victime d’un choc ultra-violent avec un trois-quarts aile aux mensurations qui l’auraient fait évoluer dans le cinq de devant il y a encore quelques années. Les images impressionnantes de la percussion ne sont rien à côté de celle, glaçante, du drap blanc étendu devant le joueur pour masquer les soins d’urgence qui lui étaient prodigués.

Les nouvelles sur l’état de santé de Samuel Ezeala sont fort heureusement rassurantes, mais elles ne suffiront pas à calmer l’inquiétude de tous ceux, en France et ailleurs – car le mal n’est pas qu’hexagonal – qui entrevoient le pire pour les pratiquants professionnels d’un sport où ce n’est pas le combat qui est privilégié à l’évitement, mais la confrontation physique dans son expression la plus violente, non seulement lors des face à face entre porteur du ballon et défenseur, mais également dans les regroupements, où les brutalités sur les déblayages sont désormais monnaies courantes.

A l’inverse du rugby amateur où les accidents graves sont souvent le fait d’une préparation ou d’une condition physique insuffisante, la dangerosité de la pratique professionnelle est accrue par la musculation à outrance des joueurs et une condition physique à l’avenant. Cette dangerosité, très médiatisée (cf. un récent « bêtisier » proposé par le diffuseur officiel du Top14), n’est sans doute pas sans rapport avec la perte d’attractivité de la discipline qui a vu ses effectifs se tasser depuis plusieurs années.

Bernard Laporte, qui a fait de l’augmentation du nombre de licenciés un des objectifs prioritaires de son mandat, parviendra-t-il à inverser la tendance ? Encore faudrait-il qu’il ne contribue pas lui-même à dégrader l’image du rugby dont les pratiques, malgré les engagements de l’actuel président de la FFR, ne semblent pas avoir beaucoup changé.

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