La confusion des sentiments

D.R.

Le XV de France s’est qualifié pour les quart-de-finales de la Coupe du Monde, après avoir battu les Tonga dans son troisième match de poule, à la faveur de la défaite sans bonus concédée par l’Argentine devant l’Angleterre. Mais ce n’est pas tant un cri de victoire qu’un ouf de soulagement que les supporters – et sans doute les joueurs – ont poussé lorsque Monsieur Berry, l’arbitre de la rencontre, a sifflé la fin du match.

Car le succès tricolore, dont le score (23-21) reflète le caractère étriqué, a été obtenu aux forceps, devant une opposition dont les arguments étaient essentiellement physiques. Des arguments qui ont pu certes s’exprimer pleinement grâce à la complaisance d’un arbitrage peu regardant sur les regroupements, mais qu’une équipe de France un peu charpentée – et mentalement plus solide – aurait facilement balayé.

Seulement voilà, le XV de France manque toujours cruellement de cette constance – pour ne pas dire consistance – qui font les grandes équipes capables de dominer un match sur sa longueur et pas seulement sur quelques séquences. Face aux Tonga, comme avant aux Pumas et aux Etats-Unis, les hommes de Jacques Brunel ont proposé une vingtaine de minutes satisfaisantes, noyées dans un océan de médiocrité et d’approximation.

Naturellement, il faut se réjouir d’une qualification qui était loin d’être évidente il y a encore un mois, lorsque les Argentins malgré un Rugby championship mitigé, restaient les favoris de la poule avec l’Angleterre. Le billet pour les quart-de-finale ne saurait pourtant satisfaire tous ceux qui estiment que le XV de France peut et doit mieux faire.

L’argument selon lequel les Tricolores ont déjoué les pronostics jusqu’à présent et pourraient donc continuer à le faire, parce que « les Français sont décidément imprévisibles » ne fonctionne plus depuis le mois d’octobre 2015. Et les fantômes de 2011 – deux défaites en poule pour une finale perdue d’un cheveu – devront certainement rester au placard, tant ce XV de France n’apparaît nourrir autre chose que le doute.

La prochaine rencontre face à des Anglais qu’on n’imagine pas laisser les Bleus l’emporter pour éviter le tableau de la Nouvelle-Zélande, ne devrait pas contribuer à modifier cette situation paradoxale dans laquelle nous a plongé notre équipe nationale : celle d’une heureuse insatisfaction.

Une confusion des sentiments qui devrait, sauf improbable miracle, prendre fin le dimanche 20 octobre face à l’Australie ou au Pays de Galles.

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